« Le sentiment qui nous unit s'est formé de tant de choses qu'il ne peux se comparer à aucun autre. Le monde n'y comprendra jamais rien. » George Sand
George Sand a permis la publication post-mortem des lettres échangées avec Alfred de Musset. Peut-être souhaitait-elle finalement avoir le dernier mot sur l'Histoire tronquée que l'on nous a trop souvent présentée ou peut-être rêvait-elle en secret d'être publiquement blanchie et clouer ainsi le bec à la Morale au grand M.
Celle-là même qui accusait Sand d'être une mauvaise femme, une de celle qui trompait son compagnon avec son médecin le menant ainsi au bord de l'abîme. La réalité est toute autre et en lisant ces lettres, on n'éprouve au fil des pages de plus en plus de compassion pour Sand plutôt que pour Musset. Françoise Sagan l'écrit à la perfection :
« Qu'on ne s'y trompe pas : j'aime, c'est vrai, mille fois plus Musset que Sand : et dans leur œuvre, et dans leur personne, et dans leur personnage. J'aime mille fois mieux le versatile, l'inquiet, le fou, le désordre, l'alcoolique, l'excessif, le colérique, l'enfantin, le désespéré Musset que la sage, l'industrieuse, la bonne, la chaleureuse, la généreuse et l'appliquée Sand. Je donnerais toutes ses œuvres à elle pour une pièce de lui. Il y a quelque chose dans Musset, une grâce, un désespoir, une facilité, un élan et une gratuité qui me fascineront toujours mille fois plus que toute l'intelligence et la raison et la poésie paisible de Sand. Il n'empêche qu'à lire ses lettre, j'aurai préféré, je dois le dire, être l'amie de Sand que celle de Musset. Il est plus facile, quand on a des amis, de consoler que de blâmer, et quand serait venu le moment de consoler Musset, j'aurais peut-être eu du mal à savoir de quoi je le consolerais mais aucun à savoir de quoi l'accuser. Elle, en revanche, elle souffrait d'amour, elle souffrait d'amitié, elle souffrait d'estime, elle souffrait de tout ce que j'aime et admire, alors que lui souffrait de tout ce que je redoute et méprise, mais parfois ressens. »
Au commencement de leurs échanges, après leur rupture, l'amitié semble survivre à l'amour :
« Adieu George, je vous aime comme un enfant. »
« Comme nous nous aimerons bien ! N'est-ce pas, n'est-ce pas, mon petit frère, mon enfant?»
« Tu as raison, notre embrassement était un inceste. Mais nous ne le savions pas. Nous nous jetions innocemment et sincèrement dans le sein l'un de l'autre. Eh bien ! Avons-nous un seul souvenir de ces étreintes, qui ne soit chaste et saint ? Tu m'as reproché dans un jour de fièvre et de délire de n'avoir jamais su te donner les plaisirs de l'amour. J'en ai pleuré alors et maintenant je suis bien aise qu'il y ait quelque chose de vrai dans ce reproche. Je suis bien aise que ces plaisirs aient été plus austères, plus chastes que ceux que tu retrouveras ailleurs. Au moins tu ne te souviendras pas de moi dans les bras des autres femmes. Mais quand tu seras seul, quand tu auras besoin de prier et de pleurer, tu penseras à ton Georges, à ton vrai camarade, à ton infirmière, à ton ami, à quelque chose de mieux que tout cela ; car le sentiment qui nous unit s'est formé de tant de choses qu'il ne peux de comparer à aucune autre. Le monde n'y comprendra jamais rien. »
« Nous nous sommes connus, nous nous sommes aimés et nous nous estimons. »
Au fil des pages, les amants terribles prennent de la distance face à leur relation :
« Peut-être m'as tu aimée avec peine, pour aimer une autre avec abandon. »
« Adieu, mon joli petit ange, écris-moi, écris-moi toujours de ces bonnes lettres qui ferment toutes les plaies que nous nous sommes faites et qui changent en joies présentes nos douleurs passées.»
