
Le prédicateur
Camilla Läckberg
« Avec un soupir, Erica s'extirpa de son lit et enfila
l'une des tentes qui lui faisaient office de vêtements »
Après La Princesse des glaces , je me suis plongée avec plaisir dans les nouvelles aventures d'Erica Falck et de son compagnon, l'inspecteur Patrick Hedström. La lecture démarre par une belle nouvelle, Erica est enceinte jusqu'au cou. Rapidement, l'ambiance va se ternir par la découverte d'une femme qui a été assassinée et qui a été déposée au même endroit que deux autres squelettes féminins. Ceux-ci doivent certainement correspondent à deux jeunes filles disparues 24 ans plus tôt.
J'ai passé un bon moment avec le précédent. J'ai dévoré celui-ci ! Camilla Läckberg nous propose un polar bien ficelé sous un angle trop rare, celui de l'humanité des personnages. Je m'explique : Patrick, oui j'appelle l'inspecteur Hedström par son nom, c'est vous dire combien j'ai été touchée, est un homme engagé, rempli d'empathie et à qui il arrive de pleurer le soir dans les bras de sa femme tellement son métier est difficile. A la différence du gars viril qui n'a peur de rien et qui fait tout exploser, Patrick ne veut pas résoudre son enquête, il veut trouver l'explication qui soulagerait la famille et les proches. La différence est peut-être subtile mais, à mon sens, essentielle.
On retrouve cette normalité dans de nombreux passages croustillants d'Erica et de sa grossesse. Nous avons affaire non pas à une femme qui ne s'est jamais sentie aussi féminine et heureuse qu'enceinte mais à une femme active qui souffre de ne plus rien faire et qui trouve le temps bien long.
Tout ceci est arrosé d'une famille complètement barjo et dévastée par le poids des secrets. C'est trop bon... Encore !
Extrait
« Comme toujours, les hommes s'assemblaient autour du barbecue pour mettre en avant leur côté viril tandis que les filles discutaient de leur côté. Erica n'avait jamais compris ce phénomène. Des hommes qui en temps normal affirmaient ignorer totalement comment on fait cuire un morceau de viande dans une poêle devenaient des virtuoses accomplis quand ils s'agissait de cuire à point une viande sur barbecue. On pouvait à la rigueur confier les légumes et les sauces aux femmes, et elles faisaient aussi l'affaire pour apporter des bières. »
Actes
Sud, 375 pages, 2009
Ps : Traduction des polars suédois, révoltons-nous !
Encore une fois, je ne peux que souligner la traduction hâtive et malheureuse
de cette auteure qui mériterait davantage. A l'instar de la trilogie Millenium, deux explications aux
maladroites, mauvaises voire carrément abominables traductions :

Nouveaux Indiens
Jocelyn Bonnerave
« N'essayer pas de changer le monde, ce serait pire... »
Voici un livre qui ne laisse pas ses lectrices indifférentes (pourquoi mettrais-je « lecteur » étant donné que tous les avis que j'ai lu ont été rédigés par des femmes ? Ah oui ! En raison de la grammaire française qui exige que le masculin l'emporte à chaque fois. Il est vrai que le pronom de « 100 femmes et un chien s'en vont » est « Ils s'en vont. » Pourtant, ne sommes-nous pas toutes des chiennes ?).
Aïe aïe ! Je digresse, Jocelyn Bonnerave m'a contaminée ! Revenons donc à cette lecture qui charme, horripile, interroge, dégoûte, déroute, surprend et qui tente de démontrer que nous restons, malgré nos airs civilisés, des sauvages.
Pour ma part, je n'ai pas ressenti grand chose. A vrai dire je me suis dès le départ profondément ennuyée. Le style « halluciné sous acide » m'a très, mais alors très, vite lassée.
