« Bah, nom d'une pipe, j'aurai été immortel jusqu'à ma mort
! »
Titou est
orphelin. Pépé Jake fabrique un whisky capable de vous faire un infarctus en moins de deux. Canadèche est le canard qu'ils recueillent.
En dire plus serait vain tant ce fin et
précieux recueil désarçonne !Onirique, surprenant, malicieux,L'oiseau Canadècheest un conte initiatique qui
laisse discrètement au lecteur une empreinte qui s'avère en réalité puissante.
Drôles et
tendres,les mots cachent des trésors de sens. Pudiques et extrêmement attachants, les trois compagnons font mouche
de la tête au cœur.
C'est un petit trésor à
part.Inclassable comme nous le sommes tous. A relire tous les dix ans pour y accéder différemment grâce aux expériences
acquises...
Cambourakis, 118 pages, 2010
Extrait
« Quand Pépé eut joué de la manivelle pour
abaisser sa vitre, le gérant jeta un coup d’œil à l’intérieur de la cabine pour bien s’assurer de la présence de Canadèche et demanda :
Que fait ce canard dans mon établissement
?
Elle veut voir le film dit aimablement Titou,
devançant son grand-papa qui commençait à écumer.
Nous refusons absolument tout ce qui sort de
l’ordinaire.
Jake explosa :
Eh ben, ça doit vous faire une petite vie bien
merdeuse et salement étroite, non ? Alors voilà : il se trouve que vous avez ici un canard d’attaque, dressé pour le kung-fu et spécialement élevé pour nous par la société Tong. Nous la
laisserions bien à la maison mais elle massacre tous les coyotes. »
Je me permets de vous écrire pour vous faire part de mon émotion. J'apprécie énormément
le genre épistolaire et je sais combien il est exigeant. L'art de ne pas lasser au fil des pages nécessite talent et délicatesse. Vos mots, votre gouaille, votre esprit m'ont fait un bien fou et
je suis soulagée d'avoir attendu la sortie poche de vos échanges pour ne pas avoir à endurer trop longtemps le supplice de l'attente de vous retrouver.
J'espère, Chère Emmi, que vous me pardonnerez d'avoir, moi aussi, succombé au charme de
Leo. Ses mots réunis sont sur ma table de nuit. Quand souffle le vent du nord est un livre doudou à garder près de soi quand le monde se fait trop brutal.
J'espère que tout finira bien pour vous, je crois en votre histoire et vous
embrasse.
Theoma
50 minutes plus tard
Theoma (quel est ce nom ridicule
?)
Pour qui vous prenez-vous pour :
1. Vous permettre de m'appeler Emmi alors que je m'appelle EMMA. On ne se connaît pas
et croyez-moi sur parole, il n'y a aucun risque pour que cela change. 2. Avoir eu l'indélicatesse, l'outrage, la perversité, le voyeurisme de lire le
courrier que Leo et moi avons échangé ??!! 3. Qui plus est de nous l'écrire !!! 4. D'avoir l'outrecuidance et l'impudeur d'avoir des sentiments pour Leo alors que vous
ne le connaissez pas (taisez-vous!) ??!! 5. Qui plus est de nous l'écrire !!!
E. Rothner
45 minutes plus tard
Chère Theoma,
Je vous remercie sincèrement pour votre chaleureux message d'encouragement. Ne vous
offusquez pas des listes rothneriennes, sans elles, la vie manquerait de piquant.
Je suis touché de découvrir vos sentiments qui, je n'en doute pas sont sans ambiguïté,
et honoré de savoir que je parviens à calmer le vent du nord au-delà de mes frontières.
Moi aussi, j'espère que tout finira bien. Je le vous souhaite
également.
Cuné m'avait prévenue. J'allais succomber. Je demandais à voir. Le
résultat est sans appel. Je suis in love. Dans un état de grâce avancée. Mmmmmmm que c'est bon ! Je ne peux que soupirer;
*encore*...
1.
« Il ne faut pas penser à la « perte » Y penser, c'est déjà perdre.
Bonne nuit, mon Emmi. »
2.
