« Claire voulait qu'on pense qu'elle allait bien. Au fond, ce qu'elle
ressentait n'avait aucune espèce d'importance. Elle guettait le regard des autres, l'interprétait, et si elle pouvait se convaincre qu'ils pensaient qu'elle était formidable et qu'elle avait de
la chance, elle se sentait bien. »
Chère Madame Despentes,
J'ai le regret de vous annoncer que j'ai beaucoup aimé votre
livre. En dehors du
fait que vous devez certainement vous fichez de mon avis comme d'une guigne, en quoi est-ce une mauvaise nouvelle me direz-vous ?
Et bien je dois vous l'avouer,
j'ai rarement
apprécié un livre ayant reçu le prestigieux prix
littéraire. Le bandeau
rouge annonçant
le choix annuel des dix jeunes et fringants membres du jury du célèbre prix français est donc, pour moi, un bon indicateur de fuite.
J'en profite pour vous soumettre en toute
humilité une idée de personnage de
roman: qui invente ces
pitchs bandorisés sensés faire bander le lecteur ? Quelle tragédie se cache derrière ces lettres blanches racoleuses ?
S'il existe de nombreux avantages à avoir l'honneur d'un tel prix, comme celui de
s'enrichir de 10 euros supplémentaires, les inconvénients ne sont pas forcément ceux que l'on croit. Ainsi, votre dernier livre ne se verra pas affublé d'un pitch aussi ridicule que « sulfureuse
Despentes » ou encore « la pente est raide jusqu'en enfer » (avez-vous remarqué le clin d'œil subliminal a votre nom de famille ainsi qu'à l'érection du sexe masculin ?) ou voire carrément pire
: « Despentes
fait un streap-tease de la société ». Ne voyez-vous pas à quoi
vous êtes en train d'échapper ?
Je digresse, j'en ai conscience, mais je souhaite
vous apporter un réconfort supplémentaire, même léger, en vous demandant si vous êtes vraiment certaine de vouloir recevoir un prix d'un des frangins Goncourt qui avaient tous
deux un lourd contentieux à régler avec les
femmes. Et oui, nous leur devons de sacrées perles à ces joyeux drilles ! Souvenez-vous :
«On parle à une femme, on lui dit des phrases en sachant bien qu'elle ne comprend
pas, comme on parle à un chien ou à un chat.»
«Il y a deux femmes dans la femme. La première est un animal, doux, dévoué par
nature ; la seconde un animal fou, méchant, trouvant un âpre plaisir aux souffrances de ce qui lui est associé dans la vie.»
«Une bouteille, voilà une distraction bien supérieure à la femme. La bouteille
vide, c’est fini. Elle ne vous demande ni visite ni souvenir, la bouteille. Elle ne vous demande ni reconnaissance ni amour ni même de politesse.»
«La femme excelle à ne pas paraître stupide.»
«La pire débauche est celle des femmes froides. Les apathiques sont des
louves.»
«Il est impossible à la femme de discerner le mensonge de la
vérité.»
(Edmond et Jules de Goncourt – Journal)
Malheureusement pour moi, ma stupidité est
insuffisante et ne me permet pas de passer outre. Conséquence fâcheuse, je sens monter en moi l'ébullition, je visualise parfaitement les petites bulles pétillant dans tous
les sens, jusqu'à l'explosion. Bordel de merde ! Ça leur ferait du bien, ce serait franchement le panard que vous, la Despentes, receviez le Goncourt !
Parce que vous la maniez avec tant d'aisance cette
langue fourchue et rugueuse. Par le biais, d'une ado sans repères, vous disséquez sans concession une société d'apparences. La vérité est crue mais jamais
glauque. Les masques, les faux-semblants, les règles d'un savoir-être de masse trahissent les convictions. Le titre, la fin, j'ai tout aimé.
Pan dans ma face. C'est ce que nous devrions exiger de tous
Goncourt.
C'est mon premier Despentes. Ce ne sera pas le
dernier. Aucune
hypocrisie. Ni
grossièreté, ni vulgarité mais bel et bien le
maniement expert de la langue. Celle qui sert à exprimer ce que l'on a au fond des tripes quitte à déplaire.
En conclusion, vous n'aurez pas le Goncourt, Chère
Madame Despentes. Trop d'éléments jouent contre
vous. Vous êtes
moderne, actuelle, vous osez la provocation difficile, et pour finir, vous êtes non seulement une femme mais en plus une de celle qui dit des gros mots. Déjà qu'ils ont donné le prix à une africaine l'année dernière
! Deux lauréates de
suite dont la dernière est l'auteure de Baise-moi, faut pas pousser ! Elle est nominée, elle devrait être contente.
En souhaitant sincèrement d'avoir tort, à bientôt
!
Grasset, 352 pages, 2010
Une dernière pour la route...
« L'hétérosexualité, c'est aussi naturel que
l'enclos électrique dans lequel on parque les vaches. A partir de maintenant, ma grande, bienvenue dans les grands espaces ».
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Merci à Priceminister pour l'envoi !
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