« Elle tisse, ses doigts aussi agiles que sales, parce que l'ambre, l'hiver, ça protège de la gorge et les bronches. Il faut prévoir : jusqu'à Noël, elle chante tous les soirs à L'Opéra de San Francisco, elle dit je suis Carmen pour un million de spectateurs droit dans les yeux m'entame l'air du toréador prends gaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarde à toi ! En français dans le texte et là ça s'enchaîne dans ma tête en français en anglais qui n'a jamais jamais connu de loi parce qu'en attendant, après un été magnifique, elle est rouge homard qu'elle ne mangera plus jamais jamais bye bye omelette au lard homeless à l'américaine nouveau Peaux-Rouges plus besoin de leur voler l'espace l'ont perdu tout seuls, campus camping sauvage, enfants de bohème même plus tipi avec bouh bouh sur la bouche sous des couvertures sales, sale temps pour un anthropologue »
« Thanksgiving, donne, donne, donne, merci donne, film plastique de conditionnement orange, c’est des oiseaux géants gelés après quelques séances de body building immobile (pilules roses ovales et bleues rondes), grosses cuisses froides et bel abdomen, c’est un grand corps noir dans sa dernière maison en bois j’entends quelque chose comme du jazz, dedans comme dehors c’est plainte contre plainte j’ai fait j’ai gronde j’ai mort je chante si beau d’enterrer quelqu’un, taisez-vous Oh Lord, c’est écrit ne jamais rompre la chaîne du froid ».
Un moment de lecture bien étrange, un auteur que je ne suivrais pas mais...
Il faut de tout pour faire un monde et chacun ses goûts...
Elles ont aimé : Cathulu, Lou, Papillon, Kenza...
Elles sont moins ou bcp moins emballées : Sassenach, Marie-Lo, Sylire, Saxaoul,
Doriane...
Un livre lu grâce à...
, Merci Suzanne !
Seuil, 169 pages, 2009

Dictionnaire Misogyne
Agnès Michaux
« Si la femme était bonne, Dieu en aurait une ! » Sacha Guitry
Voici 1'200 citations qui feront le bonheur de nombreux hommes et qui feront réfléchir certaines et, j'en suis sûre, certains.
Agnès Michaux a eu la bonne idée de résumer d'une manière intelligente et ludique 3'000 ans d'Histoire et d'ignorance.
De Platon, Freud, Voltaire à Coluche, Sollers, Deproges, en passant par la marquise de Sévigné, Mme de Staël ou Simone de Beauvoir, les mots sont parfois drôles, souvent bêtes et la plupart du temps méprisants.
Une lecture plaisante et nécessaire car les apparences sont souvent trompeuses. L'égalité qui nous semble acquise n'est
pas aussi logique et naturelle pour tous. Un petit concentré d'éducation à prix modique (4 €) que j'ai mis en bonne place à titre d'enseignement dans
le lieu le plus utilisé de la maison (les WC).
Je vous propose plusieurs extraits savoureux. Il y en a tant que le choix est d'autant plus difficile mais je ne résiste pas à la tentation de vous les faire partager. Pardonnez-moi, je ne suis qu'une femme...
La femme est ce que l'on a trouvé de mieux pour remplacer l'homme quand on a la déveine de ne pas être pédéraste.
Boris Vian
Les femmes notamment existent si peu pour moi que je parviens difficilement à les distinguer les unes des autres, comme les nègres, comme les moutons d'un troupeau.
Michel Tournier
J'ai souvent envie de demander aux femmes par quoi elles remplacent l'intelligence.
Alain
Des chattes, voilà ce que sont toujours les femmes. Des chattes et des oiseaux. Ou quand cela va bien, des vaches ! Elles sont une propriété, un bien qu'il faut mettre sous clé, des être faits pour la domesticité et qui n'atteignent leur perfection que dans la situation subalterne.
Friedrich Nietzsche
Les femmes ne sont que des organes génitaux articulés et doués de la faculté de dépenser tout l'argent que l'on possède.
William Faulkner
Les enfants qui ne sont pas allaités au sein par leur mère risquent mille fois plus que les autres de devenir homosexuels
Ayatollah Montazzeri
Une femme, qu'est-ce que vous voulez ? C'est un oiseau. C'est impénétrable, non pas parce que c'est profond mais parce que c'est creux.
