En français

Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 07:14

 

victor-hugo-juliette-drouet.jpg

 

Lettres de l'anniversaire (1833-1883)

 

« Aimer c'est plus que vivre. »

 

Ma Juju, Mon Toto, Mon amour... Juliette Drouet et Victor Hugo se sont aimés durant cinquante ans. Durant ces cinquante années, ils ont célébré leur première nuit d'amour, celle du 16 au 17 février, en écrivant des mots, ceux du cœur, de l'âme, de l'intime dans un livre qu'ils nommeront le livre de l'anniversaire.

 

Si Juliette Drouet a écrit près de 20'000 lettres à son grand amour, ce recueil ne recense que celles que les amants ont échangé autour de la date la plus importante de leur vie. La nuit du 16 au 17 février sera également le titre d'un chapitre des Misérables et non des moindres, celui qui de la nuit de noces de Marius et Cosette.

 

C'est une lecture inspirante et solaire. Les mots sont pétillants, acidulés, vivants, jamais mièvres ou mielleux. Je me suis sentie parfois triste pour cette femme de l'ombre, cette femme officieuse passant ses journées à guetter un signe de son amant marié. Cet homme qui la trompera encore avec une autre femme mais à qui elle pardonnera tout à l'approche du 16 février, le mois de l'impossible.

 

Lyrique, romanesque, inspirant, une belle leçon !

 

4--toiles.gif Ouest-France, 249 pages, dont beaucoup sont cornées, 2005

 

Extraits

« Février a toujours été un mois marqué d'un signe particulier pour moi. Le 26 février 1802 je suis né à la vie, le 17 février 1833 je suis né au bonheur dans tes bras. La première date ce n'est que la vie, la seconde c'est l'amour. Aimer c'est plus que vivre. V.H. »

 

« (...) C'est que je sens que mon amour doit survivre à toi et à moi. Je sens bien que je dois t'aimer quelque autre part que dans cette vie. Je ne sais pas bien où, mais je suis sûre que j'ai de l'amour pour toute l'éternité de nos deux âmes. (...) Juliette »

 

« (...) Mon Victor, tu es ma joie. Je t'aime. Je te trouve beau. Je t'aime. Je voudrais me mettre tout entière dans ce mot : je t'aime. (...) Juliette »

 

« Quarante ans, ma bien-aimée. Cette nuit, il y aura quarante ans ! Que c'est beau, ce long amour. Mon amour, grand amour. Nous n'avons plus quarante ans devant nous sur la terre, mais hors de la terre nous avons l'éternité. (...) V.H. »

 

« Cinquante ans d'amour, c'est le plus beau des mariage » 16 ou 17 février 1883, V.H. »


Par Theoma - Publié dans : En français
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires
Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 06:21

 

une-annee-etrangere.jpg

 

« Et pour la première fois, je me sens libre, étrangement légère, libre parce que étrangère,

dans une vie provisoire, sans témoin, sans passé. Sans rien à prouver. »

 

Laura s'éloigne, se cherche, se perd, se trouve, en tant que fille au pair dans une famille allemande. Il ne se passe pas grand chose à l'extérieur, tout est contenu. On retient son souffle, on s'identifie, on espère.

 

Écrire le dénuement avec pudeur. La fragilité de l'adolescence, le poids du deuil, les conséquences de la tragédie, Brigitte Giraud possède la narration mélancolique.

 

Une lecture douce et élégante.

 

Un mauvais point pour la quatrième de couverture qui dévoile les secrets du livre dans leur intégralité!

 

3--toiles.gif J'ai lu, 158 pages, 2011

 

Extraits

« Je ne dispose pas des adverbes qui me permettraient de nuancer mon refus, tous ces petits mots qui enrobent la langue et son comme des béquilles, qui colmatent ici, amortissent là. savoir parler une langue étrangère, c'est bien cela: être dans le confort de la demi-teinte, dans le doigté de la nuance. Et je suis loin d'être capable de parler, je m'en rends compte avec douleur chaque jour. »

 

« Je comprends instinctivement que les mensonges que je commets en allemand ne sont pas de véritables mensonges. Si je ne peux exprimer ce que j'ai fait réellement, j'exprime ce que je n'ai pas fait, mais aurais pu faire. L'écart n'est parfois pas si grand. »

 

Lu aussi par...

