Vendredi 24 avril 2009 5 24 /04 /Avr /2009 14:20



Où on va papa ?

Jean-Louis Fournier


Stock, 154 pages, 2008

 

Jean-Louis Fournier parle de ses deux garçons lourdement handicapés. C'est son ressenti qu'il nous livre. Celui d'un père à qui on ne peut pas demander d'accepter l'injustice de l'inacceptable. Les mots ne sont pas crus mais vrais. Ils sont bruts et l'émotion est puissante.


On ressent l'ambition inassouvie d'un père. La déception, l'amertume, la colère, la tendresse, le désir de partager sa passion pour la lecture, le désespoir, l'humour salvateur.


Une lecture qui malgré les apparences fait du bien à tous les parents qui, comme moi, sont parfois happés et harassés par le quotidien. La relativité est parfois utile et permet alors de ne pas oublier de savourer ce qui nous semble trop souvent acquis.


Extrait


Cher Mathieu, Cher Thomas,


Quand vous étiez petits, j'ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois. Je ne l'ai jamais fait, ce n'était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu'à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures...


Maintenant que Mathieu est parti chercher son ballon dans un endroit où on ne pourra plus l'aider à le récupérer, maintenant que Thomas, toujours sur la Terre, a la tête de plus en plus dans les nuages, je vais quand même vous offrir un livre. Un livre que j'ai écrit pour vous. Pour qu'on ne vous oublie pas, que vous ne soyez pas seulement une photo sur une carte d'invalidité. Pour écrire des choses que je n'ai jamais dires. Peut-être des remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne vous supportais pas, vous étiez difficiles à aimer. Avec vous, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange.


Vous dire que je regrette qu'on n'ai pas pu être heureux ensemble, et peut-être, aussi, vous demander pardon de vous avoir loupés. On n'a pas eu de chance, vous et nous. C'est tombé du Ciel, ça s'appelle une tuile. J'arrête de me plaindre. Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d'une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler de vous avec le sourire. Vous m'avez fait rire, et pas toujours involontairement. grâce à vous, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec vos études, ni votre orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de ce que vous feriez plus tard, on a sur rapidement que ce serait : rien.


Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à vous, j'ai pu rouler dans de grosses voitures américaines.


Agnès Brunet, la maman de Mathieu et Thomas Fournier, n'a pas le même point de vue sur ses enfants que son ex-mari. La publication du livre a eu des conséquences sur sa vie.

Elle en parle simplement dans Où on va maman ?

 

Le prix Femina

 

 





Par Theoma - Publié dans : En français
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