« Les fêtes de Noël,
c'est pour les gens qui sont heureux ».
Un portier d'un grand hôtel est retrouvé mort sur son lieu de travail en tenue de père Noël, le pantalon baissé et le préservatif encore bien placé. Erlendur, chef de la police de Reykjavik, découvre que derrière cette scène sordide, se cache une voix innocente qui avait su touché des milliers de personnes...
Après le très bon La cité des jarres et l'excellent La femme en vert, voici la troisième enquête de notre inspecteur islandais préféré. Soyons honnêtes, restons intègres et dignes jusqu'au bout, cet opus est en-dessous des deux premiers. J'aurais aimé dire le contraire car Arnaldur Indridason mérite tout le bien que je, et que tant d'autres, lui portent.
Cette enquête fait resurgir les fantômes d'Erlendur et nous permet d'en apprendre davantage sur le personnage. Car si le policier mène une vie simple que l'on pourrait nommer de pas très folichonne (et oui! C'est dur, dur d'être Erlendur !) (bon ! Elle était facile je vous l'accorde...), son histoire n'en est pas moins complexe.
Alors que s'est-il passé ? Trop d'éléments, trop de bois ont étouffé la flamme, le feu n'a pas pu prendre. Le lecteur est tiraillé entre l'enquête en cours, une enquête en jugement, le passé d'Erlendur, son envie de faire une place à une femme et sa relation avec sa fille toxicomane. Cette dernière mériterait que l'auteur s'y attarde car il ne fait qu'effleurer ce lien et, même s'il le réalise avec beaucoup de pudeur, il étouffe ce qui pourrait être une magnifique histoire de filiation.
Il est intéressant de remarquer dans ce volume des thèmes qui semblent être chers à Arnaldur Indidason puisqu'ils sont, jusqu'ici, traités systématiquement. Il s'agit de la violence et de la maltraitance que subissent les femmes et les enfants. Il ne peut donc qu'avoir mon adhésion, son prochain opus m'attend déjà sur une étagère. « Prends un ticket ! » j'ai envie de lui dire, « mais ne doute pas, ce n'est pas ma légère déception pour La voix qui m'empêchera de continuer ma route avec toi. »
Points, 400 pages, 2008
Une lecture commune avec...
aBeiLLe, courez voir ce qu'elle en a pensé !
Extrait
« Elle souriait à cet homme qui se tenait devant elle, vêtu d'un gilet de laine boutonné sous sa veste fatiguée qui portait des pièces usées aux coudes, cet homme qui la regardait avec des yeux emplis de tristesse. Ils étaient à peu près du même âge mais il paraissait dix ans de plus qu'elle. La phrase échappa à Erlendur sans qu'il s'en rende compte. Cette femme avait vraiment quelque chose. Et puis, il ne voyait pas d'alliance.
- J'avais envie de savoir si je pouvais vous inviter au restaurant ici ce soir, le buffet de Noël, c'est un véritable festin ».
« Le cœur nous jette dans de
ces pétrins ! »
Maxime a grandi à Valmondois dans le Val-d'Oise. Il a quitté sa jeunesse et ses racines pour vivre aux États-Unis. A la demande de son amie Diane, il revient au pays pour rendre un hommage à leur ancien professeur de philosophie. Maxime semble avoir oublié que Marthe, la femme qu'il a aimé et abandonnée, fera également partie de la fête des souvenirs.
Je suis un peu empruntée pour rédiger mon avis suite à cette lecture qui avait tout pour me plaire. Un sujet, même s'il n'est pas inédit, dans lequel on peut creuser aussi profond qu'on le supporte, un titre magnifique, une couverture attirante, un article élogieux dans Le Monde et une maison d'édition qui a toute ma confiance.
Dès le début, je me suis retrouvée à tourner les pages sans ressentir un quelconque intérêt devant des mots qui semblent être formés pour un exercice de style. De l'esbroufe,
du chiqué, un personnage qui écrit tout ce qu'il pense comme il le pense afin d'enfouir encore plus profondément ses émotions.
Soudain, une pépite jaillit, un passage d'une beauté vacillante à vous couper le souffle, puis l'auteur remet sa carapace pour nous abreuver de répliques fusant dans tous les sens.
Maxime aime analyser les inter-relations et passe la majorité de son temps en position méta au lieu de simplement vivre le moment et advienne que pourra ! Même si je peux comprendre qu' « alea jacta est » ne soit pas sa devise, l'homme m'a rapidement agacée. Un rendez-vous manqué pour ma part, j'aurais aimé davantage de nuages.