Antigone, Clara, Clarabel, Laure, Mango, Sylire...

 

pioché en bib

Par Theoma - Publié dans : En français
Ecrire un commentaire - Voir les 15 commentaires
Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 06:25

 

du-domaine-des-murmures.jpg

 

« Modulation splendide de la douleur, le chant recoud ce que le cri déchire. »

 

J'aurais voulu être emportée par cette histoire au puissant potentiel. Celle d'Escarmonde qui pour être une femme libre s'enferme dans une cellule sacrée avant de se couper l'oreille.

 

Oui, j'aurais voulu vibrer pour elle, pour toutes les femmes qui se ne possèdent pas le luxe de choisir. Je me suis ennuyée. Terriblement. J'ai eu le sentiment de lire un documentaire, certes bien construit, sur la vie de quelques femmes au Moyen-Age.

 

Un rendez-vous manqué. Tant pis. Je chéris le souvenir du Coeur cousu.

 

3--toiles-copie-1.gif Gallimard, 208 pages, 2011

 

Prix Goncourt des lycéens 2011

 

Extrait

« Car ce château n’est pas seulement de pierres blanches entassées sagement les unes sur les autres, ni même de mots écrits quelque part en un livre ou de feuilles volantes disséminées de-ci de-là comme graines, ce château n’est pas de paroles déclamées sur le théâtre par un artiste qui userait de sa belle voix posée et de son corps entier comme d’un instrument d’ivoire.

Non, ce lieu est tissé de murmures, de filets de voix entrelacées et si vieilles qu’il faut tendre l’oreille pour les percevoir. Des mots jamais inscrits, mais noués les uns aux autres et qui s’étirent en un chuintement doux. »

 

 


Par Theoma - Publié dans : En français
Ecrire un commentaire - Voir les 31 commentaires
Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 07:43

 

 

« - Quand tu seras...

Il regarda autour de lui avec un peu de gêne, conscient sans doute de sa naïveté, mais incapable de se dominer.

- Quand tu seras... tout ce que ta mère a dit.

Je l'observais attentivement. La boîte de rahat-lokoums était à peine entamée. Je devinais instinctivement que je n'y avais droit qu'en raison de l'avenir éblouissant que ma mère m'avait prédit.

- Je serai ambassadeur de France, dis-je, avec aplomb.

- Prends encore un rahat-lokoum, dit M. Piekielny, en poussant la boîte de mon côté.

Je me servis. Il toussa légèrement.

- Les mères sentent ces choses-là, dit-il. Peut-être même écriras-tu dans les journaux, ou des livres...

Il se pencha vers moi et me mit une main sur le genou. Il baissa la voix.

- Eh bien ! Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire...

Une flamme d'ambition insensée brilla soudain dans les yeux de la souris.

- Promets-moi de leur dire : au no 16 de la rue Grande-Poulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny...

Son regard était plongé dans le mien avec une muette supplication. Sa main était posée sur mon genou. Je mangeais mon rahat-lokoum, en le fixant gravement.


A la fin de la guerre, en Angleterre, où j'étais venu continuer la lutte quatre ans auparavant, Sa Majesté la Reine Elizabeth, mère de la souveraine actuelle, passait mon escadrille en revue sur le terrain de Hartford Bridge. J'étais figé au garde-à-vous avec mon équipage, à côté de mon avion. La reine s'arrêta devant moi et, avec ce bon sourire qui l'avait rendue si justement populaire, me demanda de quelle région de la France j'étaits originaire. Je répondis, avec tact « de Nice », afin de ne pas compliquer les choses pour Sa Gracieuse Majesté. Et puis... ce fut plus fort que moi. Je crus presque voir le petit homme s'agiter et gesticuler, frapper du pied et s'arracher les poils de sa barbiche, essayant de se rappeler à mon attention. Je tentai de me retenir, mais les mots montèrent tout seuls à mes lèvres et, décidé à réaliser le rêve fou d'une souris, j'annonçai à la reine, à haute et intelligible voix :

- Au no 16 de la rue Grande-Poulanka, à Wilno, habitait un certain M. Piekielny...