« OUI, JE VEUX !!!!!!! DES MAILS DE LEO ! DES MAILS DE LEO ! DES MAILS DE LEO.
S'IL VOUS PLAÎT ! JE SUIS ACCRO AUX MAILS DE LEO ! »
3.
« Vous êtes tellement sévère, Emmi. Ne soyez pas si sévère. Je ne veux pas de
café. Je veux Emmi. Venez chez moi. Buvons encore un verre de vin. Nous pourrions nous bander les yeux, comme dans le film. […]J’aimerais vous embrasser. Je me moque de votre apparence. Je suis
tombé amoureux de vos mots. vous pouvez écrire ce que vous voulez. Vous pouvez être aussi sévère que vous le désirez. J’aime tout. D’ailleurs, vous n’êtes pas sévère du tout. Vous vous forcez,
vous voulez avoir l’air plus forte que vous l’êtes. […]Dommage que vous soyez mariée. Non, c’est bien que vous soyez mariée. Trompez-vous votre mari Emmi ? Ne le faites pas. Cela fait si mal
d’être trompé. […] Je veux embrasser Emmi. Je suis un peu ivre, pardonnez-moi. Baiser de bonne nuit. Dommage que vous soyez mariée. Je crois que nous irions bien ensemble. Emmi. Emmi. Emmi.
J’aime écrire Emmi. Une fois le majeur gauche, deux fois l’index, le majeur droit. EMMI. Je pourrais écrire Emmi des milliers de fois. Écrire Emmi, c’est embrasser Emmi. Allons dormir,
Emmi. »
4.
« Écrire c'est comme embrasser, mais sans les lèvres, écrire c'est embrasser
avec l'esprit. »
5.
« La vie de famille en soi ne repose pas sur la perfection mais sur
l'endurance, la patience, l'indulgence et les bras démis des enfants. »
6.
« Mia est capable, tel un médecin du sport, de décomposer un orgasme de cinq
secondes en sept étapes qui demandent chacune une heure d'exposé, avec tableau de consommation de calories, etc! »
7.
« "Idylle familiale" est un oxymore, une association de mots qui se contredisent :
on a soit la famille, soit l'idylle. »
8. et mmm... 9.
« Mais Leo, c'est risqué. Je ne peux pas savoir si j'aime votre façon
d'embrasser. Comment embrassez-vous ? Vos baisers sont-ils plutôt fermes ou plutôt doux, plutôt secs ou plutôt humides ? Comment sont vos dents, acérées ou émoussées ? Votre langue est-elle
offensive et souple ? A-t-elle la consistance d'un morceau de plastique dur, ou d'un bout de caoutchouc ? Gardez-vous les yeux ouverts ou fermés quand vous embrassez ? (OK, cela n'a pas
d'importance dans le cas d'une dégustation à l'aveugle). Que faites-vous de vos mains ? M'attraperez-vous ? Où ? fermement? Etes-vous silencieux, respirez-vous fort, faites vous des bruits avec
votre bouche ? Donc, Leo, répondez : comment embrassez-vous ?
Trois minutes plus tard
REP :
J'embrasse comme j'écris. »
10.
« Je ne vais être aucun de ces types. Je vais être celui que je suis. Et vous
me verrez tel que je suis. Ou du moins, vous me verrez tel que vous croyez que je suis. Ou tel que vous voulez croire que je suis. »
J'avais eu un coup
de cœur pour Le livre de Joe et Tout peut arriver m'avait fait passer un excellent moment. Jamais deux sans trois dit le proverbe, hélas
!Le titre
serait-il prémonitoire ?Serait-ce la fin entre Jonathan Tropper et moi ? Non ne me quitte pas Jonathan ! Ne te laisse pas séduire
parles
affres de la facilité!
Tout n'est pas à
jeter dans le cinquième roman de l'auteur.La gouaille est proche de Nick Hornby, le ton est léger, cynique et drôle.Par contre, le tout est
emballé sous une forme identique.