Actes Sud, 263 pages, 2010
Un extrait...
« Son regard passa sur moi comme le rayon lumineux d'un phare balaye au loin l'étendue d'une mer d'encre, là où un homme seul se noie en silence. Il me persuada, ce regard, que je n'étais plus le Maxime qu'elle avait connu. Elle n'aurait pas été la première à me faire le coup, ni moi le dernier à essuyer ce genre de revers. Après tout, c'était de bonne guerre. Et la guerre est pleine de bon sens, d'après Napoléon. Mon deuil était donc raisonnable. »
Lu grâce à et merci à...
... dans le cadre de
« Si un jour je devais attraper le SRAS, cette saleté de pneumonie mortelle, je mobiliserais mes dernières forces pour me traîner chez lui et lui tousser droit à la figure ! »
Elle c'est Mariana. Lui, Janne. Accrochée à une liane sur la plage, elle lui tombe dessus. Il la jauge, la juge, la catalogue. Pour qui ce prend-elle cette Tarzan en monokini léopard ? Aucune classe la fille et à des années lumières de son univers de yuppie célibataire branché.
Elle est seule avec ses deux enfants, le frigo est vide et les placards le sont tout autant. Il a de l'argent mais s'ennuie. Elle a envie d'une peau nue contre la sienne, juste une fois.
Après Le mec de la tombe d'à côté, Katarina Mazetti nous prouve une nouvelle fois qu'elle excelle dans le conte de couples improbables. Drôle et incisif, voici une lecture parfaite pour un moment de détente bien mérité et qui évite les écueils ainsi que les clichés du genre.
Lui n'a rien du petit con friqué à la grosse voiture brillante qui compense. Elle n'a rien d'une femme désespérée et d'une mère seule pathétique. Janne est celui qui tombe rapidement amoureux alors qu'il aurait été plus facile de lui fabriquer une carapace en béton. Mariana n'a pas d'autres priorités que celle de faire manger ses enfants à leur faim. Ils sont tous deux dignes, attachants et terriblement humains de par leurs erreurs.
Peux-t-on réaliser un conte de fée sur la vraie vie, celle des gens qui ne demeurent pas en permanence dans le bonheur mais qui sont heureux tout de même ? Oui, Le mec de la tombe d'à côté et Les larmes de Tarzan en sont les preuves. Un conte moderne pour princes et princesses à savourer. Même Monsieur « polars » Theoma l'a dévoré en riant !
Actes
Sud, Collection Babel, 276 pages, 2009
Un extrait...
« Julia « Pretty Woman » Roberts était plus avisée, elle n'a pas résisté, et pour la peine elle a eu un chapeau en soie à pois blancs. Les hommes gâtent les femmes avec des cadeaux, les femmes retiennent leur respiration et leurs yeux se font tout grands quand elles ouvrent de petits écrins de velours avec des bijoux...puis elle sourient à travers des larmes de glycérine qui coulent à flots, et ensuite elles sont supposées rester aux côtés de l'homme par gratitude, moucher ses mômes, se souvenir de l'anniversaire de sa mère et veiller à ce qu'il y ait toujours de la bière à la maison. ».
Elles ont adoré...
Sassenach, Clarabel, Aproposdelivres
Elles ont apprécié...
Elle s'est ennuyée...
Bon dimanche !

Aggie, élève de la select école privée Duchesne, est retrouvée morte, vidée de son sang. Theodora décide de comprendre le mystère qui rode autour de ce meurtre. Elle va alors se confronter aux riches familles de New-York et leurs secrets bien gardés ainsi qu'aux fantômes de sa propre famille.
J'aime beaucoup la série Sex and the city mais je me dois de passer outre certains détails qui m'indiffèrent totalement et qui tournent autour de ce que doivent porter une femme et un homme pour être fashion. A mon sens, la mode se résume à ce que j'aime porter, qu'importe le reste. Quand Carrie se retrouve affublée d'une lingerie verte à plumes roses avec un soutien gorge noir et qu'il s'agit en fait d'une robe de soirée, j'essaie de me concentrer sur les dialogues pour pouvoir continuer à apprécier cette série.
Malheureusement, Les vampires de Manhattan reprennent exactement tout ce qui m'agace dans la fashion attitude. L'auteure introduit chaque scène et chaque personnages en fonction de ce que ces derniers portent : sac Chanel, ballerines Manolo, Vuitton, Dior Homme par Hedi Slimane, pantalon cigarette Gucci, Versace, Prada, Cartier et j'en passe... On pourrait se demander si ce n'est pas une stratégie adoptée pour noyer le poisson tant les personnages sont creux. Tant qu'à l'intrigue, elle est faible et navrante.