Sa Majesté inclina gracieusement la tête et continua la revue. Le commandant de l'escadrille « Lorraine », mon cher Henri de Rancourt, me jeta au passage un regard venimeux. Mais quoi : j'avais gagné mon rahat-lokoum.


Aujourd'hui, la gentille souris de Wilno a depuis longtemps terminé sa minuscule existence dans les fours crématoires des nazis, en compagnie de quelques autres millions de Juifs d'Europe.

Je continue cependant à m'acquitter scrupuleusement de ma promesse, au gré de mes rencontres avec les grands de ce monde. Des estrades de l'ONU à l'Ambassade de Londres, du Palais Fédéral de Berne à l'Élysée, devant Charles de Gaulle et Vinchinsky, devant les hauts dignitaires et les bâtisseurs pour mille ans, je n'ai jamais manqué de mentionner l'existence du petit homme et j'ai même eu la joie de pouvoir annoncer plus d'une fois, sur les vastes réseaux de la télévision américaine, devant des dizaine de millions de spectateurs, qu'au no 16 de la rue Grande-Poulanka, à Wilno, habitait un certain M. Piekielny, Dieu ait son âme.


Mais enfin, ce qui est fait est fait, et les os du petit homme transformés à la sortie du four en savon, ont depuis longtemps servi à satisfaire les besoins de propreté des nazis. »



 

la promesse de l'aube

 

Billet ici

Par Theoma - Publié dans : En français
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Mercredi 7 décembre 2011 3 07 /12 /Déc /2011 07:31

 

la-promesse-de-l-aube.gif

 

« Ce que je veux dire, c'est qu'elle avait des yeux où il faisait si bon vivre

que je n'ai jamais su où aller depuis. »

 

En lisant Romain Gary, une pensée me vient soudain : ah ! C'est donc cela écrire. La maîtrise narrative est parfaite. Parfois, la perfection bloque toute émotion. Rien ne transperce. On est loin de ce cas de figure avec La promesse de l'aube.

 

La promesse de l'aube. J'ancre le titre dans mon esprit. Tout est suggéré, rien n'est dit. Romain Gary expose à la lumière ses failles et met en scène une fresque romanesque de sa vie. Il assemble morceaux par morceaux. Des anecdotes puissantes aux leçons tirées des tragédies. Le tout est un patchwork immense et solaire. Une onde de choc.

 

L'humour est ravageur, la plume implacable. Déterminé, résolu mais aussi résigné, Romain Gary signe ici une référence sur l'écriture à la mère, à l'enfance. Un classique. Un grand livre.

 

4--toiles-copie-4.gif Gallimard, 489 pages, 2009

 

Sublime...

« Y aura jamais une autre femme pour t'aimer comme elle, dans la vie. C'était sûr. Mais je ne le savais pas. Ce fut seulement aux abords de la quarantaine que je commençais à comprendre. Il n'est pas bon d'être aimé si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l'amour maternel, la vie vous fait une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre coup et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous les côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la documentation. Partout où vous allez, vous portez en vous le poison de la comparaison et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu.

Je ne dis pas qu'il faille empêcher les mères d'aimer leurs petits. Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelqu'un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. »

 

« L'humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la suprématie de l'homme sur ce qui lui arrive.  »

 

« Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. »

 

Lu aussi par...

Zarline, A girl from earth, Alex, Maggie, Sylvie...

 

D'autres lectures sur la mère...