« La postérité répètera nos noms comme ceux de ces amants immortels qui n'en ont plus qu'un à eux deux, comme Roméo et Juliette, comme Héloyse et Abeylard ; on ne parlera jamais de l'un sans parler de l'autre. »
Puis, Musset réalise qu'il aime Sand et qu'il ne peut se résoudre à vivre sans elle. Il accuse sa jeunesse d'être la fautive de ses erreurs et la supplie de revenir à lui. Sand est au bord du gouffre, après avoir enduré le rejet, avoir fait le deuil de cette relation et tenté d'avancer malgré tout.
« Voilà pourquoi je crois en toi, et te défendrai contre le monde entier jusqu'à ce que je crève. Maintenant qui voudra peut me tromper, me maltraiter et me déchirer, je puis souffrir, je sais que tu existes. »
« Adieu, adieu, je ne veux pas te quitter, je ne veux pas te reprendre, je ne veux rien, rien, j'ai les genoux par terre, et les reins, brisés, qu'on ne me parle de rien. Je veux embrasser la terre et pleurer. Je ne t'aime plus mais je t'adore toujours. Je ne veux plus de toi, mais je ne peux pas m'en passer. Il n'y aurait qu'un coup de foudre d'en haut qui pourrait me guérir en m'anéantissant. Adieu, reste, pars, seulement ne dis pas que je ne souffre pas il n'y a que celui qui puisse me faire souffrir davantage, mon seul amour, ma vie, mes entrailles, mon frère, mon sang, allez-vous en, mais tuez-moi en partant. »
Sand conclut ces années de correspondances par une dernière lettre salvatrice :
« Calmons-nous, ... calmons-nous ! Calmons-nous ! A quoi jouons-nous ? Qu'avons nous donc fait tous ces mois avec ce papier blanc et bleu qui courait de Venise à Paris et de Paris à Venise, ce papier qui nous a fait nous rejoindre, qui a fait rejoindre ton corps et le mien, ta bouche et la mienne, tes cheveux et les miens, comme tu les réclamais tant, ces mots qui de nouveau les dénouent et les séparent ? Tout ce papier ! Tout ce papier ! Allons-nous vivre sur du papier toute notre vie ? Toi oui Alfred, tu es fait pour ça, moi pas, je suis une femme. »
Des lettres émouvantes, parfois agaçantes (il y a des baffes qui sont perdues à jamais!) ou assommantes (en raison de l'emphase chère à ce siècle) mais au final un tout qui représente une puissante leçon de vie romanesque. Un petit livre précieux enrobé par les mots subtils de Sagan. A déguster.
Hermann, 169
pages, 1996
A voir...
Le roman de Venise lu par Celsmoon
Françoise Sagan par Florinette
A noter...
que le dessin de George Sand de la couverture est signé Alfret de Musset
Anneso, Bouh, Craklou, Cynthia, Kali, Keisha et Lael m'ont taguée en me décernant le Prix de l'amitié. Un grand merci les filles pour avoir pensé à moi ! J'en ai profité pour me demander si le terme d'amitié était approprié pour nommer les liens que nous tissons entre lectrices-bloggeuses. Voyons ce que Le Larousse en dit :
amitié, nom féminin, (latin populaire amicitas, latin classique amicitia)
> Sentiment d'affection entre deux personnes ; attachement, sympathie qu'une personne témoigne à une autre : Être lié d'amitié avec quelqu'un.
> Bienveillance, gentillesse, courtoisie chaleureuse manifestées dans les relations sociales, privées, mondaines : Dire un mot d'amitié. Fais-nous l'amitié de venir dîner.
> Relations entre collectivités fondées sur le bon voisinage, la bonne entente, la collaboration : Conclure un traité d'amitié.
Après réflexion, je ne peux que conclure que l'amitié existe bel et bien dans la blogoboule littéraire. En témoigne les swaps, les commentaires chaleureux qui encouragent, les cadeaux spontanés, les visites régulières, les lectures communes, les participations aux challenges, les piques-niques...