Tout ceci enrobé d'une écriture affligeante : « Theodora était extrêmement jolie. Elle avait un visage doux, en forme de cœur, un parfait petit nez retroussé, à peau fine et laiteuse : mais sa beauté avait quelque chose de presque surnaturel. »
Je n'ai aucune peine à croire qu'une fille dont le visage est en forme de cœur a un petit côté « surnaturel ». Une formule que j'ai retrouvée dans une autre lecture pour adolescentes, à se demander si ce genre de phrases formatées, manquant de créativité il faut bien le dire, s'achètent déjà prêtes et sous-vide...
Bref, ne vous occupez pas de moi, cette série fait un carton et les avis positifs sont nombreux. Bah ! Il en faut bien une qui endosse le rôle de râleuse de temps en temps !
Albin Michel, 341
pages, 2007
Elles ont aimé...
Gawou : « ce roman ne va pas révolutionner la littérature jeunesse, mais j'ai passé un vrai bon moment avec ce premier tome »
Malou : « Très agréable à lire, là encore la suite mérite qu'on s'y intéresse »
Bookaholic : « A peine le livre ouvert, j'ai eu du mal à le refermer. On se retrouve très rapidement happés par l'histoire de ces vampires en herbe de la haute société de Manhattan. Les personnages apparaissent d'abord caricaturaux pour ensuite s'affiner. »
Chrestomanci : « encore une série originale de vampire. Encore un nouveau concept du mythe vampiresque, très réfléchi et très intriguant. »
Clarabel : « C'est recherché, et d'ailleurs c'est carrément l'intérêt véritable de cette série, bien au-delà des descriptions parfois crispantes de la faune pleine aux as (parce que, bof-bof les nunucheries qui entourent les personnages, et cette manie de les détailler du pied à la tête, *soupirs*). Ce livre se termine sur des questions qui restent ouvertes, l'intrigue est en place, ayé j'en redemande ! »
Tiphanya : « L'ensemble est bien rythmé et se lit très facilement. Par contre certaines vérités sur ces vampires là sont assez surprenantes et j'ai eu un peu de mal à m'y faire. On est tellement loin de Dracula. Et puis le décor est tellement chic et snob que j'ai eu très souvent des images de Gossip Girl devant les yeux. »
« Pour un peu, on entendrait
claquer le fouet d'Indiana Jones ! »
Frans Bogaert, surnommé Humph par ses amis en raison de son nom de famille, est antiquaire. Il est amoureux de sa ville, Bruges, d'énigmes et de secrets que peuvent contenir certains objets. Sa vie en est un parfait exemple puisque sa femme a mystérieusement disparu six ans auparavant et que son assistante, Lauren, parfait sosie de Lauren Bacall est apparue tout aussi inexplicablement.
Le dé d'Atanas est le premier opus de la série L'Arcamonde (le nom de la boutique d'antiquité de Bogaert). Un titre obscur, une maison d'édition au nom étrange (Le castor astral), un auteur professeur de grec et de latin le jour et critique de Hard metal pour un journal musical le soir, voilà de quoi attiser votre curiosité. Et elle sera récompensée !
Hervé Picart nous offre un vrai moment de lecture grâce à une écriture au charme joliment désuet. On s'attache si vite à ce Humphrey Bogart et à cette Lauren Baccall du XXIème siècle que la dernière page se referme avec regret. J'ai pensé à Indiana Jones évidemment mais aussi à Conan Doyle et à Mma Ramotswe détective. L'intrigue est plaisante, le décor décrit avec beaucoup de grâce, le suspens élégant. Un charme fou !
Le
Castor Astral, 160 pages, 2008
Un extrait qui me ferait presque aimer l'hiver...
« La nuit a pris le Minnewater dans ses glaces. Février fixe ce que janvier saupoudre. Tous les canaux de Bruges se sont ainsi retrouvés gelés de bon matin. Il y a bien longtemps que Bogaert n'a vu l'hiver s'acharner à ce point sur la vieille terre de Flandre. Devant lui, la belle perspective du plan d'eau le plus romantique de la ville brille comme un miroir sous un soleil blafard et c'est tout un symbole de voir ainsi le Lac d'Amour figé. Il ne manque plus au décor que quelques patineurs à la dérive pour composer un parfait tableau à la Van Ruysdael. »
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Des avis tout aussi enthousiastes chez...