Le livre de ma mère – Albert Cohen

Rien ne s'oppose à la nuit – Delphine de Vigan

Grandir – Sophie Fontanel...

necrophile.jpg

Par Theoma - Publié dans : En français
Ecrire un commentaire - Voir les 20 commentaires
Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 07:17

 

rien-ne-s-oppose-a-la-nuit.jpg

 

«  Elle aurait préféré crever plutôt que nous demander quoi que ce soit, me suis-je dit, puis j'ai pensé que c'était exactement ce qu'elle avait fait, et j'ai beaucoup pleuré. »

 

Delphine de Vigan, comme tant d'auteurs avant elle, écrit sur sa mère. Les lecteurs sont divisés. Certains s'ennuient. D'autres en oublieraient presque de respirer. Je fais partie de la seconde catégorie.

 

L'exercice est exigeant ainsi que ravageur et l'auteure s'y est attelée avec une honnêteté et une sincérité transperçantes. Comprendre son histoire pour pouvoir casser les schémas familiaux qui se transmettent de génération en génération.

 

Écrire pour exorciser les non dits, la souffrance. Celle, opaque, qui recouvre tout. La tragédie menaçante, le spectre de la mort qui rôde. Tout le temps. Partout. Les cadavres les plus dangereux ne sont pas sous terre mais bel et bien dans le placard.

 

La pire violence est de ne pas sanctionner et de laisser place à l'indifférence. Et ce livre dans le livre. Cette position méta qui permet au lecteur de suivre le cheminement de l'auteur. Rien ne s'oppose à la nuit, titre sublime, merci Bashung, est entièrement légitime. Salutaire et d'une grande force. Il me hantera longtemps.

 

4--toiles-copie-3.gif JC Lattès, 440 pages, 2011

 

Prix Renaudot

 

Extrait

« ... avais-je besoin d'écrire ça ? Ce à quoi, sans hésitation, j'ai répondu que non. J'avais besoin d'écrire et ne pouvais rien écrire d'autre, rien d'autre que ça. La nuance était de taille ! »

 

« Je ne sais plus quand est venue l’idée d’écrire sur ma mère, autour d’elle, ou à partir d’elle, je sais combien j’ai refusé cette idée, je l’ai tenue à distance, le plus longtemps possible, dressant la liste des innombrables auteurs qui avaient écrit sur la leur, des plus anciens au plus récents, histoire de me prouver combien le terrain était miné et le sujet galvaudé, j’ai chassé les phrases qui me venaient au petit matin ou au détour d’un souvenir, autant de débuts de romans sous toutes les formes possibles dont je ne voulais pas entendre le premier mot, j’ai établi la liste des obstacles qui ne manqueraient pas de se présenter à moi et des risques non mesurables que j’encourais à entreprendre un tel chantier. »

 

Lu aussi par...

Clara, Alex, Emeraude, ...

pioché en bib

Par Theoma - Publié dans : En français
Ecrire un commentaire - Voir les 18 commentaires
Jeudi 3 novembre 2011 4 03 /11 /Nov /2011 06:03

 

les-souvenirs.jpg

 

« Elle vit soudain à quel point elle n'était plus une mère , mais un poids. Est-ce cela la ligne de démarcation de la véritable vieillesse ? Quand on devient un problème ? »

 

David Foenkinos possède l'art de poser les mots les plus littéraires sur les petits détails qui font l'existence. C'est doux. C'est beau.

 

Dans ce nouveau roman, l'auteur tente l'exploration de la matière du souvenir. La mémoire impalpable, celle qui oublie pour nous protéger, celle qui occulte pour mieux nous trahir.

 

Si j'ai apprécié les souvenir glanés et déposés tels de petits cailloux au fil des pages, je n'ai pas été emportée par l'histoire, pourtant sensible. Une jolie nostalgie mais, hélas, inaboutie.

 

Extraits...

« La plupart de ceux que j'ai croisés dans la maison de retraite voulaient mourir. Ils ne disaient pas mourir d'ailleurs, ils disent "partir". Et aussi "en finir", pour souligner davantage le calvaire. Car la vie ne finit parfois jamais, c'est le sentiment qu'ils ont. On parle souvent de la peur de la mort, et c'est étrange comme j'ai vu autre chose. Je n'ai vu que l'attente de la mort. J'ai vu la peur qu'elle ne vienne pas.  »

 

« Pourquoi la bêtise est-elle plus mémorable que la beauté ?  »

 

A préférer, à mon sens, du même auteur...