En de gauche à droite : l'eau, ma soeur, voyager
Au milieu : la mer, mes enfants, mon lac
En bas : lire, London, L'Homme.
« - Tié tié tié ! Donc, Aramatou, les Blancs aussi demandent de l'argent ?
- Mais Inno, y a des cabris morts1 partout, hein
- Un Blanc moisi dans son propre pays... mais moi je suis foutu ! Je vais rentrer chez moi! »
Walaï !2 Marguerite et Clément
atoouu3 ! Aya, c'est comme le bon vin, avec le temps c'est encore meilleur Dêh4 ! Ce numéro 4 est mon préféré. Comme j'ai aimé qu'Innocent prenne plus de place
sans faire le prodada5 ou logobi6. Après avoir cassé son cou7, il décide de partir vers la capitale pour se
lancer dans les hautes sciences8 de la coiffure. Sans se toubabousé9 et faire du farotage10, il
enjaille11 les gos12
mais se fait walo13 avec les gaous14 d'hommes. Yacô !15 Faire sa place à Paris, c'est abramalaire16
pour un homme qui est loyal à son prénom.
Et plus au sud, Aya à affaire sur batterie17. Il ne faut pas qu'elle se lance dans des anangoplans18 qui sentent pipi19. Walaï, c'est une fille intelligente qui ne peut pas se faire dja20 par un minable qui a percé21 et qui devrait verser sa figure parterre22.
Je suis pied gauche23 avec la langue, désolée. Je vais m'affairer24 et attendre le numéro 5 ! A la revoyure25 !
Gallimard-Jeunesse, 106 pages, 2008
Un Extrait...
Le mot de la fin par Aya...
« Un bout de bois, même resté longtemps dans l'eau, ne sera jamais un caïman. »
L'indispensable lexique...
1Une pauvre personne qui n'a plus rien, dont le cas est désespéré
2Mon Dieu !
3Dans mes bras (faire des accolades)
4Exclamation
5Faire le malin, faire sa star
6Faire le malin
7Rompre, casser avec son amoureux
8Dans les affaires (être dans les affaires)
9S'européaniser, faire comme les blancs
10La frime, le malin
11Plaire, attirer (enjaillement : attirance)
12Les filles
13Gifler
14Idiots
15Désolé (pour exprimer la compassion)
16Compliqué (les histoires abramalaires)
17Y a un problème grave
18Des mensonges
19Louche ! Ne dit rien de bon, mauvais présage
20Tuer (je vais te dja : je vais te tuer)
21Celui qui ne se prend pas pour n'importe qui, qui ne se sent plus
22Avoir honte
23Maladroite
24S'informer, mettre au courant
25A la prochaine !
Bon dimanche !
« C'était le genre de vie dont on ne sait pas au moment où on la vit que c'est une vie heureuse »
Une fois n'est pas coutume, la quatrième de couverture...
1918. De retour du front, Fidelis Waldvogel, un jeune soldat allemand, tente sa chance en Amérique. Avec pour seul bagage une valise pleine de couteaux et de saucisses, il s'arrête à Argus, dans le Dakota du Nord où, bientôt rejoint par sa femme et son fils, il décide d'ouvrir une boucherie et de fonder une chorale, en souvenir de celle des maîtres bouchers où chantait son père. Des années 1920 aux années 1950, entre l'Europe et l'Amérique, ce roman à la fois épique et intime retrace le destin d'une famille confrontée au tumulte du monde.
Alors là, je dis banco ! Cette histoire a tout pour me plaire. Je m'installe confortablement, je tourne les pages, découvre des personnages intéressants, j'attends cette chorale, les bouchers allemands ont l'air de s'y connaître en saucisses, personne ne chante même pas sous la douche, j'ai compris ; la chorale est secondaire. Ce n'est pas grave mais... toujours pas d'étincelle, je n'accroche pas.