Moyennement actif mais quelques énigmes à percer...
« Votre chagrin a laissé des traces dans l'air »
Will part à la recherche de son amie Lyra, retenue prisonnière par sa propre mère, Madame Coulter. Tous deux devront affronter l'intégrisme de l'Église, les tentatives d'assassinats du Conseil d'Oblation, un passage dans le Royaume des Morts, un ange tout puissant et les machinations des êtres qui leurs sont chers.
Après avoir beaucoup aimé le premier opus, j'avais été déçue par le second, plus sombre et calculateur. Les personnages et l'intrigue se mettaient en place, tels des pions sur l'échiquier d'une partie en suspens. Le troisième tome fut à la hauteur des mes espérances en démontrant l'impact de la plume anglaise de son auteur.
Le monde complexe que Philip Pullman a imaginé est féroce et manipulateur. Le danger ne provient pas de lieux sombres ou de personnages effrayants mais est initié par ceux qui gouvernent nos croyances pour mieux nous diriger. L'auteur ose, au risque de choquer et de déplaire, d'aller au bout d'une épopée sans pareil en nous offrant une trilogie légendaire. Pour ses personnages, il ne choisit jamais la facilité mais continue de creuser, de les bouleverser, de les retourner, jusqu'à faire ressortir ce que nous pensions être le pire d'eux-mêmes. Alors... à l'instar de la fleur qui transperce le trottoir bétonné, une lueur d'espoir apparait au moment le plus inattendu.
C'est du grand art qui, malgré quelques longueurs (plus de 1700 pages en tout), mérite tout le bien qu'on lui porte.
Gallimard, 794 pages, 2007
Une lecture commune avec...
Bladelor, allez-voir ce qu'elle en a pensé !
Lus dans le cadre des challenges...
Un coup de cœur proposé par Emmyne







« Vivre pour elle, est une occupation harassante.»
Simon, Garance et Lola, « trois frères et sœurs devenus grands » se rendent par devoir familial à un mariage. Sur une impulsion, ils décident de s'enfuir pour rejoindre leur quatrième élément ; Vincent.
Anna Gavalda nous offre une lecture pour une unique soirée. Une belle soirée gavaldesque où l'on pourrait inviter son ou sa ou ses frère-s et soeur-s. Et si on est enfant unique, ceux ou celles du cœur, que l'on a choisi pour la vie. Organisez une virée à la campagne pour lire à voix haute au son des crickets et à la lumière des étoiles. Faites un feu pour les passages qui vous renvoient à votre propre famille, nostalgie ou mauvais frissons, il y a de la place pour tout le monde dans L'Échappée belle !
Le genre de fugue que l'on aimerait bien pouvoir s'offrir au moins une fois dans une vie. Celle qui serait plus forte que la loyauté due à ses parents, même s'ils n'ont pas été bons. Un petit moment précieux à garder comme un trésor. Hélas trop fugace à mon goût.
Beaucoup de lecteurs le lui reprochent. Trop peu de pages, le mot gavaldien vaudrait cher. A mon sens, qu'importe ! Des mots qui ont le pouvoir de me requinquer, qui rapicolent comme on dit chez moi, qui me donnent envie de retrousser mes manches, qui me font penser que la vie est belle, ça n'a pas de prix! Anna, revenez-nous vite !
Le
dilettante, 164 pages, 2009
Exactement ce que j'aime...
"J'aperçois la nuque de mon frère dans le creux de son appuie-tête. Sa belle nuque droite et ses cheveux coupés ras. Je me demande comment il supporte ça et s'il ne rêve pas quelquefois de l'attacher à un arbre et de démarrer en trombe. Pourquoi lui parle-t-elle si mal ? Sait-elle seulement à qui elle s'adresse ? Sait-elle que l'homme assis à ses côtés était un dieu des modèles réduits ? Un as du Meccano ? Un génie des Lego System ? Un petit garçon patient qui a mis plusieurs mois à construire une planète délirante avec du lichen séché pour faire le sol et des bestioles hideuses fabriquées en mie de pain et roulées dans de la toile d'araignée ? Un petit gars têtu qui participait à tous les concours et les gagnait presque tous (...) Une année, son château de sable était si beau que les membres du jury l'ont disqualifié en l'accusant de s'être fait aider. Il a pleuré tout l'après-midi et notre grand-père a dû l'emmener dans une crêperie pour le consoler. Là, il a bu trois bolées de cidre d'affilée. Sa première cuite."
Un extrait pour ma soeur...
"Ensuite on s'est raconté des trucs de sœurs. Je passe cette scène-là. Il y a trop de codes, de raccourcis et de hennissements. Et puis sans le son ça ne rend rien. Les sœurs comprendront."
D'autres avis...
recensés par Blog-o-book
Photo d'Anna Gavalda : © DR
« Il aimait l'idée que les livres existent sans lui.
Il se demandait s'il n'aimait pas aussi l'idée de ne pas exister »
La lectrice a reçu un cadeau. Un tout petit livre avec une couverture qui lui plaisait beaucoup. Pourtant, elle ne l'a pas tout de suite lu. Elle l'a mis sur une pile. Le tout petit livre était tellement mince qu'il s'est perdu parmi les ouvrages qui étaient plus lourds que lui. Certains lui faisaient peur comme par exemple un gros à la couverture dure comme une cuirasse ou encore ceux qui provenaient d'un univers étrange. D'autres, destinés à la jeunesse, étaient indisciplinés et impatients. Ils se bousculaient en criant comme des oisillons affamés : « Moi! Moi! Moi! » pour que la lectrice les remarque.
La lectrice était la fée des livres amoncelés sur ses étagères mais elle pouvait, sans qu'elle s'en rende compte, prendre un masque terriblement maléfique. Quand elle s'approchait de la pile, elle frôlait le dos des livres qui frémissaient sous ses doigts. Chacun rêvait d'être choisi. D'aucuns avaient perdu tout espoir. La vie était pour eux comme la couleur de la poussière qui les recouvrait et l'histoire, souvent dure, qu'ils contenaient. La plupart du temps, la lectrice prenait un livre dans ses mains, le caressait, puis le reposait pour mieux en prendre un autre. Elle tissait une relation particulière avec chacun d'entre eux. Celui qu'elle désirait le plus, elle s'obligeait à patienter pour le savourer davantage.
Les livres le lui rendaient bien. Ils rêvaient d'être maltraités, de voir une de leur page cornée ou jaunie à force d'avoir été lue. Oui, ils savaient que si la lectrice marquait une page, elle reviendrait parfois vers elle pour être digérée au fil des ans et des expériences vécues.
Mais où en étions-nous ? Voilà qu'à notre tour, nous oublions le tout petit livre dont la couverture plaisait beaucoup à la lectrice ! Grâce à un challenge dont le but était de découvrir ce qui fait battre le cœur d'autres lecteurs comme elle, le tout petit livre fut extirpé, non sans mal, de sa cachette. Elle le regarda droit dans le titre et le défia d'un regard qui lui signifiait : « penses-tu que tu vas me plaire ? , vas-tu tenir tes promesses ? ».
Le tout petit livre, trop heureux de prouver sa valeur, ne se défila pas. La lectrice lu. Elle pénétra dans l'histoire du libraire qui avait une librairie. Les mots étaient choisis avec soin. Tendres et délicats, ils voyagèrent avec poésie jusqu'à la lectrice qui en fut émue. Elle referma le livre et bu une tisane en l'honneur du libraire. Oh ! Bien évidemment, elle retourna le même jour vers la pile pour goûter à d'autres histoires mais elle n'oublierait pas celle du libraire qui « dès qu'il ouvrait un livre, (..) était heureux ».
Poudoupoudoupoudou.
Un extrait ici...
«- Bonjour Constance, dit le libraire en l'entendant.
- Salut...
- Que deviens-tu ?
Constance traîna des pieds, s'assit par terre face au bureau du libraire, et sourit.
- Ce que je suis, répondit-elle.
Le libraire la regarda avec admiration. »
... et un extrait là
« - Auriez-vous un livre avec deux femmes, quatre hommes, et trois enfants ?...
- Auriez-vous un livre où tout se passe dans un bois ?...
- Auriez-vous un livre dans lequel une princesse croit trouver la mort... et se rend compte ensuite qu'en fait, elle a trouvé l'amour ?
- Auriez-vous un livre dont l'héroïne s'appelle Teresa ? ...
- Auriez-vous un livre qui contienne à plusieurs reprises le mot : mansuétude ?...
- Auriez-vous un livre avec Gary Cooper ?
- Auriez-vous un livre sans aucun appareil électroménager ?...
- Voyons, voyons... dis le libraire. Même pas un frigidaire ?
- Surtout pas un frigidaire. »
Le
Livre de Poche, 190 pages, 2006, merci Hathaway !
Lu dans le cadre...
Un coup de cœur proposé par Antigone




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