La delicatesse

Lennon

 

Les avis de...

Constance, Emeraude, Hélène, Calypso, Miss Alfie, Sandrine...

 

Par Theoma - Publié dans : En français
Ecrire un commentaire - Voir les 20 commentaires
Jeudi 27 octobre 2011 4 27 /10 /Oct /2011 06:14

 

olivier.jpg

 

 

« Pour moi les absents ont toujours raison. »

 

« Il aura fallu que j'écrive pour, enfin, me retourner sur moi-même et reprendre la conversation interrompue avec ceux que je portais en moi, et qui étaient morts. Car tu n'as jamais été plus vivant qu'au bout de ma plume. »

 

« Depuis combien de temps, Olivier, ne suis-je pas allé fleurir ta tombe ? [...] Mais je ne sais pas m'adresser aux sépultures. J'ai perdu le langage qu'on apprend au catéchisme et qu'on pratique dans les églises. Je suis discourtois avec le Ciel, maladroit avec ses intercesseurs. Rien de ce qui est trop élevé ne m'attire - j'aime le monde à hauteur d'homme et que le sacré s'accomplisse sur la terre, dans un geste simple, une offrande discrète, la beauté d'une lumière de velours adoucissant la pierre. Je préfère les lieux de mémoire aux lieux de culte, où l'on professe : "ce que vous faites au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le faites." Mes morts vivent en moi. Ils me tiennent compagnie. Ils voyagent et respirent à mon rythme. »

 

« Si tu vivais encore, Olivier, peut-être me gronderais-tu, me malmènerais-tu, me forcerais-tu à sortir de mon cocon, me reprocherais-tu cette émotion excessive qui me saisit lorsque j'ouvre un vieil album de photos, mon goût grammatical pour l'imparfait, les passés simple et composé. Tu raillerais ma sensiblerie, je me moquerais de ton amnésie. »

 

« Que l'on ne s'étonne pas de trouver quelques taches sur ce document. Écrire son testament n'est pas une œuvre de joie,ce sont des larmes que j'ai versées sur ma future mort. »


 

 

4--toiles-copie-2.gif Gallimard, 2011, 156 pages d'amour, de mort, de culpabilité d'être, de nostalgie et de tout ce qu'il n'adviendra jamais.

 

Et tous les dimanches, le podcast incontournable... Le masque et la plume.

Par Theoma - Publié dans : En français
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Mercredi 26 octobre 2011 3 26 /10 /Oct /2011 05:52

des-vies-d-oiseaux.jpg

 

 

Il suffit de poster un commentaire...

 

Délai de participation : 5 novembre minuit.

Tirage au sort : logiciel Mr Hat.

Résultat : le 7 novembre.

 

Bonne chance !

Par Theoma - Publié dans : En français
Ecrire un commentaire - Voir les 45 commentaires
Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 00:08

 

des-vies-d-oiseaux.jpg

 

 

« La douceur de cet homme était si miraculeuse, chacun de ses gestes, chacune de ses paroles touchaient un endroit en elle qui était resté en friche, un endroit qu’elle s’étonnait et s’enivrait de ne pas retrouver totalement desséché. »

 

J'ai fermé les yeux. Je me trouvais en Amérique du Sud, sur une véranda ensoleillée en train de boire un thé glacé. Véronique Ovaldé me contait une histoire. Celle d'une femme à la recherche de sa fille et, par conséquent, d'elle-même.

 

Le parfum des fleurs me parvenait avec force. J'étais aspirée par la vue plongeante et éblouie par les rayons puissants du soleil. Je l'avoue, je n'écoutais que d'une oreille. Ce que je sais de Vera Candida venait trop souvent me distraire. Je désirais, telle une nostalgique obsédée, goûter à nouveau à son intensité.