De nombreuses lectrices l'ont adoré et je le comprends tout à fait. C'est un roman complexe et très bien écrit. Je ne suis juste pas entrée dedans. Et comme ce n'est pas ma tasse de thé, je ne me vois pas en dire davantage. Les avis ci-dessous vous donnerons peut-être l'envie de vous faire votre propre opinion.
Un joli extrait...
« Quand Delphine lui avait posé la question qui allait de soi, Roy avait souvent répondu : « Je bois pour remplir le vide. Delphine détestait cette réplique. Un jour, elle l'avait poussé sur une chaise et avait hurlé: « Dis donc, j'ai une nouvelle pour toi. Tout le monde fait tout pour remplir le vide. »
Le Livre de Poche, 568 pages, 2007
Elles ont adoré..
Keisha, Papillon, Solenn,
geishanellie, Aifelle, Kathel
Elles sont mitigées...
La biblio du dolmen, Les mots de Pascale
Merci à...
Suzanne et au Livre de Poche pour avoir eu la gentillesse de m'envoyer ce livre !
« Nous avons tous notre fin du monde personnelle »
De manière inattendue, un squelette est retrouvé sur un chantier de construction. Le commissaire Erlendur conduit l'enquête qui le mènera jusqu'à la famille qui vivait là autrefois, à l'époque de la seconde guerre mondiale. Le passé finit-il toujours par nous rattraper ? Peut-il survivre aux années, au froid et au vent ? Au moment même où Reykjavik s'étend et se perd, alors qu'elle semble tout écraser sur son passage, la ville déterre sans états d'âmes le secret d'une famille.
Le pari de faire aussi bien voire mieux que La cité des jarres était osé. Arnaldur Indriadson confirme avec La femme en vert son immense talent. Encore une fois, il écrit la vie et ce qui ne devrait pas l'être avec simplicité et humilité. Le genre est bel et bien un polar mais un de ceux qui ne terrifie pas avec le sang ou les ruelles sombres. Dans la vraie vie, l'endroit le plus dangereux pour une femme est sa maison.
L'auteur aborde la misère des relations avec justesse et sans pathos. Tant qu'à l'enquête policière, nous sommes loin de la série télévisée Bones ou de tout autre film du genre, les os ne livrent aucun indice immédiat. Nous sommes en Islande, le choix des compétences est réduit, ce qui oblige le commissaire Erlendur à bricoler et, sans vraiment le vouloir, à innover. Un policier encore une fois différent du héros musclés mais aussi un père maladroit qui tente de limiter les dégâts causés par ses propres erreurs.
Fait est assez rare dans les polars, les personnages féminins sont d'une grande profondeur. Les hommes ne sont pas en restes avec leur force ébranlable. Je suis enchantée tant par le contenu que la forme et ne peux que vivement vous conseiller, même et surtout si vous n'êtes pas friands de romans noirs, de donner une chance, c'est à dire la place qu'il mérite, à Arnaldur Indriadson.
Extrait
« - Je crois que j'étais en train de vous poser une question sur ces violences conjugales.
- Voilà un mot bien édulcoré pour décrire l'assassinat d'une âme. Un terme politiquement correct à l'usage des gens qui ne savent pas ce qui se cache derrière. Vous savez ce que c'est, de vivre constamment dans la terreur ?»
Points, 346
pages, 2006
Ce livre a reçu...
Prix Clé de verre du roman noir scandinave
Prix CWA Gold Dagger 2005
Grand Prix des lectrices de Elle 2007
Beaucoup d'autres avis...
à retrouver sur Blog-o-Book
Je passe le relais en accord avec leurs bannières à : Ori en rose, Emmyne en bleu, Leiloona en brun ou en orange, Marie en jaune si tu en as envie, Keisha en blanc ou en vert.
« Les blagues sont le fruit d'une ingéniosité humaine qui,
au plus tendu et au plus épuré, confine à l'art. »
Ne vous fiez pas aux apparences, voici un livre sérieux dont l'origine est une véritable recherche. Jim Holt est un très bon vulgarisateur, la lecture est agréable et vous n'aurez pas besoin d'un dictionnaire pour la comprendre.