Jules et Edmond de Goncourt
Les hommes sont faits pour avoir de l'argent ! Pas les femmes. Les femmes sont faites pour en demander.
Nadine de Rothschild
Par vos interruptions de grossesse, de plaisance ou de complaisance, vous avez assassiné Beethoven, Pasteur ou Charlie Chaplin.
Philippe de Villiers
Dieu, dans sa divine prévoyance, n'a pas donné de barbe aux femmes parce qu'elles n'auraient pu se taire pendant qu'on les eût rasées.
Alexandre Dumas
Dès qu'on dit à une femme qu'elle est jolie, elle se croit de l'esprit.
Jules Renard
Donc les vraies femmes de lettres sont des phénomènes – pardon, mesdames. Mais, par cela même qu'elles sont des phénomènes, elle doivent nous sembler plus précieuses, dans le bon sens du mot, plus intéressantes, plus curieuses à étudier, à connaître. Leur rareté fait leur prix. Et ce serait un livre curieux, celui qui nous dirait l'histoire de l'intelligence féminine.
Guy de Maupassant
Dans toutes les femmes honnêtes, il y a la nostalgie de la prostitution.
France Roche
C'est au pouvoirs publics d'inculquer aux jeunes filles que le sort le plus enviable est d'être mère au foyer. Supprimons l'instruction obligatoire pour le sexe aimable et il pensera un peu moins à prendre aux hommes les places qui leur reviennent.
Wolinski, Charlie-Hebdo
Il vaut mieux une violée vivante qu'une vierge morte.
San-Antonio
On parle à une femme, on lui dit des phrases, en sachant bien qu'elle ne comprend pas, comme on parle à un chien ou à un chat.
Jules et Edmond de Goncourt
Si c'est écrit...
Pendant l'instruction, la femme doit garder le silence, en toute soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner ni de faire la loi à l'homme. Qu'elle se tienne tranquille. C'est Adam en effet qui fut formé le premier, Ève ensuite. Et ce n'est pas Adam qui se laissa séduire, mais la femme qui séduite, se rendit coupable de transgression. Néanmoins, elle sera sauvée en devenant mère, à condition de persévérer avec modestie dans la foi, la charité et la sainteté.
Saint Paul, Première Épître à Thimothée, 2 (11-15)
Cas où le mari peut tuer sa femme, selon la rigueur de la justice paternelle : 1. adultère, 2. impudicité, 3. trahison, 4. ivrognerie et débauche, 5. dilapidation et vol, 6. insoumission obstinée, impérieuse et méprisante.
L'homme, époux a le droit de justice sur sa femme : la femme n'a pas le droit de justice sur le mari. Cette réciprocité est incompatible avec la subordination matrimoniale.
C'est une honte pour notre société, une marque de déchéance que la femme puisse demander le divorce pour incompatibilité d'humeur ou violences du mari. Tant qu'il n'y a pas de haine de celui-ci, immoralité, incapacité, de vices grands et sans motifs, la femme qui se plaint doit être présumée coupable et renvoyée à son ménage.
Le mari a la faculté de répudiation ad libitum. Si l'homme a reçu la supériorité d'intelligence sur la femme, c'est pour en user. Intelligence et caractère obligent. S'il a reçu la supériorité de force, c'est aussi pour en exercer les droits. Force a droit, force oblige.
Pierre-Joseph Proudhon
Même Freud jette l'éponge !
Après trente ans passé à étudier la psychologie féminine, je n'ai toujours pas trouvé de réponse à la grande question : que veulent-elles au juste ?
Livre de Poche, 255
pages, 1995
Je ne vous inciterais pas à brûler votre soutien-gorge ou celui de votre femme, mon
cerveau inférieur et vide ne peut d'aillleurs aucunement produire une telle idée mais à rester éveillé-e. L'égalité ne s'arrête pas au droit de vote
et commence par le respect.
Il n'y a rien de pire que l'ignorance agissante.
Goethe

Expiation
Ian McEwan
« ... et c'est alors qu'elle laissa échapper ce soupir de défaillance qui,
il le comprit plus tard, était le signe d'une transformation ».
Robbie et Cecilia se côtoient depuis l'enfance. L'un est conscient de la présence de l'autre et vice versa mais ils ne se connaissent pas. Ils fréquentent la même université. Lui vient tout juste d'obtenir son diplôme universitaire, elle, reçoit une attestation (pourquoi en effet s'encombrer d'un diplôme alors qu'elle se mariera et élèvera ses enfants ?).
Durant les vacances d'été, ils se cherchent, se titillent, jouent inconsciemment au chat et à la souris en invertissant les rôles. Puis, c'est l'évidence. L'amour qui les lie est indicible. Ces sentiments évoluent sous le regard de la cadette de Cecilia, Briony, 13 ans. Elle veut devenir écrivain et est certaine d'analyser avec une justesse acérée les personnes qui l'entourent. Son interprétation diabolique des évènements détruira plusieurs vies.
Une histoire bouleversante tissée autour d'une injustice dévorante. Ian McEwan décrit l'ennui des adolescentes, les images reçues sans explications, le tabou de la sexualité, les malentendus et leurs conséquences mais Expiation est avant tout une dénonciation du plein pouvoir de l'écrivain.
A l'instar de Briony qui nourrit son ignorance avec de bonnes intentions, ce que nous voyons existe-t-il vraiment ou notre subjectivité nous permet-elle d'interpréter les évènements en fonction de ce qui nous arrange ?
Un puissant roman qui aurait mérité d'être mieux découpé. Beaucoup trop de longueurs à mon goût mais je ne regrette pas d'avoir lu cette histoire qui hantera longtemps ma mémoire.
Flammarion, 487 pages, 2005
D'autres avis

Le chagrin du roi mort
Jean-Claude Mourlevat
« C'est donc ça la guerre ? Du sang et de la boue ?
Et la mort, alors qu'on n'avait même pas encore vu le visage de l'ennemi ? ».
Signes extérieurs de richesse
Je trouve que beaucoup trop de quatrième de couverture en disent trop (si ce n'est pas tout) ou sont mal écrites, la publicité y étant privilégiée, nous sommes affublés de :
« le livre qui va changer votre vie »
« comment vont-ils s'en sortir ? »
« mystérieux et fatal ! »
« il comprendra mieux que jamais la raison de sa présence sur terre et le sens profond de l'humanité »
« un lourd secret de son passé qui le hante »
« à la fin, c'est votre quête qui commence »
« survivront-ils à leur voyage ? »
« attention, best-seller ! »
« le livre phénomène de l'édition mondiale ».
Si ! Si ! Ces extraits proviennent de vraies quatrième de couverture dont je tairais le nom des éditeurs en respect de ces pauvres auteurs qui ont souffert de telles ignominies. Si j'étais sujette à des penchants pervers, je n'hésiterais pas à les faire chanter mais je resterais digne jusqu'au bout et me contenterais de citer l'intégralité de la quatrième de couverture du Chagrin du roi mort :
« C'est une petite île froide,
quelque part dans le nord.
Le vieux roi est mort. Son corps repose sur un lit de pierre, sur la Grand-Place.
Il neige.
Il sera question de séparation,
de guerre, de trois ciels différents,
d'un premier amour.
Il y aura une prophétie,
des êtres qui se perdent dans l'immensité,
une sorcière qui mange des têtes de rat... »
Jean-Claude Mourlevat
Que certains en prennent de la graine en espérant qu'ils se reconnaitront !
Oui mais l'intérieur est-il aussi beau que l'extérieur ?
Si ce que j'ai pensé de cette lecture vous intéresse, continuer plus bas, dans le cas contraire, je vais tenter d'être concise : courez maintenant à la librairie ou à la bibliothèque vous procurer ce livre !
Maintenant que les pressés sont partis, continuons entre nous. Jean-Claude Mourlevat est un prodigieux conteur. C'est une histoire qui vient du froid, pourtant Mourlevat nous souffle les mots, comme autrefois, autour du feu. Il a l'art de dénicher les petits détails qui semblent invisibles. Ceux dont nous connaissons l'existence mais qui ne possèdent pas de nom. Le futile pourtant essentiel. Il leur donne une place avec une élégance rare.
« Tout était comme avant, et rien n'était comme avant. Le deuil recouvrait tout de sa substance noire. Il s'infiltrait partout, gâtait les plus modestes bonheurs : la saveur des bonnes choses, le sommeil, la beauté transparente d'un glaçon sous un toit. Tout. »
La grande classe, ne résultent pas des smokings. Fred Astaire tournoyant en noir et blanc, Clark Gable embrassant Vivien Leigh, Meryl Streep quoi qu'elle fasse, mes grands-parents qui se regardent toujours avec amour après 60 ans de mariage, ma fille quand elle avait 2 ans qui s'embrouillent si joliment en me disant « t'es la maman du monde meilleur », ça c'est la classe !
Jean-Claude Mourlevat est de cette trempe là. Décrire les choses qui nous entourent avec tant de délicatesse, d'empathie, de force et de douceur et qui plus est pour un large public (puisque c'est une lecture dite jeunesse), comment ça s'appelle ? Et oui, la classe (il y en au moins deux qui suivent !). Alors qu'est-ce qu'on dit ? On dit Chapeau bas Monsieur Mourlevat ! Et qu'est-ce qu'on fait ? On diffuse la nouvelle non pas au gré du vent mais avec un mégaphone : lisez, offrez Le chagrin du roi mort.
Gallimard-Jeunesse, 402
pages, 2009
Monsieur Mourlevat en parle
C'est ce qui s'appelle faire l'unanimité...
« A ne pas rater » pour Pages à Pages, « Absolument sublime » pour Jean, Clarabel écrit : « C'est un grand, un vrai roman. Une merveille. », « Tout simplement magnifique » selon Lily, Cuné : « on tremble, on vibre, on frémit, oui, on vit intensément cette aventure assez fabuleuse. », une « saga romanesque et fantastique » pour Lael, Gaëlle : « Guerre, amour, fraternité, un brin de légende dans le ton... », Si Fashion le dit : « un roman absolument bouleversant. ».
« Nous avons affaire à un meurtre typiquement islandais. Un truc dégoûtant, gratuit et commis sans même essayer de le maquiller, de brouiller les pistes ou de dissimuler les preuves. Oui, oui, un meurtre islandais bête et méchant ».
L'inspecteur Erlendur, le Maigret du Nord, s'y connaît. Les meurtres en Islande, quand il y en a, sont quelconques. Pourtant, il y a ce petit quelque chose indéfinissable qui le titille, le chatouille, le pique et le mord ; son instinct. Envers et contre tous, Erlendur le suivra jusqu'au bout malgré les critiques qu'il suscite.
Autant le dire tout de suite, j'ai beaucoup aimé. Un inspecteur qui n'a rien du héros beau mec et bronzé que l'on nous sert souvent au cinéma. Le genre aux dents blanches qui cascade dans tous les sens au bras d'une fille différente à chaque épisode mais qui finalement ressemble beaucoup à la précédente ainsi qu'à la suivante.
A l'instar des meurtres islandais, Erlendur est banal : divorcé, pas franchement un modèle de père pour ses enfants, un ventre proéminent et des plats préparés plein le frigo. Non seulement le personnage est crédible et attachant mais il nous embarque avec panache dans une histoire bouleversante.
Un polar qui devrait vous plaire Mesdames puisqu'il a une approche (certains diront féministe), je dirais réaliste comme ses homologues Millénium. Et oui ! Il me faut souligner ce fait rare car pour beaucoup d'auteurs de polars, les personnages féminins qui sont la plupart seins nus (c'est bien connu on est tellement mieux comme ça) sont soit des prostituées, soit des saintes vierges, ou des mères alcooliques, ou encore des blondes siliconées.
Je vous laisse, je vais vite me procurer le second tome, La femme en vert.
Points
Policier, 327 pages, 2006
Bon à savoir
L'islandais Baltasar Kormákur a adapté le roman au cinéma sous le nom de Jar City (Mýrin), en 2006.
Bien d'autres avis
Sentinelle, Papillon, Chimène, Amanda, Keisha, Stephie, Gio, Fashion, Katell, Tamara,Pimprenelle ...

Miel et Vin
Myriam Chirousse
« Fuyez-moi autant que je vous fuis,
car si je vous revois un jour je pourrais bien croire que je vais vous aimer toute ma vie »
Charles est un bâtard. La puissante superstition des gens du village exige que ce soit l'enfant du diable. Il est donc la cause des malheurs des autres ; incendies, maladies, décès. L'enfant bâtard grandira malgré le fléau de la maltraitance.
Judith est une enfant trouvée dans la forêt. Recueillie et adoptée, elle deviendra une jeune fille intelligente et audacieuse qui aspire à une vie différente de celle qui est offerte aux femmes.
Dans les temps troubles de l'année 1788, le peuple français va bientôt vivre un moment fondamental de son histoire. Les deux êtres vont se croiser, s'aimer et se déchirer à l'instar de ce monde dans lequel ils évoluent.
Quel premier roman époustouflant ! J'ai été emportée par l'histoire haletante de Charles et de Judith non pas doucement au fil des pages mais telle une tornade impétueuse effaçant tout sur son passage. Plus rien n'existe hormis ce livre entre mes mains.
Le fond de Révolution française offre une lecture palpitante. J'ai beaucoup aimé la façon dont Myriam Chirousse traite le sujet : ce n'est en aucun cas manichéen et chauvin comme on peut malheureusement souvent le lire mais juste, objectif en proposant les différents points de vue des principaux protagonistes, ce qui nous offre alors la possibilité de réfléchir autrement sur ce crucial héritage.
Les passages décrivant l'histoire de Charles et Judith n'ont rien de faciles ou de grotesques mais sont au contraire délicieusement sensuels. Les mots sont doux et bruts admirablement maniés au point de donner quelques chatouillis au creux du ventre.
Merci à mes camarades blogueuses sans qui jamais je n'aurais lu ce livre. Rien que la couverture et le titre me faisaient fuir redoutant une histoire d'amour mielleuse (sans jeux de mots). Ce n'est ni un roman historique, ni une histoire harlequinesque mais bel et bien un roman incroyablement réussi, un de ceux dont on repense encore et encore.
Buchet-Chastel, 539 pages, 2009
Ce qu'elles en ont pensé
Pour Keisha : « lire ce livre a été une sorte d'enchantement. Un très très joli moment de lecture, à ne pas rater! »
Malice « n'a pas adhéré trouvant que ce roman démarre sur une note fantastique qui glisse vers une note romanesque qui ne prend pas.»
Pour Clarabel :« C'est incontestablement un doux roman sucré et piquant, gourmand, langoureux, avec des personnages aux destins inextricablement liés, par le secret de leurs origines et par cet amour fou qui les enchaîne. A dévorer ! »

Sortilèges de dentelle
Brunonia Barry
Pour ma première participation à l'opération Masse critique, j'ai été incapable de choisir un seul livre parmi une centaine qui me tentait diablement. J'ai donc décidé de cocher quasiment l'intégrale en me disant que le destin choisirait pour moi, que LE livre viendrait à moi. Quelle audace ! J'étais fière de moi et confiante en mon destin littéraire. QUELLE CONNE !
Pourtant, c'était bien parti. Une histoire de femmes, un peu sorcières, dans un bled perdu chargé d'Histoire, j'ai nommé Salem, une disparition, des secrets de famille, une très belle couverture... Je me frottais les mains d'avance du moment de lecture qui s'annonçait.
Mon Dieu si vous existez, pourquoi donc m'avez-vous fait tant souffrir ? Pourquoi m'avez-vous envoyé ce livre ? Quel est le message que vous essayé de me faire passer ?
Car pour souffrir, j'ai souffert. J'ai pensé plusieurs fois à abandonner mais j'ai eu la force de résister à la tentation. J'ai décidé d'assumer mes choix même s'ils sont débilissimement crétinesques.
Brunonia (le prénom aurait dû pourtant m'alerter) Barry écrit des scénarios pour le cinéma. Ça se voit ! Elle a écrit les grandes lignes d'une histoire et a
décidé de broder autour pour en faire un livre. C'est insupportablement descriptif (quand on ne sait pas quoi dire, quoi de plus logique). C'est long et terriblement ennuyeux. Les
personnages, pourtant intéressants n'ont aucun relief. Sans oublier le twist de fin qui se veut certainement bluffant et qui est à coup sûr ridicule.
Après une introspection nécessaire, j'ai compris. J'ai perdu ma naïveté. Je ressors grandie. Je devais passer par là pour :
arriver à faire le tri dans les lectures que l'on nous propose et CHOISIR car tel est le secret de la vie non ? Choisir, assumer ses choix, en être responsable, bla bla bla...
pour vous éviter à vous, Chers Lecteurs, Chères Lectrices, de succomber à la quatrième de couverture tentatrice et de vous infliger des heures de souffrance inutile.
Je remercie donc Babelio (bravo à Guillaume pour sa persévérance !) et les éditions calmann-lévy pour cette leçon de vie.
Ce qu'elles en ont pensé
Madame Charlotte : "profondément anachronique, insolite, mal exploité, on se croirait au carnaval, on a du mal à y croire."
Clarabel : "un roman
intéressant, avec des lacunes et des bonnes choses. Je lui souhaite une seconde chance en format poche pour conquérir un plus large lectorat. Il le mériterait..."

Voilà une BD bien étrange. Enrique Fernandez nous emmène faire un voyage onirique et initiatique dans une île sombre et mystérieuse. L'histoire, simple et naïve, est proche d'un conte pour enfants. Un homme en quête de rédemption. Une petite fille en guise de guide.
Pourtant, il y a une je ne sais petit quelque chose qui m'a complètement accrochée. Le dessin est beau, les expressions du visage sont fortes mais c'est surtout le personnage de la petite fille, Eli, qui illumine avec beaucoup de puissance le récit. Cette gamine est tout simplement incroyable !
Encore une histoire où l'enfant ne fait absolument pas son âge et où il explique la vie aux adultes avec beaucoup de philosophie me direz-vous. Et bien oui mais le charme d'Eli est irrésistible et on s'émerveille à chaque bulle de ce qu'elle nous fait découvrir.
Une BD bien étrange... que je n'oublierai pas de si tôt !
Glénat, 56 pages, 2009
A lire : Lael en parle très bien.
La preuve en images

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles
Gyles Brandreth
Nous sommes en 1889. Oscar Wilde s'apprête à écrire Le portrait de Dorian Gray. Sa vie est bouleversée lorsqu'il découvre l'un de ses amis assassiné. Avec la complicité d'Arthur Conan Doyle, l'auteur de Sherlock Holmes et l'écrivain Robert Sherard, Wilde décide de mener son enquête.
Si vous cherchez un bon polar qui vous donne le frisson, passez votre chemin. A l'instar de la série Mma Ramotszwe détective, l'intrigue est ici totalement secondaire.
Si vous souhaitez passer un bon moment en compagnie d'un roman délicieusement british composé d'un humour unique et savoureux, que vous connaissiez ou pas les œuvres d'Oscar Wilde, cette lecture remplira à merveille son office.
Gyles Brandreth connaît très bien son sujet. J'ai été transposée dans la vie du célèbre dandy victorien pour qui la constance est l'ultime refuge de ceux qui manquent d'imagination. On aperçoit le génie, la complexité, l'excentricité, la générosité et l'égoïsme d'un visionnaire. Les nombreuses références aux auteurs anglais dont Dickens ajoute une note piquante à ce voyage dans le temps. Je me réjouis de la suite.
Extrait
- Et pourquoi cela est-il si important pour vous, Oscar ?
- Qu'entendez-vous par là, Robert ?
- Vous avez dit vous-même que Billy Wood n'était qu'un vaurien...
Il frappa tout à coup la table avec une férocité qui m'effraya. Je me décomposai. Les clients des tables voisines se tournèrent vers nous.- Seuls les « gentlemen » auraient-ils droit à la justice ? aboya-t-il. Le dernier des vauriens ne la mérite-t-il pas autant que le plus noble des ducs ? Vous me stupéfiez, Robert.
- Vous m'avez mal compris, Oscar, protestai-je.
- Je l'espère, Robert, reprit-il plus calmement alors que le garçon nous apportait nos crevettes. Je l'espère car il est de notre devoir, Robert, à vous et à moi, qui avons tant, de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour ceux, comme Billy Wood, qui ont si peu. Nous devons être les amis de ceux qui n'en ont pas. Si nous, poètes qui ne manquons de rien, ne veillons pas sur tous les Billy Wood de la terre, qui le fera ?
10/18, 384 pages, 2009
Ce qu'elles en ont pensé
Une belle lecture, un véritable condensé de victorian attitude selon Wictoria (qui nous propose un très beau billet illustré), 5/5 pour Alwenn, plaisant et acidulé selon Bookomaton, Ys a été déçue en y voyant du théâtre, plutôt mal joué avec des personnages secondaires improbables, Emeraude n'a pas été emballée, Cryssilda vous conseille de le lire dans sa langue originale, un régal pour Miss Alfie...

« Vois-tu maman, je ne suis pas si différente de toi, au fond »
Une mère marie sa fille. Elle se souvient, elle remet en question, elle regrette, elle juge en silence. Rien ne doit troubler la fête, c'est le jour d'Anna. En regardant sa fille devenir adulte, ce qui la différencie de sa mère devient pour cette dernière un fossé qui semble sans fond de jour en jour.
Anna aime les chiffres, les agendas, l'organisation minutée. Elle se marie avec un huissier et aspire à un bonheur conjugal de princesse. Sa mère vient d'une île, elle a le goût du vent et accueille la vie comme elle vient, avec ses bonnes et ses mauvaises surprises.
Un livre doux qui interroge sur les relations piquantes entre mères et filles : jusqu'où peut-on s'effacer pour rendre heureux les gens que l'on aime ? Comment ceux qui ont germé en nous, grandi au sein de notre nid peuvent-ils aspirer à tout ce que l'on exècre ?
Au milieu de la lecture, l'auteure nous propose un joli twist qui est venu au moment même où je commençais à me dire qu'il ne se passait pas grand chose. Simple et beau.
Extrait
"Voilà ce que j'aurais dû dire à ma fille : d'avoir un amant, deux, trois, de prendre son pied, de se faire faire l'amour fort, de commander, de diriger, de dire ses envies, de faire des choses dont elle aurait un peu honte, de se lâcher. De ne pas se comporter comme les autres, d'oser se mettre en rouge pour son mariage, d'embrasser son homme dans la rue, à pleine bouche, avec la langue et de laisser les autres regarder et en mourir d'envie ; lui expliquer qu'avant son mariage, il aurait fallu connaître d'autres corps, d'autres sentiments, souffrir un peu, aimer beaucoup, se perdre, devenir un peu cynique, rire des mots d'amour surfaits, s'émouvoir, donner, ne pas se protéger, parce que soudain, on se réveille comme moi, à quarante-deux ans et on n'a pas vécu. Voilà ce que j'aurais dû lui dire. J'aurais dû lui dire de faire ce que je n'ai pas fait."
Gallimard, 178 pages, 2009
Elles ont aimé...
Un coup de cœur à lire absolument pour Sylire, Hélène l'a quitté à regrets, Clarabel a tout bonnement adoré, "plein de sensibilité, de douceur et d'amour" pour Celsmoon
L'avis de Biblioblog + une interview de Nathacha Appanah.





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