 

L'histoire de Vida, Taïbo, Paloma et Alfredo n'a pas réussi à chasser mes idées parasites. J'ai pourtant été sensible au charme de l'écriture. Même si la lecture a glissé sur moi comme de l'eau, j'ai bien aimé être rafraîchie lors de cette journée au goût d'été.

 

3--toiles-copie-2.gif Editions de l'Olivier, 235 pages, 2011

 

Extrait

« Alors Paloma a dû ressentir au cœur ce pincement spécial que ressentent tous les enfants quand ils se rendent compte que leurs parents leur étaient inconnus, qu'ils avaient une vie sexuelle, des désirs, des secrets ou des envies de mort volontaire, c'est un pincement spécial qui les accuse d'avoir été inattentifs et égocentrés, c'est un pincement jaloux et consterné. »

 

Les avis de...

Amanda, Brize, Clara, Constance93, Sentinelle...

 

Merci à Priceminster pour l'envoi !

Par Theoma - Publié dans : En français
Ecrire un commentaire - Voir les 21 commentaires
Mardi 27 septembre 2011 2 27 /09 /Sep /2011 06:03

 

lennon.jpg

 

« Toute ma vie, j'ai d'abord raté les choses avant de les réussir. »

 

L'écriture de David Foenkinos m'avait charmée dans La délicatesse, la manière dont il aborde ici une figure mythique me va droit aux tripes, au cœur.

 

L'auteur a eu l'audace de prendre la plume de Lennon en personne afin de narrer, avec beaucoup de simplicité, d'humilité et de justesse la grande et triste histoire du Beatle.

 

Chaque chapitre représente une séance chez le psychanalyste. Lennon retrace son parcours. Le mythe se retire de son piédestal pour devenir homme. Et c'est justement ce chemin de commun des mortels qui est intéressant pour le lecteur.

 

La mort, le chiffre 9, la violence, le génie, la bipolarité d'un artiste jamais satisfait, le fourvoiement déguisé en concessions, les limites sans cesse repoussées pour se trouver. Une vie complexe et l'infinie tristesse devant tout ce qu'il n'adviendra jamais.

 

Une biographie originale, jamais académique et ennuyeuse. Un hommage qui palpite d'émotion. Un auteur qui possède l'art et le sens de la formule. La force et la fragilité d'un homme ainsi que sa relation à l'existence. Prenant et sans aucune longueur !

 

4--toiles-copie-1.gif Plon, 236 pages, 2010

 

Pour lire les premières pages, c'est ici

 

Extrait de la postface

« Si j'ai cherché à être au plus proche de ce qu'il pouvait penser, il va de soi que cela demeure une interprétation absolument libre. Interprétation toujours en mouvement. Il m'arrive de ne pas savoir ce que je pense de John Lennon. Je sais simplement qu'il me touche, sa musique m'accompagne tout le temps, et que je l'admire d'une manière infinie. Je sais qu'il est dans ma vie. »

 

Extraits

« Est-ce que tous les enfants sont comme ça ? Est-ce que tous les enfants délaissés sont ainsi torturés ? Je pense maintenant que l'amour éprouvé est proportionnel à celui qu'on ne reçoit pas. Moins ma mère était là, plus je l'aimais d'un amour déréalisé. »

 

« C'était son côté artiste : la sincérité de la seconde. Cette seconde qui n'existe plus, déjà, qui est morte après avoir été vraie le temps de sa petite éternité. »

 

« J'aurais été capable de me mentir, car on se ment toujours quand on veut coûte que coûte l'amour d'un parent. »

 

« Je ne peux pas dire qu'on a reconstruit un lien mais on marche sur nos cendres sans nous brûler, et c'est déjà beaucoup. »

 

« On a été de beaux salauds avec lui aussi. Enfin bon, c'est pareil dans tous les groupes de rock. Il y a des cadavres entre les mélodies. »

 

Lu aussi par...

Catherine, Emeraude, Herisson, Marie-Claire, Stef...

pioché en bib

 

Par Theoma - Publié dans : En français
Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires
Dimanche 25 septembre 2011 7 25 /09 /Sep /2011 00:03

 

Les-femmes-du-braconnier-Claude-Pujade-Renaud.jpg

 

« Mourir

Est un art, comme tout le reste.