Les romans de Jonathan Tropper semblent
franchisés: une crise familiale causée par la maladie, ou la mort d'un parent qui oblige le narrateur à se confronter à ses proches et à son
passé.
Si les bons
sentiments amenaient une belle sincérité au Livre de Joe, l'auteur en abuse ici largement.Les clichés abondent et la lourdeur de certains passages sont difficilement
pardonnables.Aussitôt lu, aussitôt oublié. Vous l'aurez compris, une déception.
10-18, 389 pages, 2011
Extrait de la page 22, au début tout allait
bien...
« Nous nous sommes mariés jeunes. C'est peut-être là l'erreur. Dans l'État de
New York, d'après la loi, on est autorisé à se marier alors qu'on n'a pas encore le droit de boire un verre de tequila. Nous savions que la vie de couple n'était pas une sinécure, tout comme on
sait que des enfants meurent de faim en Afrique. C'est tragique, mais c'est à des milliers de kilomètres de notre réalité. Pour nous, les choses seraient différentes. Nous alimenterions la
flamme, nous serions les meilleurs amis l'un de l'autre et le soir nous ferions l'amour jusqu'à épuisement. Nous éviterions les pièges de la complaisance; nous resterions jeunes de cœur et de
corps; nos baisers seraient toujours longs et passionnés et nos ventres plats : nous nous donnerions la main en marchant, nous discuterions à voix basse tard dans la nuit, nous nous caresserions
dans obscurité des cinémas, et nous nous étreindrions avec ferveur jusqu'à ce que les douleurs liées à l'âge nous en empêchent. »
En cours
d'adaptation...
L'auteur est en
train de travailler sur le scénario pour la Warner Bros.
« L'été avait soudé la famille, l'avait
enveloppée de ses fils de miel et, désormais, elle ne faisait plus qu'un, alors que, soumise aux tensions quotidiennes, elle s'effilochait constamment. »
Une femme
amoureuse d'un peintre. Un homme qui oublie qu'elle est artiste aussi. Il se détruit dans l'alcool et les femmes. Elle se consacre aux enfants.
Est-ce une impression ou les premiers romans
sont de plus en plus maîtrisés ?Saison de lumièreporte en luiun éclat exceptionnel. L'auteure décrit avec
éblouissement la relation de l'artiste à son art.
La force des
couleurs, la sensibilité de la lumière, la transposition de tout son être sur quelques centimètres carrés.Une écriture qui transcende tout pathospour délivrer un
hommage à la peinture, aux femmes artistes dont le potentiel a été cadenassé à double tours entre les couches et la vaisselle.Une auteure à suivre de
près.
« Mon cher père, si nous, les hommes, nous épousions les femmes que nous
méritions, nous aurions la vie dure. »
Sir Robert Chiltern reçoit la visite de la mystérieuse Mrs Cheveley. Il est alors
soumis à un terrible chantage qui transformera définitivement sa vie.
Oscar Wilde
explique l'essence même de sa pièce en affirmant qu'elle traitait de« la différence qu'il y a entrela façon dont un homme aime une femme, et celle dont une femme aime un homme; la passion qu'éprouvent les femmes à se
fabriquer des idéaux (ce qui est leur faiblesse) et la faiblesse d'un homme qui n'ose pas montrer ses imperfections à l'être qu'il aime. Decette différencenaît l'intrigue d'Un mari
idéal. »*
Le décor est
planté. Wilde joue à nouveau avecles masqueset se fait une joie dedéstructurer les institutions. Brillante satyre,Un mari idéalest une bulle d'exquise légèreté.L'élégance de la
languedémontre, à nouveau, tout le génie d'Oscar Wilde.
L'auteur remet en question et dévoile l'imposture
du système qui nous est imposé de notre plein gré. La pièce est un jeu de miroirs où malentendus, cynisme et ironie
tourbillonnent devant le lecteur éblouit.
Pascal Aquien,
traducteur, le décrypte parfaitement« Lorsque l'on est un homme, qu'aime-t-on quand on aime ?se demande Wilde : ni l'autre ni soi-même, répond-il, mais seulement une image de l'autre
plus ou moins patiemment construite, ainsi qu'une image de soi renvoyée par l'autre. »
Ainsi, lorsque les idéaux de droiture de Mrs
Chiltern sont bouleversés, celle-ci n'hésitera pas à, non seulement se voiler la face, mais exiger que son mari lui fournissent le masque :
« Toute votre vie, vous avez été un être à part. Vous n'avez jamais laissé le
monde vous souiller. Pour le monde, comme pour moi, vous avez toujours été un idéal. Oh, continuez à être cet idéal ! Ne gaspillez pas cet héritage grandiose, ne détruisez pas cette tour
d'ivoire. »
« Votre vie a commencé par une escroquerie ! Vous avez bâti votre carrière sur
le déshonneur ! Oh, dites mois que ce n'est pas vrai ! Mentez-moi ! Mentez-moi ! Dites-moi que ce n'est pas vrai! »
Sir Chiltern y répondra avec une telle
justesseque le lecteur est en droit de se demander s'il ne représente pas Oscar Wilde en personne :
« Les femmes pensent qu'elles idéalisent les hommes. Mais elles ne font de
nous que de fausses idoles. Vous-même, vous avez fait de moi une fausse idole, et je n'ai pas eu le courage de descendre de mon piédestal, de vous montrer mes blessures, de vous avouer mes
faiblesses. »
« Ce ne sont pas les êtres parfaits mais les êtres imparfaits qui ont besoin
d'amour. »
Cependant, le véritable héros de
l'histoire est bel et bien Lord Goring. Symbole du dandy par excellence, ses mots sont
des trésors d'impertinence :
« S'aimer soi-même, Phipps, est le début d'une histoire d'amour qui dure toute
la vie ».
« Quel est le fauteuil le plus confortable ?
Celui-ci, père. C'est celui que je prends quand j'ai de la
visite ».
« Comprenez-vous toujours vraiment ce que vous dites, monsieur
?
Oui, père, si j'écoute attentivement. »
La position de Wilde sur le genre est souvent
contradictoire, tout est dans l'art du paradoxe:
« La vie d'un homme a plus de valeur que celle d'une femme. Elle a de plus
grandes perspectives, une plus vaste envergure et de plus hautes ambitions. »
Dorothy Parker était une poétesse, scénariste, chroniqueuse américaine célèbre pour sa
liberté d'expression. Membre de la fameuse table ronde d'Algonquin que l'on pourrait éventuellement comparer au Café de Flore dans ses plus belles années, Dorothy Parker détestait les faux semblants et emmerdait avec poésie le politiquement correct.
Sans langue de bois ni concession, construit sur un humour dévastateur et jubilatoire,Hymnes à la haine est un exutoire d'une vérité
absolue.
Voilà longtemps que je n'avais pas autant ri grâce à un livre
!
Piquant, mordant, féroce, le
drame de Dorothy Parker est de toujours viser juste. Elle n'épargne rien ni personne pas même elle-même. Un livre tout mince, corné à
souhait, dont l'effet bénéfique est tout simplement salvateur.
L'alcool, le maccarthysme dont elle fut victime, les tentatives de suicide, les amours
de plus en plus intéressées, abîmée par la vie, Dorothy Parker est morte seule à l'âge de 73 ans. Elle légua l'entier de ses biens à Martin
Luther King et lança une dernière pique pour son incinération avec l'épitaphe : « Excusez-moi pour la poussière ».Mythique, non ?
Grâce à ses écrits, une part d'elle est éternelle et je m'en vais illico m'en procurer
l'intégrale.
Phébus, 106 pages dont une très belle préface de Benoîte Groult, 2010
Des extraits toujours aussi brûlants d'actualité
!
(Je hais le théâtre)
« Et puis la pièce sur le Grand Nord...
Celle qui Vous Donne à Penser -
A penser que vous auriez mieux fait d'aller au cinéma...
Elle est traduite du norvégien
Mais on pourrait aussi bien la donner dans l'original.
L'éclairage est si sombre
Qu'on peut à peine distinguer le visage des acteurs,
Ce qui vaut peut-être mieux...
L'héroïne est invariablement Incomprise -
Sans doute à cause de son accent.
C'est une Bonne Petite Jeune Fille
Qui tombe amoureuse d'un obscur comparse,
Ou qui s'aperçoit quelle a épousé par erreur son oncle.
Ou qui sort dans la nuit en claquant la porte,
Tandis que peu à peu le drame se noue et va culminer
Dans un gentil petit suicide, un cas de folie
prometteur...
Explique-leur, Ibsen, que tu as acquis les droits
scandinaves... »
(Je hais le cinéma)
« Commençons par le « Grand Spectacle »...
Les agents de presse reconnaissent
Qu'il s'agit là du film le plus remarquable jamais
produit...
L'intrigue est tirée de l'Histoire
Mais l'auteur du scénario adoucit les angles :
Cléopâtre finit par épouser Antoine
Et Salomé Jean-Baptiste...
Comme ça on peut emmener les enfants.
La production accumule des statistiques passionnantes
Sur la richesse de la distribution,
La moitié de la population californienne
A pris part aux scènes de bataille,
Et on a mesuré la longueur qu'atteindraient
Les colliers de la star si on les mettait bout à bout !
Le public en a le souffle coupé
Et clame à tous les vents : "Songez à la fortune que tout ça a dû coûter
!"
Songez plutôt à la fortune qu'on aurait pu économiser
!...
(Je hais la famille)
« Et passent leur temps à faire poser pour des portraits aux rayons
X
Certaines parties de leur anatomie qui ont toujours des noms à coucher
dehors.
Tout ça pour finir par vous confier ce que vient de déclarer le docteur
:
Qu’elles n’ont qu’une chance sur cent de …
Encore une chance de trop! »
Un grand merci àCathulu pour la découverte ! Elles l'ont également lu :Clara, Manu, Sabbio...
Un film... Mrs Parker et le cercle vicieux (1994)
The Ballad of Dorothy Parker, un hommage de...
Prince
Leningrad, 1941.
Lev et Koyla se rencontrent pour la première fois... en prison. Leur condamnation à mort est levée si les deux adolescents parviennent à se procurer 12 œufs pour le mariage de la fille d'un
colonel.
Je ne m'attendais pas à autant rire et aimer
cette lecture.La Ville des voleursestun brillant romandont le mélange
des genres est tout simplement jouissif.Aventures haletantes, rebondissements surprenants, humour décapant, voici un récit qui mérite
toute votre attention !
L'auteur s'est
inspiré dela vie de son propre grand-pèrepour nous parler d'un Leningrad humilié mais fier avant
tout. Le premier fléau estla faim qui ravage le peuple.Le pain est fabriqué avec de la sciure de bois et la colle
des livres est raclée pour servir de protéines sous le terrible nom de « caramel des bibliothèques ».
Lev et Koyla
sontdes
personnages extrêmement attachants. Chacun est l'opposé de l'autre pour mieux l'agacer et le compléter. 12 œufs pour deux vies sauves.Une incroyable
quêtequi va leur permettre de devenir des hommes. Mon coeur a battu au rythme de leur course folle, j'ai ri, j'ai pleuré, j'ai tout
savouré.
Flammarion, 365 pagesmagnifiques dont vous ne devez pas passer à côté, 2010
Lorsque leur mère, mourante, est hospitalisée, trois frères se retrouvent à son chevet.
Ils ne se sont pas vus depuis des années. Les retrouvailles sont lourdes de sens...
La mort et son effet
miroir.Si les premières pages du livre sont quelque peu morbides et peu engageantes, le récit devient plus intéressant par la suite. La vision de
chacun des frères aussi différents qu'ils puissent l'être. La fille qui paradoxalement est celle de celui qui n'a jamais quitté la ferme familiale.
Le poids des non-dits, le spectre des secrets
de famille, ce quelque chose qui plane, qui rode sans que personne ne l'identifie.Une saga qui a rencontré un vif succès en Norvège. La
traduction française est parfois étrange mais il serait dommage de bouder cette trilogie dont le premier opus peut se lire indépendamment.
Écrivez sur ce qui vous dérange, en particulier si cela ne dérange que
vous. »
"Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont
les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité"...
Pourquoi lireLa couleur des
sentiments? Pourquoi faut-il s'hydrater ? Pourquoi avons-nous besoin d'être touché, d'être aimé ? Pourquoi aimons-nous le retour du printemps ? Pourquoi
l'eau dans laquelle nous plongeons en été nous procure un tel plaisir ?
Vous l'aurez compris, La couleurs des sentiments est une évidence. Un premier roman magistral. Un coup de cœur foudroyant.
J'ai dû souvent me faire violence afin de ne pas
oublier que l'histoire se passe en 1962. Aberration qui me semblait totalement improbable. Cette condescendance puante, cette supériorité jamais remise en question mais aussi de
belles histoires de femmes.
Des pages qui rendent hommage aux femmes et dénoncent leurs comportements. Les noires,
les blanches. Rien de manichéen pourtant. Des personnages d'une grande complexité et profondeur. Une réflexion absolue.
Et quelle intrigue haletante !
Impossible de lâcher le livre avant la fin. Des larmes de joie, de peine, des sourires heureux, vengeurs. Je me rappelle mon voyage dans le Mississippi en 1998. Tant de fantômes dans l'air. Un
air étouffant au propre comme au figuré. Kathryn Stockett a réussi à mélanger la drôlerie et l'émotion dansune Histoire trop pleine de haine, de k et de
sang.
Dreamworks en a déjà acheté les
droits.Ils ont intérêt à ne pas se
ramasser.
Jacqueline Chambon Éditions, 525 pages, 2010
Extraits...
« Règle numéro un pour travailler chez une blanche, Minny : ce n’est pas ton
affaire. Rappelle toi une chose : ces blancs sont pas tes amis.
Règle numéro 6 : tu frappes pas ses enfants. Les Blancs aiment faire ça eux-mêmes.
»
« N’était ce pas le sujet du livre ? Amener les femmes à
comprendre. »
« On ne nous dit pas, à nous les filles qui ne sortons jamais avec des
garçons, que le souvenir peut être aussi délicieux que ce qui s'est réellement passé. »
« Ne ne doit demander à une femme blanche d'exercer le métier d'infirmière
dans un pavillon ou dans une salle où se trouvent des hommes noirs.
Il est illégal pour une personne de race blanche d'épouser une personne de race
noire. Tout mariage contrevenant à cette loi sera déclaré nul .
Aucun coiffeur de race noire ne peut coiffer des filles ou des femmes de race
blanche.
Le préposé aux inhumations ne doit pas enterrer de personnes de race noire dans un
terrain servant à l'inhumation de personnes de race blanche.
Les livres ne doivent pas être échangés entre écoles blanches et écoles noires mais
continuer à servir à la race qui les a utilisés en premier. »
« Il y a une haine clairement affichée pour les Blanches, et il y a aussi un
amour inexplicable. »
« Le nom de Mary ne sera jamais consigné dans les revues ou les ouvrages
scientifiques :
il sera oublié. C'est ainsi. Une vie de femme est toujours un bon
compromis. »
1810. Les femmes sont divisées en deux
catégories : celles qui sont mariées et celles qui ne le sont pas. Elizabeth Philpot appartient à la seconde. Emménageant à Lyme avec ses sœurs également célibataires, elle fait
la connaissance de Mary Anning, une fille ouvrière chasseuse de fossiles.
« Mais il y avait chez les femmes mariées un autre détail que j'avais remarqué
: ne pas avoir à s'inquiéter de leur avenir leur conférait une suffisance incroyable. »
Comme beaucoup, je ne connaissais pas le nom de Mary Anning. Elle fut pourtant la
première à découvrir un fossile d'ichtyosaure, un reptile marin contemporain des dinosaures. Pionnière paléontologue, ses découvertes ont permis de démontrer
l'évidence de l'extinction d'espèces.
Tracy Chevalier propose avec Prodigieuses créaturesune version romancée de la vie de Mary Anning et plus précisément la période correspondant à ses premières découvertes. Les pages foisonnantes démontrent
l'importante recherche historique effectuée par l'auteure. L'écriture est subtile,
proche des romans de l'époque. On pense à Jane Austen et aux sœurs Brontë qui décrivaient avec génie l'enfermement des femmes.
Des femmes vivant dans un monde d'hommes dont certaines, bien trop visionnaires pour leur temps, les conséquences de leur théorie sur les fossiles et ossements
déterrés (voir extrait), leur opposition ainsi que leur solidarité.
Éditions de La Table Ronde, 377 pages, 2010
Extrait...
« C'était une idée trop radicale pour la plupart des gens. Même moi, qui
m'estimais large d'esprit, j'étais un peu choquée de la prendre en considération, car elle sous-entendait que Dieu n'avait pas réellement réfléchi à ce qu'Il allait faire de tous les animaux
qu'Il avait créés. S'Il était disposé à laisser des créatures disparaître sans sourciller, qu'est-ce qu'une telle indifférence impliquait pour nous ? ».
« Personnellement, dit-elle, je préfère les
écoles mixtes.
Le fait de mêler d'emblée garçons et filles, à
un âge tendre,
contribue tellement à réduire les tensions
psycho-sexuelles, ne croyez-vous pas ? »
Patrick est orphelin. Il est confié aux bons soins
de sa Tante Mame, une femme que l'on ne pourrait en aucun cas qualifier de conventionnelle...
Oh lepetit bijoux d'insolenceque voilà ! Patrick Dennis, qui s'est ici inspiré de sa propre
tante, nous raconteles aventures rocambolesques
d'une femme aussi excentrique que touchante. Nous voici plongés dans la traditionnelle comédie américaine piquante et délicieusement non consensuelle.
Comme à mon habitude de lire partout dès que le
temps me le permet, j'ai ri aux éclats à des moments totalement inopportuns.Un peu de Tante Mame, c'est un médicament contre la morosité à prescrire à tous et à toutes, quel que soit son
âge.
L'écriture de l'auteur est raffinée et fluide.Les pages se tournent avec bonheur et à regret. A la
fin, Tante Mame vous manquera mais heureusement vous pourrez encore vous tournez vers le film.
A noter que le
manuscrit de Patrick Dennis a été refusé par une douzaine de maisons d'éditions qui ont dû s'en mordre les doigts
puisqu'à sa sortie, le livre s'est vendu à plus de deux millions d'exemplaires. Après un film et de nombreuses reprises au théâtre notamment en comédie musicale, Tante Mame est aujourd'hui culte
et Patrick Dennis l'un des auteurs américains le plus lu.
Flammarion, 381 pages, 2010
Extrait...
« On y utilisait également nombre de mots nouveaux pour moi, et à la fin de
l'été, mon vocabulaire s'était notablement enrichi. Je possède toujours certaines de ces listes de vocables étranges, glanés au cours des soirées avec Tante Mame. L'une d'elles, en date du 14
juillet 1929, comporte des termes aussi variés que : prise de la Bastille, lesbienne, Hotsy-Tosty Club, guerre des gangs, daiquiri- que j'avais mal othographié- relativité, amour libre, complexe
d'Oedipe- encore une faute-, mobile, rétamé - et à partir de là mon orthographe s'affole complètement-, narcissique, Biarritz, psychonévrotique, Schoenberg,
nymphomane. »
« L'histoire, apparemment vraie, concernait
un certain majordome qui, s'étant rendu en Inde avec son employeur, y servit pendant de longues années, non sans faire respecter par le personnel indigène les exigences professionnelles élevées
qui avaient été les siennes en Angleterre.
Un après-midi, à ce qu'il paraît, ce majordome
venait de pénétrer dans la salle à manger pour vérifier que tout était en ordre pour le dîner, lorsqu'il vit un tigre tapi sous la grande table. Le majordome quitta discrètement la salle à
manger, prenant soin de fermer les portes derrière lui, et gagna calmement le salon où son employeur prenait le thé avec plusieurs visiteurs. Il attira alors l'attention de son employeur par un
toussotement poli, puis lui murmura à l'oreille : « Je le regrette infiniment, monsieur, mais il semble y avoir un tigre dans la salle à manger. Peut-être permettrez-vous que le calibre
douze soit utilisé? »
Et selon la légende, quelques minutes plus tard,
l'employeur et ses invités entendirent trois coups de feu. Lorsque le majordome revint au salon un moment après pour regarnir les théières, l'employeur demanda si tout allait
bien.
« Parfaitement bien, monsieur, je vous
remercie, lui fut-il répondu. Le dîner sera servi à l'heure habituelle, et j'ai le plaisir de vous assurer qu'il ne restera alors aucune trace perceptible du récent
épisode ».
« Prudente, toute femme l'est par nature quand elle est un peu différente des
autres ».
Écosse, XVIIème siècle, Corrag est en prison. Inculpée de sorcellerie, elle est la
victime de la folie des hommes. Le révérend Charles Leslie lui rend visite afin de récolter des informations sur le massacre dont elle a été témoin.
Aujourd'hui encore, on raconte aux enfants des
histoires de sorcières, ces femmes isolées dans leur cabane, laides aux nez crochu à verrues, un balai entre les jambes... Sorcières, ces centaines de milliers de femmes qui ont
péri dans les pires souffrances. Sorcières, la plupart étaient belles, intelligentes, proches de la nature et insupportablement
indépendantes.
Un bûcher sous la neige retrace l'histoire de Corrag, « sorcière »
de mères en filles. Corrag qui cueille et soigne. Corrag qui savoure chaque détail qui s'offre à elle, de la rosée du matin aux étoiles de la
nuit.
Un bûcher sous la neige est une lecture
lumineuse dont les pages vous emportent à la faveur du vent dans les terres rugueuses du Glen. Les choix sont difficiles, Corrag enseigne, le lecteur apprend.
Un bûcher sous la neige est un roman à deux voix qui se mêlent, s'entremêlent,
se nouent, se lient et se délient. Deux opposés qui confirment que le changement est la seule constante de la vie.
En refermant le livre, vous aurez
envie d'écouter le bruit délicat de vos pas sur la neige, d'un bain de minuit afin de goûter la sensation de l'eau sur votre peau, d'un bon repas dont les bouchées vous extirpent
un délicieux « mmmm » en fermant les yeux.
Une ode à la vie, à la nature, à l'amour, à toutes les femmes qui sont mortes
pour leur prétendue sorcellerie.
Plon, 400 pages, 2010
Extraits...
Postface : « On estime que durant les trois siècles précédents, ce sont plus de
cent mille femmes – pour la plupart instruites, indépendantes, âgées ou ayant leur franc-parler – qui furent traduites en justice, accusées de sorcellerie. La torture était couramment pratiquée
pour obtenir des aveux. En Europe, le nombre de ces meurtres se monte à quarante mille. »
« Cora m'avait dit que la beauté était dans les différences, dans ce qui ne
plaisait pas à la plupart des gens ou qui leur faisait peur. »
« Est-ce que je n'ai pas eu la chance de vivre au grand vent ? Mon cœur me parlait
et je l'entendais. Je le laissais chanter sa chanson, je me fiais à moi-même et j'avais foi dans le monde, car pourquoi n'aurions-nous pas foi en lui ? Puisqu'une petite graine peut devenir un
arbre avec le temps, et que les oiseaux se rappellent où sont leurs vieux nids, et qu'une jument comprend nord-ouest et va, et que la lune fait monter et descendre les flots argentés de la mer,
est-ce que ça ne mérite pas notre foi ?. »
« Quand même j'ai un réconfort. Il est petit, mais je l'ai, ce réconfort, je
me le chuchote au creux de mes mains. Des gens sont en vie grâce à moi. C'est vrai. Il sont en vie parce que je les ai sauvés, parce que j'ai écouté la voix de mon âme, la chanson de mes os, les
paroles de la terre. J'ai écouté mes entrailles, mon ventre, ma poitrine. Mon instinct. »
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