Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 08:03

 

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Si vous n'avez toujours pas découvert Les chroniques de San Francisco d'Amirstead Maupin, c'est bientôt l'été, le moment est juste... parfait !

 

Les protagonistes de cette magnifique saga me sont chers. Comme des amis résidant à l'étranger, je suis heureuse de les retrouver avec cette sensation étrangement paradoxale. C'est comme si nous nous étions quittés la veille, pourtant il nous faut reprendre nos marques.

 

Dans cet opus, Mary Ann, dans la tourmente, revient vers ses racines et tout particulièrement vers son meilleur ami, Mouse.

 

Michael Tolliver semble avoir fait la paix avec lui-même. Si le temps a diffusé ses effets de sagesse, l'usure n'est jamais loin. Mme Madrigal attend la mort en kimono. L'infidélité, même si elle fait partie du contrat, blesse encore. Le message est universel. Gay ou hétéro, impossible d'accepter la différence de l'autre si on nie la sienne.

 

Un huitième tome teinté d'une douce nostalgie 

 

3--toiles-copie-1.gif Points, 347 pages, 2012


Par Theoma - Publié dans : J'ai aimé... ils sont en poche !
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 07:53

 

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« À la lumière d'une lampe de poche je lisais La ferme africaine et elle c'était moi et moi j'étais elle. »

 

Nathalie Skowronek nous livre un récit intime sur son parcours et celui de l'écrivaine Karen Blixen. Un premier roman dont l'approche originale ne manque pas d'audace. Établir un parallèle entre sa vie et celle d'une femme décédée onze ans avant sa naissance et qu'elle considère pourtant comme sa propre sœur.

 

Karen, le modèle, la muse. Vivre dans et par la littérature, accepter la transmission pour la dépasser, s'affirmer, se mettre à nu en devenant auteure à son tour. L'écriture comme bouée de sauvetage. Et ces liens, que nous connaissons tous en tant que lecteur, que nous tissons, telle une galaxie d'étoiles, entre les livres et nous.

 

Si j'ai parfois été gênée par la complainte de l'auteure, c'est un peu parce que j'avais envie d'en lire davantage sur ce rapport à l'écriture plutôt que sur le parcours de Nathalie Skowronek et beaucoup parce que je n'avais, tout simplement, pas envie de quitter Karen.

 

Maintenant, j'ai très envie de relire La ferme africaine.

 

4--toiles-copie-1.gif Arléa, 145 pages, 2011

 

Extrait

« Je voudrais raconter la vie de Karen Blixen. Cette femme me parle. Karen est ma sœur, son chemin est le mien. Je voudrais dire ses désirs, ses épreuves, son besoin d'exister. Tracer les contours de ce qui l'amène à créer. J'ai l'impression qu'en parlant d'elle j'arriverai à parler de moi. Je suis lasse, lasse de mentir. Et, comme Karen, j'ai l'espoir que l'écriture pourra me sauver. »

 

Lu aussi par... Emmyne, Leiloona, Clara, Sharon...

pioché en bib

Par Theoma - Publié dans : Romans
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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 00:05

 

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« Je vous le dis aujourd'hui, mes amis, quand bien même nous devons affronter les difficultés d'aujourd'hui et de demain, je fais pourtant un rêve. C'est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain.

 

Je fais le rêve qu'un jour cette nation se lèvera et vivra pleinement le véritable sens de son credo : « Nous tenons ces vérités pour évidentes que tous les hommes ont été créés égaux ».

 

Je fais le rêve qu'un jour sur les collines rouges de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.

 

Je fais le rêve qu'un jour même l'État du Mississippi, un État qui étouffe dans la fournaise de l'injustice, qui étouffe dans la fournaise de l'oppression, sera transformé en une oasis de liberté et de justice.

 

Je fais le rêve que mes quatre jeunes enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau mais sur la nature de leur caractère.

 

Je fais aujourd'hui un rêve ! »

 

Points, 53 pages inspirantes, résolument actuelles et d'une grande force, 2009

Edition bilingue, 3 €


Par Theoma - Publié dans : Documentaires
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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 08:30

 

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Deux frères, en marge de la société, tentent de survivre à leur père toxique.

 

Cavale est une lecture sur les secondes chances. Celle que l'on croyait perdue, que l'on ne pensait pas mériter, que l'on savoure en crevant de trouille en étant persuadé qu'elle nous est offerte pour mieux nous éclater à la figure. L'histoire est touchante, les personnages attachants, le suspense maîtrisé.

 

La première partie aborde des sujets comme la défaillance d'un père mais aussi celle des adultes en général quand il s'agit de protection de l'enfance, la résilience, la perte de repères, essayer de survivre à son adolescence.

 

La seconde est, à mon sens, plus convenue et par conséquent moins surprenante. J'aurais préféré suivre le parcours de Sam et Riddle , leur intégration dans la société, l'accueil du monde, des autres face à deux êtres si à part plutôt que de lire un scénario, certes bien ficelé, mais plus facile.

 

Malgré ce petit bémol et sa couverture épouvantable (vraiment j'ai beau chercher, je ne comprends pas), Cavale est de bonne facture et mérite l'attention du jeune public.

 

3--toiles.gif Gallimard jeunesse, 330 pages, 2012

 

Lu aussi par... Fantasia, Lael, Clarabel...


Par Theoma - Publié dans : Littérature jeunesse
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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 07:55

 

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« Le chagrin est aussi grand que l'énigme que tu représentes pour tous les scientifiques du monde, seulement en étant toi. Grand comme l'impénétrable, grand comme cette toute petite graine que la vie a omis de semer en toi, ta différence, l'absence qui te suivra toujours et qui m'emplira de chagrin. »

 

Un père écrit à son enfant autiste.

 

Avec beaucoup de pudeur, Halfdan W. Freihow nous fait partager les mots qu'il destine à son fils. J'ai été touchée à plusieurs niveaux. En tant que lectrice, l'écriture est simple et belle. Comme mère, les pensées sur la difficulté d'être parent sont universelles et, pour finir, en tant que personne car c'est une lecture profondément humaine et remplie d'espoir.

 

Emprunté à la bibliothèque, j'ai regretté de ne pas pouvoir corner les pages. C'est le genre de livre vers qui l'on revient souvent afin de relire certains passages, pour recharger ses batteries parentales.

 

J'ai été émue aux larmes à deux reprises, deux scènes que j'ai visualisé à la perfection, celle de la course et celle du spectacle, deux histoires qui m'ont redonné foi en l'enfance.

 

Avec une honnêteté rigoureuse et une sincérité bouleversante, l'auteur confie ses peurs, ses doutes, ses réflexions et ses rêves pour son fils. Un acte d'amour sans miel et sans sucre, de foi en la vie mais aussi une ode à la vibration du paysage norvégien, à cette nature, pourtant impitoyable, qui le porte, le soutient, l'élève.

 

Un sublime témoignage de père, d'homme.

 

4--toiles.gif Gaïa, 165 pages, 2012

 

Extraits

« Je vais essayer de te représenter toi, Gabriel – toi et nous, et notre paysage. Peut-être que ça pourra nous aider à mieux comprendre où, pourquoi, et qui nous sommes. J'ai pensé que tout ça peut être dangereux, car parfois il est tentant de fermer les yeux en espérant que ce qui est difficile aura disparu quand on les rouvrira, et si je me mets à écrire sur ces questions, je ne pourrai plus le cacher. Ça sera comme trahir un secret. Puis j'ai pensé que ça ne sert à rien d'avoir des secrets rien que pour soi, car on n'a personne avec qui en parler. Et si on n'a personne avec qui en parler, personne avec qui les partager, ça sera comme s'ils n'existaient pas, et à quoi servent des secrets qui n'existent pas ? »

 

« Parfois aussi, nous nous sommes perdus l'un l'autre avec maman, nous nous sommes perdus de vue dans les tourmentes, dans le brouillard du quotidien, dans la brume de l'habitude, dans de nouveaux visages inconnus. Mais nous nous sommes retrouvés et nous sommes rentrés à la maison. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre autre chose que le temps, qui disparaît de lui-même, Gabriel. Celui qui nous reste est trop court. »

pioché en bib

Par Theoma - Publié dans : Romans
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Dimanche 13 mai 2012 7 13 /05 /Mai /2012 00:19

 

Ils sont juste parfaitement déjantés. Une belle imagination à découvrir !