Je m'y révèle exceptionnellement douée. »

 

Il fallait oser... Écrire sur la trop courte mais néanmoins foisonnante vie de Sylvia Plath. Une biographie aurait été bien trop académique. Un roman risquait le mensonge. Claude Pujade-Renaud a réussi, avec force et élégance, la nuance.

 

Une écriture dans l'écriture qui oppose création et destruction et qui évite l'écueil du manichéisme en donnant voix à chacun des protagonistes. Les pages sont denses, profondes, d'une grande exigence. La tragédie y est asphyxiante et glaçante. Bien trop pour nous sembler vraie !

 

Le spectre de la mort rode. Seul Ted Hughes semble être atteint d'une fureur de vivre animale. Claude Pujade-Renaud n'incrimine pas, elle ne cherche pas à nommer des coupables, s'il y en a.

 

Touchée au plus profond par l'histoire de Sylvia Plath, d'Assia Wevill et de leurs enfants, j'ai terminé ce livre en larmes, dévastée par la réalité morbide de l'existence. Ce mal être profond qui supprime tout choix à son hôte.

 

Ce duo de femmes ennemies qui s'aspire l'une l'autre. Sylvia qui laisse l'éducation de ses enfants à une femme qu'elle déteste. Assia qui se donne corps et âme en nourrissant le fantôme d'une femme dont le génie la fascine.

 

Ted, mystérieux prédateur, chassé avec trop de hargne. Survivant qui oppose la monogamie à la création. Frieda Hughes, debout malgré tout, continue cet hymne à la création. Peintre, illustratrice et auteure, elle multiplie les talents et veille fermement sur son héritage.

 

Une lecture, une histoire qui me hantera longtemps. Un coup de cœur foudroyant.

 

5--toiles.gif Actes Sud, 349 pages, 2010

 

A lire...

Carnets intimes de Sylvia Plath

Tout au bord, son dernier poème

 

Une lecture commune avec Aifelle mais aussi Aymeline, Hélène, L'or des chambres, Orchidée et Val.

 

Découvert grâce à Cathulu, merci !

 

Extraits...

« Les poèmes sont des animaux qu'il faut traquer et capturer. »

 

« Toutes les blondeurs du monde n'effaceraient pas la noirceur d'une descente aux enfers. »

 

« Lorsque tu écris, ne te laisse pas emprisonner par un souci formel, lâche-toi, laisse tes animaux secrets bondir hors de toi, hors de la page, et même hors de la pièce où tu travailles... »

 

« Les règles, cette signature de la mort ».

 

« Parfois, on a tellement peur de l'effondrement que l'on s'y précipite. Elle n'a laissé aucune lettre d'adieu, précise Aurelia Plath. Ni pour son mari ni pour sa mère. Ni pour moi. Nous voici face à ce vide qu'elle a affronté seule. »

 

« Je songe à cette cantate à trois voix écrite par Sylvia : une femme dit de son nouveau-né qu'elle ne le veut surtout pas exceptionnel car le génie engendre le pire, et la souffrance des mères. »

 

« (...) écrire est moins pleurer l'autre que pleurer sur soi »

 

 

 

pioché en bib

 

Par Theoma - Publié dans : En français
Ecrire un commentaire - Voir les 23 commentaires
Jeudi 4 août 2011 4 04 /08 /Août /2011 07:18

 

jeudi-citation.gif

 

 

 

"Même en lambeaux, la vie repart."