Deux axes s'affrontent et se complète, l'histoire et la philosophie. On découvre avec étonnement le nombre incroyable de variantes d'une blague et son origine parfois très lointaine. Ainsi, le recueil de 264 blagues Philogelos (« celui qui aime rire ») date du IVème ou Vème siècle avant J.-C. Les personnages centraux sont déjà la femme « frustrée », l'alcolo et le radin. Le Toto grec est Scholastikos (« crâne d’œuf »).
« Un crâne d’œuf traverse les mers lorsqu’une violente tempête se lève. Ses esclaves sombrent dans la terreur. ʺNe pleurez pas, les console-t-il, je vous ai tous affranchis dans mon testament».
Comme un néologisme, une blague n'est pas inventée un beau jour par quelqu'un mais provient d'une quantité d'éléments culturels et historiques qui forme l'anecdote sur un plan humoristique. Par exemple, si le coq fait cocorico en France, il fait kirikiki en Italie. De même, le cheval blanc de Napoléon ou d'Henri IV appartient au général Custer aux Etats-Unis.
C'est un petit livre à offrir à son père ou son beau-père. Personnellement, j'ai regretté que Jim Holt n'ait pas osé ou voulu nous faire partager sa recherche plus en profondeur. Beaucoup d'éléments ont attiré ma curiosité et j'aurais aimé qu'ils dépassent le stade de l'anecdote. Ce n'est tout simplement pas le but du livre.
10 X 18,
124 pages, 2009
A voir...
Le très bon billet de Mazel
Merci à...
ainsi qu'aux Editions 10 X 18 pour l'envoi de ce livre !
« C'est ainsi, même chez les perdants,
il y en a qui perdent davantage que les autres »
Si vous avez déjà traversé les États-Unis, vous avez probablement passé devant une réserve indienne. Comme moi, un sentiment étrange vous a certainement envahit. Un bout de territoire réservés au natifs du pays, une minorité avec sa propre culture ainsi que ses propres lois. Des kilomètres trainant les fantômes du passés, celui d'un pays qui a démarré son histoire par un génocide.
Frédéric Roux nous emmène dans la réserve des Makas, tribu oubliée de tous et même de ceux qui la composent. Stud sort de prison et retrouve son frère cadet Percy qui vivait en suspens depuis son incarcération. L'aîné a changé. Il décide de suivre la trace de ces ancêtres en chassant la baleine.
« - Avant nous... les vieux, ils faisaient quoi ?
- Se saoulaient la gueule, se tapaient dessus et à la fin, ils se pendaient ou alors ils se flanquaient une balle dans la tête ou alors on les retrouvait crevés là où ils avaient crevé. T'as oublié comment ça se passait ?
- J'ai pas oublié, j'oublie rien. Je parle pas de nos parents, je parle des parents des parents de nos parents...
- La même chose, qu'est-ce que tu veux fabriquer ici ?
- Réfléchis ! Avant toute cette merde, on faisait quoi ? »
Comme nous le montre l'Histoire, il est inutile de se salir soi-même les mains, les moyens pour annihiler sont aussi ingénieux que variés. Fournir des couvertures infectées d'une maladie de Blancs, introduire l'alcool dans un sang qui ne le supporte pas, délimiter des frontières en mélangeant des tribus qui ne peuvent vivre ensemble, blanchir par l'habillement, les coutumes et la religion afin de supprimer tous repères. Le général Custer doit être plus que satisfait. Même vivants, les indiens semblent morts.
« Les Indiens sont obèses... jamais il y avait eu d'obèses chez les Indiens, maintenant, c'est chez nous qu'il y en a le plus, on est bouffés par le diabète. Pourquoi ? Parce qu'on se gave de saloperies... on pêche plus, on chasse plus, on a juste à payer à la caisse du supermarché pour s'empiffrer de merde. »
La plume est incisive et carrosive. Le thème central est la quête de son identité, celle de soi mais surtout celle d'une culture, de générations perdues à force de porter le poids du passé. La chasse à la baleine devient alors magnifiquement métaphorique. Chasser pour être et savoir être, nourrir sa tribu en lui donnant une place, tuer le monstre du passé, assumer sa minorité avant de se faire engloutir à jamais.
« S'ils voulaient réussir, il leur fallait réussir dans les domaines réservés aux Blancs où même les Noirs sans parler des Jaunes, réussissaient mieux qu'ils ne le faisaient. Il y avait des champions noirs, des stars de cinéma noires, des journalistes, des avocats, des dentistes noirs, des musiciens noirs, des Noirs riches, des Noirs célèbres, une culture noire. Les Noirs jouaient au golf, il roulaient en Mercedes et ils trouvaient le moyen de se plaindre. »
Une lecture qui ouvre au monde et qui nous oblige à regarder plus loin que ce que notre petit cœur tout mou d'amoureux des baleines ne permet.
« La baleine, il faut la tuer humainement. L'homme blanc veut pas que la baleine souffre, la douleur de l'Indien, il s'assoit dessus, mais pas sur celle de la baleine. »
« Et pourquoi c'est une espèce protégée ? Je vais vous l'expliquer... nos ancêtres on chassé la baleine depuis la nuit des temps lorsqu'elles passaient devant nos côtes pour se reproduire en Basse-Californie.... Lorsqu'ils se sont rendu compte de ça, les Blancs les ont attendues en bas pour les massacrer comme des nouveau-nés dans une maternité... et ils les ont massacrées ! Comme ils ont massacré le bison, comme ils massacrent tout ce qu'ils touchent. A tel point que les Makahs ont arrêté de chasser. Pour que les Blancs arrêtent, il a fallu des lois. Les Blancs ont besoins de lois... sans lois, ils ne savent pas se tenir. Ils peuvent pas se dire... y a plus assez de baleines, on arrête les frais ! Il faut un juge pour leur répéter ce que la nature leur a déjà dit. »
Un bémol pourtant ; la longueur. Autant j'ai beaucoup aimé la première partie, autant la seconde m'a ennuyée et je le regrette ! La chasse vient bien trop tard à mon goût ce qui enlève au ton le mordant que j'ai apprécié. 200 pages de moins aurait permis à cette lecture de gagner en puissance ce qui ne devrait pas vous empêcher de la découvrir malgré la très étrange couverture.
Le Livre
de Poche, 501 pages, 2009
Merci à...
et Suzanne ainsi que Le Livre de Poche pour cette découverte !
D'autres avis...
Véronique D> « le récit se lit comme un roman d’aventure. Ce n’est pas de la grande littérature, mais c’est très agréable à lire. Je trouve cependant qu’il manque un petit quelque chose... »
Tamara > « une aventure très dépaysante, qui, au final, s’avère être un triste constat de l’état des populations indiennes qui ont survécu à l’arrivée des Européens sur leurs terres d’Amérique. »
Katell > « Comme dans "Moby Dick", la baleine et ces hommes atypiques de "L'hiver indien" sont une parabole de la liberté servie par une écriture romanesque d'une grande qualité où le farfelu, l'inattendu, voire le déjanté, viennent réduire les clichés les plus éculés à ce qu'ils sont....des reflets ternes et tristes, une fausse bonne conscience pour soulager le remords de médiocres vainqueurs ».
Pascal > « Superbe parabole sur la liberté mais aussi sur l'acculturation et la déculturation des peuples soumis à la loi des vainqueurs, « L'hiver indien » , roman flamboyant et déjanté, est de ces ouvrages qui ne se laissent pas facilement oublier tant la force du propos, la présence des personnages et la qualité du récit y sont superbement maîtrisés. Un très grand et très beau roman. »
Lael >«J 'ai beaucoup aimé et je ne regrette absolument pas cette lecture, qui enrichie par des citations diverses écrites par des Indiens, nous fait comprendre mieux leurs sentiments, cette détresse psychologique, cet abandon à la facilité qu'est l'alcool et qui détruit tout. C'est la volonté de s'en sortir pour tout simplement avoir le respect qu'ils méritent. Ce roman interpelle donc le lecteur sur ces notions fondamentales des droits de l'homme: liberté d'expression, libre d'être quelqu'un. »
Dès l'heure d'hiver, j'hiberne. Je dors plus, je mange beaucoup plus. Le manque de lumière provoque chez moi des effets de dépression saisonnière. Je n'aime ni le froid ni la neige (et oui j'habite en Suisse mais il y a pire, n'est-ce pas Karine ;-) Bientôt je me régalerais de raclette et de fondue et en attendant je profite de prendre davantage le temps pour...
1. Mes enfants
Si je ne suis pas une mère qui joue aux légos avec ses enfants, je suis une maman qui lit, qui les regarde amoureusement, les étouffe d'amour, de bécos, de câlins. Je me shoote de leur odeur comme une junkie avec sa dose. Mes enfants sont ma drogue et pour la rehab, I said NO ! NO ! NO !
2. Les séries
Je me légume sur le canapé avec L'Homme ayant pour seul effort un léger mouvement du pouce sur la télécommande. Je n'ose vous citer le nombre honteux de séries que je suis mais j'ai décidé aujourd'hui de faire mon coming out. Je vous laisse trouver lesquelles :
a) des femmes hystériques
b) un certain Dr. Mamours
c) un gars au visage d'ange, une femme scientifique
d) un boiteux délicieusement insupportable
e) un père de famille soucieux de raconter son histoire
f) une femme dont je n'aimerais pas partager les rêves
g) une bande de surdoués tordants bien malgré eux
h) une blonde détective qui sait s'imposer
i) une unité dérivée bien torchée
Et oui, Natalie Dessay n'est malheureusement pas la seule à avoir le regret de constater que son agenda est complet jusqu'en 2014.
3. La diablosphère
Organiser un challenge et participer à ceux qui fleurissent sur la toile, les lectures communes, les commentaires, les billets, les mails, répondre aux tags, visiter la blogobule afin d'alimenter certains acronymes, me voilà complètement accro d'un hobby chronophage. J'assume totalement et revendique mon plaisir. Le tout est de m'organiser pour ne pas empiéter sur le reste. Des recettes miracles ?
4. Lire
La lecture appelle la lecture...
5. Penser au week-end romantique à venir
L'automne annonce notre anniversaire de zamoureux. Imaginer, fantasmer, délirer sur tout ce que nous pourrions faire seuls, tous les deux, prend en effet une bonne partie de mon temps automnal.
6. Dîner avec les copines
Se faire du bien, refaire le monde, bien manger et rentrer chez soi le coeur plus léger.
7. Ma sœur
Ma dernière drogue. C'est celle que j'ai besoin d'entendre, de voir, de serrer dans mes bras. Quand elle est là, tout est plus net. Je donne mon quota d'heures à son récent amoureux et c'est bien normal. Mais maintenant ça suffit, rapplique immédiatement frangine! (désolée si vous ne comprenez pas, j'ai passé un message infiniment subtil ;-)
Je passe ce tag à Florinette car elle manque ces temps à la blogobule et, même si c'est son droit le plus entier, j'espère qu'elle nous reviendra bientôt ! Et puis, il n'y a pas de raison de m'arrêter là, j'aimerais bien savoir comment l'automne se passe au Canada.
a) Desperate Housewifes
b) Grey's anatomy
c) Bones (avez-vous noté l'allusion buffyesque??)
d) Dr House
e) How I met Your Mother
f) Medium
g) Big bang theory
h) Closer
i) Torchwood
« La vie ici n'est pas la vie, c'est un gaspillage lugubre du temps »
J'ai pensé à elle souvent. J'ai mis ce livre de côté pour le découvrir à sa libération. Je ne pouvais pas lire cette lettre en sachant qu'elle était là-bas, avec tant d'autres, quelque part, en train d'attendre depuis bientôt 7 longues années.
Au fond de la jungle, Ingrid écrit à sa maman, sa Mamita adorée, qui lui parle tous les matins par le biais de la radio. Rapidement, elle lui dit être vaincue. Elle s'est battue durant ces six années de captivité, aujourd'hui elle pense que sa mort serait « un soulagement pour tout le monde ».
« Je sens que mes enfants mènent une vie en suspens en attendant que je sois libre, et ta souffrance quotidienne, celle de tout le monde, fait que la mort m'apparaît comme une option douce. »
Ingrid explique ses journées et raconte combien l'émission dominicale La voix des séquestrés lui est précieuse et essentielle.
« Je dédie ces lignes aux êtres qui sont mon oxygène, ma vie. A ceux qui me maintiennent la tête hors de l'eau, qui ne me laissent pas couler dans l'oubli, le néant et le désespoir. Ce que vous avez accompli pour nous fait toute la différence: nous nous sommes sentis des êtres humains. »
On pourrait presque croire lire la lettre d'une maman comme une autre lorsqu'elle insiste auprès de ses enfants pour qu'ils ne renoncent pas à leur Doctorat. Puis, elle raconte avec émotion la découverte de la voix de son fils, entendue à la radio, une voix qui ne ressemble en rien à celle du petit garçon qu'elle a dû laisser derrière elle.
Avec humilité et sincérité, elle remercie du fond de son être un nombre incroyable d'hommes et de femmes qui l'on directement ou indirectement soutenue. Elle fait part de ses rêves de changements pour la Colombie et parle de son lien avec la France. Tout au long de cette lecture, un terrible sentiment de fin nous envahit. Ingrid Betancourt fait ses adieux.
En guise d'épilogue, la réponse de ses enfants nous fait comprendre le joli pluriel du titre. On sent l'amour, la force, la peur, la colère et l'urgence.
« Dans cette jungle qui te retient, tout est loin, même le soleil. Tout fait mal, tout est inhumain. Pourtant, rien de plus vrai et de plus juste que les mots que tu as su trouver. Maman, tu nous a réveillés. Tes souffrances sont devenues les nôtres, ton désespoir est désormais notre urgence, ton amour et ton courage sont notre force. Aujourd'hui, je comprends ce que signifie être libre. Nous sommes tellement fiers de toi, maman. Toi qui souffres et te bats tous les jours dans l'humilité, toi qui trouves encore la force de refuser de jouer le jeux de tes ravisseurs, sois-en persuadée : tu nous grandis. Tu nous a tous grandis. On ne pourrait écrire plus belle lettre d'amour à ceux que l'on aime. Je me blottis contre la douceur de tes mots, et je me le répète : Tu es vivante ! Tu es vivante ! Mais je sens aussi se réveiller en moi une angoisse trop forte. Maintenant que je te sens si proche, j'ai peur de te perdre à nouveau. »
Aujourd'hui et c'était à prévoir, des déclarations, des livres, des rumeurs et ragots présentent Ingrid Betancourt sous un autre jour. Attention exclu ! L'icône n'est pas la sainte que les médias nous ont présentés et que nous avons voulu croire. Quel scoop ! Voilà une femme avec ses qualités et ses défauts qui s'est battue pour survivre dans les ténèbres. Quoi qu'elle ait fait, je ne suis pas juge et en lisant sa lettre, je ne peux que m'incliner devant une telle leçon d'humanité.
Seuil, 61 pages,
2008
La polémique décrite objectivement par Le Point
J'ai longuement recherché un site et une action de soutien aux actuels otages des Farcs ainsi que leur nombre actuel mais je n'ai hélas rien trouvé. N'intéressent-ils plus personne depuis la libération d'Ingrid Betancourt ? Êtes-vous au courant ?
EDIT DU 08.11.09
Le comité de soutien des otages en Colombie vous informie ici. Possibilité de s'abonner à la lettre d'info mensuelle. Merci à Denis d'avoir répondu à ma question.





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