 

 

 

A voir jusqu'au bout !

 

 

 

La suite sur leur site...

 


Par Theoma - Publié dans : J'écoute en ce moment
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Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 09:17

 

Les enfants sont méchants

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Les illustrations d'Aurélie Guillerey sont délicieusement rétro et le texte est hautement provocateur.

A découvrir !

 

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Emile est invisible

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Au dîner aujourd'hui, il y a des endives au jambon. Donc, aujourd'hui Emile est invisible.

Hilarant, pétillant, un petit album qui fait du bien !


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Emile veut une chauve-souris

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Ben oui quoi... une chauve-souris d'appartement. Les autres ont bien un chien ou un chat et même parfois les deux !

 

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La première fois que je suis née

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Cet album doux et tendre est maintenant disponible en version audio.

Ceux qui ne sont pas adeptes de musique classique pourront toujours se rabattre sur la version initiale.

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Par Theoma - Publié dans : Littérature jeunesse
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 08:06

 

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Un concept de The Broke and bookish

 

 

1. Une claque

« Mourir

Est un art, comme tout le reste.

Je m'y révèle exceptionnellement douée. »

 

Sylvia Plath in Les femmes du braconnier

 

 

2. Oui, on peut

« Il y a quelques semaines, un ami viennois de quatre-vingts ans, qui avait participé à la résistance en Autriche, me racontait que le jour où Hitler tenait au Heldenplatz son fameux discours, toute la ville déferlait vers cette place, et lui, seul, jeune homme, montait en sens inverse la Mariahieferstrasse, se rendant à une réunion de résistants. Et il me racontait que, seul à remonter le courant de toute une foule, il se disait : « Mais tu ne peux pas avoir raison contre tous. Ce n'est pas possible. Tu ne peux pas être seul à avoir raison. » Et, au fond de lui, une voix lui disait : « Mais oui, tu peux »

 

Christiane Singer, Du bon usage des crises

 

 

3. Whaou

« Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Récemment, je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien. »

 

André Gorz, Lettre à D. Histoire d'un amour

 

 

4. Culte

« - Cet orgueil, dis miss Lucas, me choque moins chez lui parce que j'y trouve des excuses. On ne peut s'étonner qu'un jeune homme aussi bien physiquement et pourvu de toutes sortes d'avantages tels que le rang et la fortune ait de lui-même une haute opinion. Il a, si je puis dire, un peu le droit d'avoir de l'orgueil.  

- Sans doute, fit Élisabeth, et je lui passerais volontiers son orgueil s'il n'avait pas modifié le mien.»

 

Jane Austen, Orgueil et préjugés

 

 

5. Mythique

« Je ne vois pas très bien ce qu'il y a de romantique à faire une demande en mariage.

C'est très romantique d'être amoureux. Mais il n'y a rien de romantique dans une demande en bonne et due forme. Après tout, on peut toujours vous dire oui ! »

 

Oscar Wilde, L'important d'être constant

 

 

6. Tu seras un homme mon fils

« Maintenant grave dans ta mémoire ces quelques préceptes. Refuse l'expression à tes pensées et l'exécution à toute idée irréfléchie. Sois familier, mais nullement vulgaire. Quand tu as adopté et éprouvé un ami, accroche-le à ton âme avec un crampon d'acier ; mais ne durcis pas ta main au contact du premier camarade frais éclos que tu dénicheras. Garde-toi d'entrer dans une querelle ; mais, une fois dedans, comporte-toi de manière que l'adversaire se garde de toi. Prête l'oreille à tous, mais tes paroles au petit nombre. Prends l'opinion de chacun ; mais réserve ton jugement. Que ta mise soit aussi coûteuse que ta bourse te le permet, sans être de fantaisie excentrique ; riche, mais peu voyante ; car le vêtement révèle souvent l'homme ; et en France, les gens de qualité et du premier rang ont, sous ce rapport, le goût le plus exquis et le plus digne. Ne sois ni emprunteur, ni prêteur ; car le prêt fait perdre souvent argent et ami, et l'emprunt émousse l'économie. Avant tout, sois loyal envers toi-même ; et, aussi infailliblement que la nuit suit le jour, tu ne pourras être déloyal envers personne. »

 

William Shakespeare, Hamlet

 

 

7. Sylvia again

« Ce que je redoute le plus, je crois, c'est la mort de l'imagination. Quand le ciel, dehors, se contente d'être rose, et les toits des maisons noirs : cet esprit photographique qui, paradoxalement, dit la vérité, mais la vérité vaine, sur le monde. »

 

Sylvia Plath, Carnets intimes

 

 

8. Épitaphe

« Excusez-moi pour la poussière ».

 

Sur la tombe de Dorothy Parker, Hymnes à la haine

 

 

9. La lectrice lut avec admiration

«-  Bonjour Constance, dit le libraire en l'entendant.

- Salut...

- Que deviens-tu ?

Constance traîna des pieds, s'assit par terre face au bureau du libraire, et sourit.

- Ce que je suis, répondit-elle.

Le libraire la regarda avec admiration. »

 

Regis de Sa Moreira, Le libraire

 

 

10. J'en tremble encore

« Je crois que tu es l'être humain qui m'est destiné, Rut. Pas pour te posséder, mais pour que mes pensées te portent à travers tout. Le chagrin aussi. M'en donnes-tu le droit ? »

 

Herbjorg Wassmo, La septième rencontre

 

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Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 00:05

 

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Ruth, Dana et le tourbillon de la vie.

 

C'est un beau roman. Les non-dits, les secrets de famille qui anéantissent lentement. Joyce Maynard possède le talent des écrivains qui, sans artifice, réussissent à en dire beaucoup avec peu. L'air de rien, les mots s'insinuent progressivement pour résonner avec force.

 

J'ai aimé suivre ces deux femmes, Ruth et Dana, percevoir leur vision des éléments, leur compréhension du monde qui les entoure, assister à l'évolution de leur parcours. Les personnages sont intenses, la maîtrise narrative bluffante, parce que même si on pressent les évènements, la claque est réelle.

 

Un roman contemporain doux-amer à ne pas manquer. La famille... ces situations déchirantes qui passent pour banales à force d'être ignorées. Le besoin de reconnaissance, d'être aimé de ses parents, qu'importe son âge. C'est aussi une belle histoire sur l'amour de la terre, sur cette sensation grisante de semer la vie, de laisser une trace de son passage.

 

Oui, beaucoup de choses sont dites dans Les filles de l'ouragan. Et avec élégance.

 

4--toiles-copie-1.gif Philippe Rey, 330 pages, 2012

 

Extrait

« Mon père me disait que j'étais un bébé de l'ouragan. Cela ne signifiait pas que j'étais née au cours d'un ouragan. Le jour de ma naissance, le 4 juillet 1950, se situe bien avant la saison des ouragans.

Il voulait dire que j'avais été conçue pendant un ouragan. Ou dans son sillage.

«Arrête ça, Edwin», intervenait ma mère chaque fois qu'elle le surprenait à me raconter cette histoire. Pour ma mère, Connie, tout ce qui avait à voir avec le sexe ou ses conséquences (à savoir ma naissance, ou du moins le fait de relier ma naissance à l'acte sexuel) ne pouvait être un sujet de discussion.

Mais quand elle n'était pas là, il me racontait cette nuit où il avait été appelé pour dégager la route d'un arbre abattu par la tempête, il me décrivait la pluie battante, le vent impétueux. «Je n'ai pas été comme mes frères faire la guerre en France, disait-il, mais j'ai eu l'impression de livrer une bataille, en luttant contre ces bourrasques qui soufflaient à cent cinquante kilomètres à l'heure. Et là il se passe une chose bizarre. Craint-on vraiment pour sa vie dans des moments pareils ? Mais c'est à de tels moments que l'on se sait vivant.»

Il me racontait cette pluie qui s'abattait si violemment sur la cabine du camion qu'il n'y voyait plus rien, comme son cœur battait fort alors qu'il progressait dans l'obscurité, et ensuite - exposé au déluge, il coupait l'arbre et dégageait les grosses branches sur le bord de la route, ses bottes lourdes de pluie s'enfonçaient dans la boue, ses bras tremblaient.

«Le bruit du vent avait quelque chose d'humain, se souvenait-il, comme le gémissement d'une femme.»

Plus tard, me remémorant la façon dont mon père me racontait cette histoire, je me rendis compte que les mots qu'il utilisait pour décrire la tempête auraient aussi bien pu évoquer un couple faisant l'amour. Il imitait le bruit du vent, et je me jetais contre sa poitrine pour qu'il me protège de ses bras puissants. Je frémissais rien qu'à l'idée de ce qu'avait dû être cette nuit.

Pour une raison que j'ignorais, mon père se plaisait à me la raconter - pas à mes sœurs ni à notre mère, mais à moi, son unique public. Bon, il y avait peut-être une raison. J'étais sa fille de l'ouragan. Sans la tempête, aimait-il à dire, je ne serais pas là.

J'étais née neuf mois plus tard, au jour près, à la maternité du Bellersville Hospital, en pleine Fête nationale, juste après la fin des premières moissons et alors que les fraises étaient à leur apogée. »

 

Lu aussi par Brigitte, Cynthia...

 

Joyce Maynard in french !


 

 

Par Theoma - Publié dans : Romans
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Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 08:58

 


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« Un oui vous expose tout entier, vous livre corps et âme à l'objet de votre approbation, alors qu'un non ne fait que vous caparaçonner contre ce que vous niez –

le premier mot est une offrande, le second une armure. »

 

Cette deuxième saison reprend exactement au même moment où nous avions laissé nos jeunes héros dans le premier opus. Sans aucun temps mort, les évènements vont s'enchaîner entre Washington et New-York, Dublin et Tokyo. Notre équipe de choc sera divisée pour mieux régner et des choix douloureux devront être faits.

 

Auréolé du Grand prix de l'imaginaire 2010 pour les premières aventures de Jack Spark, Victor Dixen a amplement mérité son titre. Quelle incroyable imagination ! C'est un roman d'aventures résolument contemporain qu'il nous offre. Jeune, moderne, fouillé, peaufiné jusque dans les détails, le lecteur n'a pas le temps de s'ennuyer.

 

L'auteur revisite les contes et légendes qui ont bercé notre enfance et en propose une version bien plus trouble voire obscure. De Dracula à La guerre des mondes, il rend hommage aux classiques qui font peur dans le noir.

 

Même s'ils sont caricaturaux, j'ai beaucoup apprécié qu'une place soit donnée à des personnages qui ne sont pas légion dans la littérature jeunesse. Le monde bouge et ça fait du bien de voir son évolution prise en compte dans les pages que nous tournons.

 

4--toiles-copie-1.gif Gallimard, 640 pages, 2012

 

Par Theoma - Publié dans : Littérature jeunesse
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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 08:39

 

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« Je cherche un sens à notre lien, un tissu rare, déchiré au centre.

Irrécupérable. Une quête dérisoire. »

 

Alice et Cécile. Cécile et Alice. L'amitié érodée par la vie.

 

En si peu de pages, tout est dit. L'écriture est fine, fluide, ciselée. Elle entre sans frapper, ouvre une faille, dissèque. Elle résonne, blesse, presse. Épurée et essentielle.

 

Kéthévane Davrichewy démontre que l'amitié est aussi puissante et ravageuse que l'amour. Des petites touches élégantes et douces amères. Tenter de survivre à sa famille, le poids des secrets, les conséquences des non-dits, la déroute des sentiments. Et au milieu, le lecteur, parfois perdu, souvent ébloui, jamais ennuyé.

 

Un seul bémol : la fin. Abrupte, elle m'a dérangée par son cliché. Je ne l'ai pas comprise. Et vous ?

 

4--toiles-copie-2.gif Sabine Wespieser, 181 pages, 2012

 

Extrait

« Le plus difficile était la solitude. Elles avaient été deux. Les pensées d'Alice se heurtaient désormais à l'écho. Peut-être le miroir grossissant, le reflet rassurant mais déformé qu'elles se tendaient l'une à l'autre, était-il nuisible ? Qui a besoin de se voir de si près ? Leurs images réfléchies devenaient obscènes, elles avaient tenté en vain de se ressembler puis elles avaient aspiré à la différence, à l'indépendance. Leur amitié ne s'en était pas remise. »

 

Les avis de... Clara, Isabelle, Kathel, Noann, Stephie...


pioché en bib

Par Theoma - Publié dans : Romans
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Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 08:59

 

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« Tu n'as peut-être pas appuyé sur la gâchette mais tu as contribué à la tragédie. »

 

Valérie est Nick inscrivent, pour se défouler, des noms sur un cahier appelé la liste de la haine. Un jour, Nick ouvre le feu à l'école et abat une dizaine de personnes avant de se suicider.

 

Jennifer Brown avait tout pour faire de Hate list un grand roman. Ces choses que l'on croyait anodines qui prennent une ampleur cauchemardesque, ce malaise adolescent, un mélange de rage et de perte de repères.

 

Ces humiliations que l'on peut vivre durant cette période, cette accumulation intérieure qui, sans adulte pour aider à l'extérioriser, finit par exploser soudainement et violemment. Le basculement vers la terreur, la défaillance ou l'impuissance des adultes, l'asphyxiante souffrance, les fissures d'une société...

 

A défaut d'un grand roman, Jennifer Brown signe ici un livre ancré dans son époque. L'écriture est sans relief, le tout est décousu et manque cruellement de souffle. Au lieu d'exploiter les failles, de creuser la matière, l'auteure s'est contentée d'un journal d'adolescente convenu et politiquement correct.

 

Pour ma part, c'est sans intérêt. Préférez-lui Le faire ou mourir. Oui, s'il vous plait, lisez Le faire ou mourir.

 

2--toiles.gif Albin Michel, 400 pages, 2012

 

L'art d'enfoncer des portes ouvertes

« D'une certaine façon il avait raison : à un moment ou à un autre, chacun était gagnant. Mais ce qu'il n'avait pas compris, c'est que l'inverse était aussi vrai : à un moment ou à un autre, chacun était perdant. L'un et l'autre étaient forcément liés. »

 

« Les vrais méchants, c'est les gens qui refusent de te donner une seconde chance. »

 

Les avis de... Radicale, Ricochet, Lael... 

young adult



 

Par Theoma - Publié dans : Littérature jeunesse
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Samedi 28 avril 2012 6 28 /04 /Avr /2012 00:05

 

... to love somebody.

 

Et je les aime ces deux-là.

 

 

Par Theoma - Publié dans : J'écoute en ce moment
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Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 08:54

 

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« Je crois que tu es l'être humain qui m'est destiné, Rut. Pas pour te posséder, mais pour que mes pensées te portent à travers tout. Le chagrin aussi. M'en donnes-tu le droit ? »

 

Cette déclaration. J'en tremble encore.

 

Au fil des ans, Rut et Gorm se sont rencontrés sept fois seulement. Pourtant, chaque rencontre a marqué leur vie. La septième sera décisive.

 

Il existe un genre de livre particulier qui se différencie par la lenteur avec laquelle vous tournez les pages. Non pas que vous vous ennuyez, au contraire, vous refusez de brûler les étapes, la vie bat déjà si vite. Vous la savourez cette lecture.

 

Vous vous réjouissez du moment où vous allez retrouver cette ambiance, ces personnages, cette histoire. Vous allez même jusqu'à vous faire violence pour poser le livre. Ne pas tout dévorer d'un coup. Un petit morceau chaque jour.

 

Vous vous en étonnez car il ne s'y passe pourtant pas grand chose dans ce roman. En fait, l'essentiel y réside. La vie, l'amour, la famille, les rêves, les larmes. Ça frémit, ça palpite. Comme j'ai tout aimé dans ce roman frémissant ! La vibration du paysage, la vibration de la passion. C'est donc cela écrire. Je dois maintenant me sevrer de Rut et Gorm. Le manque se fait déjà sentir.

 

5--toiles.gif 10-18, 569 pages, 2009

 

Extrait

« Il avait pensé à elle durant tout l'été. Il revoyait nettement ses yeux. Quelques fois, il les voyait même avant de se réveiller complètement le matin. Il avait envie de mettre un mot sur ce sentiment. Rien que pour lui. Il l'aurait écrit, s'il avait trouvé le terme approprié. Mais il fallait un mot neuf. Que personne n'avait pensé ou prononcé auparavant. »

 

Lu aussi par... Choco, Cécile, Mango, Keisha...

 

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Les incroyables îles Lofoten


Par Theoma - Publié dans : Romans
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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 08:21

 

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« La culture n'est pas un plaisir.

La culture, c'est un effort permanent de l'être pour échapper à sa vile condition de primate sous-civilisé ».

 

Quand une bibliothécaire se lâche...

 

Sophie Divry signe ici son premier roman nous dit Les Allusifs. Il s'agit en réalité d'une nouvelle, un divertissement comme le nomme l'auteure, rafraîchissant et plein de peps. L'humour est décapant et la réflexion intelligente, le tout semble parfait pour la scène.

 

Au fil des pages, on s'interroge. L'interlocuteur à qui est destiné ce monologue existe-t-il vraiment ? En tant que lecteur, quelle relation ai-je avec ma bibliothèque ? Quels sont les liens que je tisse avec les livres ?

 

Un seul bémol ; j'ai regretté la caricature, trop facile, de la bibliothécaire rêche et sèche qui déteste le monde. Si je comprends que l'on grossisse le trait pour raconter une histoire, j'aurais tout de même préféré m'attacher à cette passeuse de livres plutôt que de la mépriser.

 

Je pense au très beau billet d'Isabelle, des bibliothécaires inspirées et inspirantes, ça existe!

 

3--toiles.gif Les Allusifs, 64 pages remplies de potentiel, 2010

 

Perles

« Quand je vois à la rentrée tous ces livres niaiseux qui envahissent les librairies alors qu'ils ne sont, quelques mois plus tard, plus bon qu'à se vendre au kilo.[...] Le pire ce sont les livres-express, les livres d'actualité : sitôt commandés, sitôt écrits, sitôt imprimés, sitôt télévisés, sitôt achetés, sitôt retirés, sitôt pilonnés. Les éditeurs devraient inscrire à côté du prix la date de péremption, puisque, ce sont des produits de consommation. »

 

« Tout se joue dans les premiers jours, la première fois qu'on entre, qu'on passe le seuil de la bibliothèque. Tout commence là. Le début de la civilisation. La naissance. La scène primitive. Avant ce jour, pour le dire franchement, tout lecteur n'est qu'un puceau. Oui, un puceau. Et moi j'aime bien le dépucelage en bibliothèque. »

 

« Or, quand nous pénétrons dans une bibliothèque et que nous contemplons ces étendues livresques, que se passe-t-il dans notre âme, si ce n'est une grâce ? Spirituellement, nous pouvons enfin combler cet atroce sentiment de lacune faisant de nous des vers de terre dans ce bas monde. Les longs rayonnages nous renvoient une image idéale, celle des domaines complets de l'esprit humain. Alors tous les chemins s'aplanissent, tout est renouvelé, et nous nous approchons d'une vision mystique de l'Abondance. L'inépuisable lait de la culture humaine mis à notre portée. Servez-vous, c'est gratuit. Empruntez, car autant l'abondance matérielle appauvrit l'âme, l'abondance culturelle l'enrichit. »

 

« L'école parfois s'est trompée, la bibliothèque répare, disait Eugène Morel... Ah, Eugène... »

 

Lu aussi par Alex, Antigone, Clara, Cynthia...


Par Theoma - Publié dans : Romans
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