 

fragments-de-bleu.jpg

 

 

 

 

  4--toiles-copie-1.gif Oslo, 142 pages précieuses sur le temps qui passe, 2008

Par Theoma - Publié dans : En français
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Vendredi 10 juin 2011 5 10 /06 /Juin /2011 06:52

 

les-insurrections-singulieres.jpg

 

« A l'usine, l'idée de travailler moins, c'est le malheur, la peur de la misère. C'est ancré profond. Finir par tout accepter pour juste pouvoir travailler. C'est ça que je trouve fou. Travailler. Dans n'importe quelles conditions. Elle est là la misère. Pas dans le portefeuille à plat à la moitié du mois seulement.  »

 

La plume de Jeanne Benameur est d'une sensibilité et d'une pudeur rare. De cette auteure, ne passez pas à côté de Les demeurées, qui me hante encore, et du formidable Le ramadan de la parole.

 

Dans ce nouveau roman, l'écrivaine aborde la difficulté d'être. Dans cette société de performances où il est exigé de faire de sa vie des étincelles, que faire de la banalité ? Cette dernière n'est-elle pas trop souvent rapidement étiquetée ? Existe-t-il une confusion entre banalité et simplicité ? Après tout, rester humble est un art nécessaire d'être cultivé.

 

Les insurrections singulières met en avant un beau personnage d'homme qui, justement, tente de vivre en accord avec lui-même. Un homme aussi, ça n'aspire qu'à être aimé. Un roman porteur d'une jolie douceur et de questions ancrées dans son époque.

 

4--toiles-copie-1.gif Actes Sud, 197 pages, 2011

 

L'avis de Chiffonnette qui en propose d'autres.

pioché en bib


 

Par Theoma - Publié dans : En français
Ecrire un commentaire - Voir les 14 commentaires
Mercredi 1 juin 2011 3 01 /06 /Juin /2011 06:33

 

au-coeur-du-coeur.jpg

 

« Je dis aime

J'ai les méninges nomades

J'ai le miroir maussade

Tantôt mobile

Tantôt tranquille

Je moissonne sans bousculade

 

Je dis Aime

Et je le sème

Sur ma planète

Je dis M

Comme un emblème

La haine je la jette

Je dis AIME, AIME, AIME

 

Du Sphinx dans mon rimeur

Paris au fil du cœur

Du Nil dans mes veines

Dans mes artères coule la Seine

 

Je dis Aime

Et je le sème

Sur ma planète

Comme un emblème

La haine je la jette

 

Je dis AIME, AIME, AIME »

 

Ces mots, résolument modernes, s'ils sont magnifiquement mis en musique par Matthieu Chedid ne sont pas du chanteur mais bien ceux de sa grand-mère, la poétesse Andrée Chedid.

 

L'artiste nous invite à la découverte en signant une belle préface en hommage à la poésie de son aïeule. Puis, nous voilà happés dans un tourbillon de mots formant des sens et contresens délicieux.

 

Andrée Chedid propose des petites philosophies de l'existence aussi sages que délicates. Ne vous y trompez pas ! La musicalité et les images l'emportent sur le cérébral. Le charme opère et l'espoir n'est jamais loin.

 

« La fleur d'orage

Mes amis, la peine est de ce monde ;

La peine est de ce monde, je le sais bien.

Comment deviner, sur la fragile branche,

Le nom des saisons à venir ?

 

La peine est de ce monde, ô mes amis que j'aime,

Mais chaque fleur d'orage porte la graine de demain ».

 

Et puis... partir la tête haute...

 

« Creuser

Creuser la boue

Cueillir l'étincelle

 

Creuser l'âge

Recueillir l'instant

 

Creuser la vie

Accueillir sa fin. »

 

 

4--toiles-copie-4.gif J'ai lu, 94 pages offertes avec grâce, 2010 

Le bel avis de Pascale 

Lu dans le cadre du...

blogoclub.jpg

 

  N'hésitez pas à aller voir les avis des autres lectrices et lecteurs !

 

 

Par Theoma - Publié dans : En français
Ecrire un commentaire - Voir les 11 commentaires

 

 

 



 

 

 

2011INDEX.jpg

 

 

index-2010INDEX-copie-2.jpg


 Pour me contacter

2011-2INDEX.jpg

incont 2010INDEX-copie-1

incont-2009INDEX.jpg
 
 

 

Contenu protégé

copyright2.gif
C'est bien vrai !

popeye-livre.jpg

Recherche

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés