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Samedi 13 avril 2013 6 13 /04 /Avr /2013 14:12

 

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« (..) il serait souhaitable que les hommes d'État apprennent un peu d'histoire afin de comprendre qu'aucun système impliquant le contrôle de la société par des hommes avides de privilèges ne s'est jamais terminé autrement que par la chute. »

 

L'histoire de William E. Dodd et de sa famille, premier ambassadeur américain en Allemagne nazie.

 

Une lecture fascinante s'appuyant sur un remarquable travail documentaire. Erik Larson a effectué une recherche rigoureuse, minutieuse, épatante. Il nous livre un documentaire riche et passionnant sur cette Allemagne d'avant-guerre méconnue du grand public.

 

L'auteur démontre à quel point la persécution des juifs était déjà vive et ancrée en 1933. Les camps de concentration se sont ouverts cette année-là. Des femmes allemandes étaient tondues par la foule en liesse pour être fiancées à des juifs. Le peuple vivait dans un climat de dénonciation constant. Les juifs n'avaient pas le droit d'exercer des métiers de fonctionnaires (avocats, médecins y compris). Sans oublier la fameuse « Nuit des longs couteaux », purge aléatoire dont le nombre de victimes reste inconnu à ce jour.

 

Les pages se tournent avec curiosité, l'Histoire se confond avec le polar, il faut parfois se rappeler que la lecture transmet des faits réels. Le mécanisme du régime de la terreur y est très bien décrit. On s'interroge devant la passivité du monde, est-ce qu'aujourd'hui de tels actes seraient admissibles ? Certainement pas de la part d'une grande puissance comme l'Allemagne mais l'Histoire nous démontre quotidiennement qu'elle se répète dans des nations où les libertés sont remises en cause ou pire, ne sont toujours pas acquises.

 

Mon seul regret : la difficulté de l'auteur à choisir et trier les informations données à ses lecteurs. Je me suis trop souvent sentie écrasée par le nombre de détails. Peu m'importe, par exemple, de savoir que William E. Dodd conservait son café dans une boîte en fer. Si la lecture est laborieuse, je ne la regrette pas. J'ai fait de nombreux parallèles avec notre société actuelle et suis reconnaissante à Erik Larson de m'avoir fait découvrir un autre pan le l'Histoire de l'Allemagne et du monde.

 

3.5 étoiles Le Cherche Midi, 656 pages, 2012, traduit de l'anglais par Édith Ochs

 

Extrait

« L'indicateur le plus visible de la mise au pas fut l'apparition brutale du salut hitlérien, ou "Hitlergruss". Il était suffisamment inédit aux yeux du monde extérieur pour que le consul général lui consacre une dépêche entière en date du 8 août 1933. Le salut, écrit-il, n'avait aucun antécédent moderne, à l'exception du salut des soldats en présence d'un officier supérieur, plus conventionnel. Ce qui distinguait particulièrement cette pratique, c'était que tout le monde était censé saluer, même dans les rencontres les plus banales. Les boutiquiers saluaient leurs clients. Il était exigé des enfants qu'ils saluent leurs maîtres plusieurs fois par jour. A la fin des représentations théâtrales, un rituel récent exigeait du public qu'il se lève et salue en chantant d'abord l'hymne national, puis l'hymne des SA (...). Le public allemand pratiquait le salut avec tant d'empressement que sa répétition incessante le rendait presque comique, surtout dans les couloirs des bâtiments publics où tout le monde, du plus humble messager au plus haut fonctionnaire, se saluait en criant "Heil Hitler", transformant la moindre escapade aux toilettes en une expédition épuisante. »

 

D'autres avis chez...Clara, Folfaerie, Miss Alfie...

 

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PRIX ELLE

 

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Vendredi 8 mars 2013 5 08 /03 /Mars /2013 07:04

 

En l'honneur de la journée de la femme, trois ouvrages sélectionnés pour que les filles sages aillent au ciel et les autres où elles veulent.

 

40-ans-de-slogans-feministes.gif

 

243 pages d'archives historiques. Photos de femmes engagées à qui nous devons tant, slogans drôles et percutants. Un lecture qui active la mémoire et qui donne envie de retrousser ses manches. Petit florilège...

 

Un homme sur deux est une femme

Il y a plus inconnu que le soldat inconnu - sa femme -

Nos bodies are perfect

Double travail demi-salaire

La femme est au-dessus du niveau de la mère

Grrr... Rêve des femmes

Le corps des femmes est la première terre colonisée

Non à l'assemblée natio mâle !

Qui dort gouine

8 mars : marre d'être belles, on est rebelles

La loi Veil on y veille !

Résister est un verbe qui se conjugue au présent

 


 

40 ans de slogans féministes

Corinne App, Anne-Marie Faure-Fraisse, Béatrice Fraenkel, Lydie Rauzier

Ixe, 243 pages, 2011

 

 

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Ciblée pour les jeunes filles (dès 12 ans), une lecture passionnante qui raconte, avec justesse et entrain, l'Histoire des femmes avec un H majuscule. Une réussite !

 

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En avant les filles ! : Débats et portraits

Sandrine Mirza, Isabelle Maroger

Nathan, 93 pages, 2012

 

 

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Pour tous les professionnels (enseignants, bibliothécaires, éducateurs, libraires, etc.) mais aussi pour tous les parents conscients de l'impact des modèles (ou l'absence de...) sur la jeunesse, un ouvrage rigoureux et fascinant sur la représentation des filles dans les albums jeunesse. Pour en savoir plus, une excellente interview chez Ricochet.

 

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Filles d'album : Les représentations du féminin dans l'album

Nelly Chabrol Gagne

L'Atelier du Poisson Soluble, 240 pages, 2011

http://lebibliblog.files.wordpress.com/2013/03/intro-copie.jpg

Plus d'infos : jeux et exposition ici. 

 


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Dimanche 3 mars 2013 7 03 /03 /Mars /2013 10:50

 

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Une autobiographie.

 

« Son plus gros problème, pensait-il dans les moments d'amertume profonde, était de ne pas être mort. »

 

En revenant sur son parcours et particulièrement sur ses dix années de « détention », l'auteur des Versets sataniques nous offre une profonde et brillante réflexion sur ce qui définit notre société. Une ode à la liberté d'expression et un plaidoyer contre sa régression actuelle.

 

Si l'affaire a été très médiatisée, entrer dans l'intime permet au lecteur de prendre conscience d'une réalité inconnue. Tout d'abord, se loger. La vie n'est pas comme la fiction. Aucun abri fourni et payé par l'état. Salman Rushdie doit lui-même trouver des endroits sûrs qui seront agréés par son équipe de sécurité.

 

L'impact de la fatwa non seulement sur l'écrivain mais sur son fils, sa famille, ses proches et le domaine de l'édition. Le monde divisé en deux parties ; l'avant et l'après fatwa. Ceux qui brûlent des livres, ceux qui refusent de les vendre, ceux qui renoncent à les éditer, à les traduire, et ceux qui ont le courage de défendre cette liberté.

 

Le temps, très court, où les versets sataniques n'était qu'un roman et était jugé en tant que tel, les éditeurs étrangers frileux à publier le texte, l'aventure de la version poche, l'assassinat de deux traducteurs, la kabale de l'opinion publique qui se demande si l'auteur mérite les frais engagés par le contribuable pour le défendre, la difficulté d'entretenir une relation amoureuse dans une vie de musellement... L'extrême isolement d'un homme seul contre tous.
A girl carries a placard vowing to kill Rushdie during a pro-Iranian demonstration in Beirut in 1989. Behind is a poster of Ayatollah Khomeini, who ordered the fatwa

 

Un livre fouillé, détaillé, foisonnant, parfois trop. Comment lui reprocher cette nécessité urgente de tout dire, de tout expliquer ? Le monde a parlé a la place de l'auteur durant tellement d'années. Je salue son courage de publier un livre qui risque de raviver la haine que de nombreux extrémistes lui portent (la prime pour la tête de Salman Rushdie lancée en 1989 s'élèvent aujourd'hui à 3,3 millions de dollars).

 

En tournant les pages, j'ai été frappée par le manque de réaction de l'Occident et je me suis souvent interrogée. Suite aux attentats du 11 septembre, l'islamisme est connu du plus grand nombre. Salman Rushdie aurait-il été condamné à mort aussi longtemps sans qu'aucun gouvernement ne s'y oppose officiellement si la fatwa avait été prononcée après 2001 ?

 

Quoi qu'il en soit, Joseph Anton n'est plus. Heureusement pour lui et pour nous.

 

« Quant à la bataille des Versets sataniques, il était encore difficile de dire si elle s'achevait sur une victoire ou sur une défaite. Le livre n'avait pas disparu, son auteur non plus, mais il y avait eu des morts, et un climat de peur s'était installé qui rendait plus difficile de publier des livres comme le sien et peut-être même d'en écrire. »

 

4--toiles-copie-3.gif Plon, 728 pages, 2012, traduit de l'anglais par Gérard Meudal

 

Extraits

« Il pensa aux écrivains qu'il aimait et tenta de combiner leurs noms. Vladimir Joyce, Marcel Beckett, Franz Sterne. Il dressa des listes de toutes sortes de combinaisons et toutes lui parurent ridicules. Puis il en trouva une qui ne l'était pas. Il écrivit côte à côte les prénoms de Conrad et de Tchekhov, et il l'avait, son nom pour les onze années à venir.

Joseph Anton. »

 

« Tandis que sa nouvelle vie en arrivait à sa quatrième année, il se sentait très souvent semblable au voyageur imaginaire de borges, isolé dans l'espace et le temps. Le film Un jour sans fin n'était pas encore sorti mais quand il le vit il s'identifia très fortement au personnage principal, Bill Murray. Dans sa vie à lui aussi, chaque pas en avant était effacé par un pas en arrière. L'illusion du changement était annulée par la découverte que rien n'avait changé. L'espoir était gommé par la déception, les bonnes nouvelles par les mauvaises. Les cycles de sa vie ne cessaient de se répéter. S'il avait su qu'il avait encore six autres années de séquestration devant lui, s'étendant bien loin au-delà de l'horizon, il aurait vraiment été saisi de démence. »

 

« C'était l'islam qui avait changé et non pas des gens comme lui, c'était l'islam qui était devenu allergique à toute une large série d'idées, de comportements et d'objets. Au cours de ces années et des années suivantes, des voix islamiques dans plusieurs parties du monde, Algérie, Pakistan, Afghanistan, s'élevèrent pour lancer l'anathème contre des pièces de théâtre, des films, de la musique, certains musiciens ou interprètes furent blessés ou tués. L'art de la représentation c'était le mal, c'est pourquoi les anciennes statues des Bouddhas de Bamiyan furent détruites par les Talibans. Il y eut des attaques d'islamistes contre des socialistes, des syndicalistes, des caricaturistes, des journalistes, des prostituées et des homosexuels, des femmes en jupe et des hommes sans barbe, et même, de façon surréaliste, contre des démons épouvantables : les poulets congelés ou les samosas ».

 

« Ce que l'on apprend à l'école n'est pas toujours ce que l'école croit vous enseigner. »

 

« C'était étrange que quelqu'un d'aussi ouvertement athée ne cesse de s'ingénier à écrire sur la foi. »

 

L'avis mitigé de Jostein

 

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PRIX ELLE



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Mercredi 20 février 2013 3 20 /02 /Fév /2013 06:47

 

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Bill Clegg semble incarner la réussite. Jeune agent littéraire talentueux, en couple depuis huit ans, un bel appartement dans un quartier envié de New-York. La dépendance ne transparaît pas dans les apparences. Bill Clegg est accro au crack depuis des années. Il revient sur un épisode particulièrement ravageur, ce que l'on appelle justement, la descente aux enfers.

 

Récit d'une dévastation, triste et courageux, Portrait d'un fumeur de crack en jeune homme se démarque par son honnêteté d'une grande exigence. J'ai été tellement touchée. Une lecture obsédante, cruelle, et solaire. Impossible à lâcher.

 

Pour Bill Clegg, le salut n'est que dans la vérité. L'auto-analyse est d'une grande force. L'auteur refuse toute concession. Il écrit les faits avec une simplicité désarmante. Il en faut du courage pour se dépeindre avec une telle justesse. S'absoudre par l'écriture.

 

Les balbutiements de son homosexualité, la recherche de soi, la relation à l'existence, aux autres, la détestation de soi, le basculement dans la perte, de soi-même, de sa dignité. Le dénuement, l'apprivoisement de la vie et cette question, lancinante, jusqu'où peut-on aller par amour ?

 

Lyrique, granitique, crépusculaire, remuant, ténébreux, insolent, intense, glaçant, électrisant, terriblement bien écrit et sans voyeurisme, une révélation.

 

5--toiles.gif Jacqueline Chambon, 192 pages, 2011, traduit de l'anglais par Laure Manceau

 

 

 

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Jeudi 14 février 2013 4 14 /02 /Fév /2013 06:53

 

Notre-force-est-infinie.jpg

 

« Est-ce que tu as été violée ? m'ont-elles demandé tout de go.

Quand j'ai répondu non, elles ont hoché la tête.

Alors pourquoi es-tu si en colère ? »

 

Le parcours de Leymah Gbowee, prix Nobel de la paix en 2011.

 

J'aurais voulu aimer ce livre. J'aurais désiré ne plus le lâcher, corner de nombreuses pages, relever certains passages pour mieux y revenir plus tard. J'aurais souhaité crier : lisez-le ! Découvrez cette femme hors du commun !

 

Leymah Gbowee a beaucoup à apprendre aux femmes du monde entier. Quel dommage qu'elle ait été aussi mal dirigée. Notre force est infinie – quel beau titre – est une lecture scolaire qui manque de souffle. J'ai eu le sentiment de lire des entretiens retranscrits, faiblement retravaillés par Carol Mithers.

 

J'aurais nettement préféré un dialogue portant sur plusieurs thématiques entre ces deux femmes plutôt que cette suite d'évènements responsables d'une lecture sans relief et bien trop factuelle. Le lecteur passe à côté de sujets passionnants et rarement évoqués par une femme africaine. J'aurais été intéressée par une analyse plus poussée et le développement des ateliers de femmes. Ces femmes qui n'ont jamais la parole et qui, même entre elles, n'évoquent que très peu leurs conditions de vie.

 

Leymah Gbowee méritait mieux.

 

2--toiles.gif Belfond, 343 pages, 2012, traduit de l'anglais par Dominique Letellier

 

Extrait

« Dans le récit traditionnel des histoires de guerre, les femmes sont toujours à l'arrière-plan. Nos souffrances ne sont qu'un à-côté du récit principal. Quand on nous montre c'est par « intérêt humanitaire ». Nous autres, Africaines, sommes le plus souvent marginalisées et dépeintes comme des victimes pathétiques à l'expression hagarde, aux vêtements déchirés, aux seins tombants. Telle est l'image à laquelle le monde est habitué, l'image qui se vend. (…) nos histoires sont rarement contées. Je veux que vous entendiez la mienne. »

 

Des avis très positifs chez : Aproposdelivres, Nadael...

 

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Vendredi 18 janvier 2013 5 18 /01 /Jan /2013 15:10

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100 ans de publicités sexistes, racistes, ou tout simplement stupides...

 

160 pages affligeantes, instructives et essentielles découpées par thématiques. Sélection :


La famille modèle

 

« Plus une femme travaille dur, plus elle semble mignonne. »


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Je sers mon mari et mon fils. Et moi, mon frère.

 

 

 

Les enfants

 

« Parce que l'innocence est plus sexy que l'on pourrait le croire ».


 

 

 

Les armes

 

Un Noël inoubliable...

 

 

Les cigarettes

 

 

 

 

 

« Protège contre les irritations de la gorge. »

 

 

 

 

L'alcool

 

« Ne t'inquiète pas chérie, au moins tu n'as pas brûlé la bière. »


 

 

 

La femme

 

« Les femmes ne quittent pas la cuisine ! »

 

 

 

 

Un chapitre sur... le machisme

(ah bon ? Jusqu'à présent les pubs ne l'étaient pas ??)

 

« C'est chouette d'avoir une fille à la maison. »

 

 

 

 

« Vous voulez-dire qu'une femme peut l'ouvrir ? »

 

 

 

Hallucinant.


 

 

 

« Si votre mari découvre que vous n'avez pas testé le café avant de l'acheter... »

 

 

 

 

« Encerclez Rosie. Ou Carole. Ou Eléanore, etc. Amusant ! Mais vous ne pouvez le faire qu'avec les pantalons Broomsticks. »

 

 

« Le Chef fait tout sauf cuisiner - c'est à ça que servent les femmes ! »

 

 

 

 

« Le bijou le plus brillant peut être vos lèvres »

 

 

Le racisme

 

« 4 hommes sur 5 veulent une chemise Van Heusen »


 

 

 

« Nous allons utiliser "Chlorinol" et nous serons comme le nègre blanc. »


 

 

Sur la forme, tout à chacun peut constater l'évolution de la publicité. Et sur le fond ?

La suite, prochainement.

 

 

3--toiles.gif Les pubs que vous ne verrez plus jamais, Annie Pastor, Hugo, 160 pages, 2012


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Samedi 12 janvier 2013 6 12 /01 /Jan /2013 00:08

 

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« Alors j'ai arrêté de demander pardon. Maintenant j'attends des excuses. » 

 

Son fils, sa bataille.

 

Ce n'est pas le handicap qui définit Noé même si celui-ci fait partie intégrante de sa personnalité. Voilà ce qui m'a le plus touché dans cette lecture.

 

L'auteure aborde des sujets vastes dans ce texte court, qui semble avoir été écrit d'un seul souffle. L'amour inconditionnel, celui que l'on sent au fond de ses tripes, qui grandit, qui nourrit, qui inspire et donne des ailes. Les barrières, les écueils, les ennemis naturels ou conditionnés par une société du lisse qui refuse les aspérités. Un monde qui pousse à la perfection, au toujours mieux, à l'encore plus.

 

La force Sandra Kollender semble immense. Pourtant, l'auteure ose montrer les fissures, la colère, le dénuement. Le ton est pudique, acidulé, tendre, insolent. Alors oui, le texte aurait gagné en puissance avec un peu moins d'auto-dérision. L'humour peut aussi être une façade, une protection.

 

Qu'importe ! Les mots sont sortis, dans l'urgence. La tête à Toto est un texte incisif, percutant, légitime. Il résonnera auprès de nombreux parents d'enfants dits différents. Un chant d'amour tout simplement.

 

3--toiles-copie-1.gif Steinkis, 155 pages, 2012

 

Extrait

« Et puis, un jour, bizarrement, on a eu du bol. C'était sûrement le bol de quelqu'un d'autre, mais je m'en fichais éperdument. Si ça peut faire avancer Noé je veux bien retirer le pain de la bouche d'un Somalien. »

 

Découvrir un autre extrait ici

 

Elles ont aimé... Aproposdelivres, Canel, Jostein, Constance, Mimi,...

Avis mitigés pour...Clara, Hélène, Nadael,...

 

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PRIX ELLE

 

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Lundi 7 janvier 2013 1 07 /01 /Jan /2013 06:50

 

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« Qu'est-ce qu'il y a de juif en moi ? »

 

Colombe Schneck écrit sa famille, la guerre, les déportations, les secrets et la mémoire.

 

Je suis embarrassée de le dire. Colombe Schneck est passée à côté de son sujet. Ma gêne est liée à la sienne, elle qui se demande au début si elle est en droit d'écrire sur la Shoah. Et moi, qui suis-je pour émettre un avis de lecture sur ce livre qui parle de la Shoah ?

 

Est-ce ce malaise autour de la justification qui a empêché l'éditeur d'exiger de gratter, d'approfondir, là où ça fait mal ? Car La réparation est un livre inabouti. Pourtant, le sujet est d'une grande force et les questions essentielles. Ce que signifie être juive aujourd'hui, le choix d'une mère qui privilégie sa vie plutôt que celle de son enfant, autant de thèmes tabous et justes dont on est en droit d'en attendre davantage.

 

J'ai été touchée par l'histoire de Salomé et de sa famille. L'auteure aurait pu nous emmener dans un roman inspiré et inspirant plutôt que de nous laisser à quai avec un documentaire fragile et bien trop factuel.

 

2--toiles.gif Grasset, 224 pages, 2012

 

Extrait

« Je me suis d'abord trompée. Je me disais c'est trop facile, tu portes des sandales dorées, tu te complais dans des histoires d'amour impossible, tu aimes les bains dans la Méditerranée et tu crois qu'une fille comme toi peut écrire sur la Shoah ? Car c'est bien de cela qu'il s'agit. La petite Salomé, dont ma fille a hérité du beau prénom, mon arrière grand-mère, mes oncles et tantes, mes cousins, vivaient en Lituanie avant la guerre. Ils appartenaient à une communauté dont il ne reste rien. »

 

Avis mitigés également pour Nadael, Clara...

 

Sélectionné dans la catérogie "Roman" et non "Documentaire", pourquoi ?

PRIX ELLE  

 

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Mardi 4 décembre 2012 2 04 /12 /Déc /2012 20:10

 

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Revendiquer la reconnaissance des homosexuels en tant que victimes du nazisme a longtemps été mal accueilli, tant par les autorités nationales que par certains anciens déportés. Les homosexuels entraient en concurrence avec d'autres groupes de victimes tels que les juifs ou les politiques... Mais l'émergence de la voix des Tsiganes et les témoignages de rescapés homosexuels ont modifié les choses... Il fallait le travail des historiens et la distance de deux générations pour analyser cette épineuse question.

 

Triangle rose – le titre, sobre, a été choisi avec justesse – fourmille d'informations sur la déportation des homosexuels durant la seconde guerre mondiale. De nombreux faits m'ont étonnée, bousculée, remuée.

 

Saviez-vous, par exemple, que les personnes homosexuelles ayant survécu aux camps ont été libérées pour être, par la suite, emprisonnées par le gouvernement allemand ? L'homosexualité étant alors considérée comme un grave délit.

 

Au fil des pages, le besoin absolu de reconnaissance d'une minorité ignorée et méprisée devient abyssal. On ressent le malaise qu'il suscite même si parfois il est expliqué à demi-mot. J'ai beaucoup appris. Dommage, à mon sens, que cette lecture ne soit pas plus accessible. En effet, le lecteur est davantage plongé dans un compte-rendu de recherche que dans un documentaire.

 

3--toiles-copie-1.gif Autrement, 310 pages, 2011


 

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Jeudi 22 novembre 2012 4 22 /11 /Nov /2012 07:15

 

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Le parcours de Maryse Condé par Maryse Condé.

 

Je l'avoue sans peine. Non seulement, je n'avais jamais lu l'auteure mais je n'en avais jamais entendu parler. C'est donc l'esprit ouvert et curieux que j'ai entamé ma lecture.

 

Force est de constater que les écrivains sont dans une certaine mouvance, celle de raconter leur vie ou de disséquer un évènement précis de celle-ci. Par exemple, les cinq documentaires sélectionnés et lus, à ce jour, pour le prix ELLE, abordent tous un récit intime quelle que soit leur thématique.

 

Si les auteurs ont, comme tout le monde je l'imagine, des choses importantes à raconter, ils ont, eux, les moyens de l'écrire. Je reste donc intéressée par cette démarche quand elle est de qualité. L'abondance simultanée du genre me dérange davantage. Tout le monde semble s'y mettre en même temps et je dois vous le confier, je commence à en éprouver une certaine lassitude.

 

La vie sans fards en a peut-être souffert. A aucun moment, je suis arrivée à m'intéresser à ce texte, succession d'évènements privés sur complaintes personnelles. Je suis restée totalement en-dehors, ayant l'impression de ne pas avoir été invitée ou de ne pas posséder les références culturelles nécessaires pour intégrer le texte.

 

Dommage pour moi, car le principe de se raconter avec sincérité, sans artifices – sans fards – exige courage, rigueur et humilité, trois qualités dont ce texte prouve que Maryse Condé n'en est, de loin pas, dénuée.

 

JC Lattès, 334 pages, 2012

 

Extrait

« Je n’étais pas seulement orpheline ; j’étais apatride, une SDF sans terre d’origine, ni lieu d’appartenance. En même temps, cependant, j’éprouvais une impression de libération qui n’était pas entièrement désagréable : celle d’être désormais à l’abri de tous jugements. »

 

L'avis plus positif de Hérisson

 

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PRIX ELLE


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Samedi 10 novembre 2012 6 10 /11 /Nov /2012 13:55

 

reanimation.jpg

 

«Je me souviens d'avoir confondu mon grand calme avec mon courage et mon courage avec ma force.»

 

Ils s'aiment. Ils sont bien. Un matin, une infection rare surgit dans leur histoire. Blaise va à l'hôpital. Blaise doit se faire opérer. Blaise est dans le coma. Elle l'attend.

 

Cette attente, Cécile Guilbert, nous la raconte avec pudeur et justesse. Elle décortique, dissèque, et parfois analyse les sentiments, les évènements ainsi que les émotions qui se succèdent. L'inquiétante étrangeté du monde hospitalier, l'aseptisation glaçante, l'important qui devient soudainement futile, le vide provoqué par le manque, le dénuement face à l'absence, les pensées asphyxiantes, la tragédie menaçante.

 

Les mots nous plongent dans une ambiance brumeuse, un labyrinthe anxiogène. Le style est élaboré, l'écriture subtile, parfois romanesque. La narration est mélancolique, élégante, toujours modeste. L'apprivoisement de l'absence et ses paradoxes. Le plaisir culpabilisant de se retrouver à nouveau seule dans son appartement, l'hôpital qui efface toutes les imperfections de l'autre.

 

Sans pathos et intelligent.

 

4--toiles-copie-1.gif Grasset, 272 pages, 2012

 

Extrait

« L'hôpital ne fouette pas seulement les sangs, il réanime aussi l'amour. S'il a décrit à merveille ses prémices et sa cristallisation, Stendhal a oublié de dire que l'idéalisation de l'être aimé fonctionne aussi à fond sitôt qu'il est malade ou en danger. Ses qualités augmentent, ses défauts s'estompent, menus travers et tout ce qui agaçait disparaissent. Blaise était naguère colérique et jaloux, sensible mais parfois dépourvu de tact, mal élevé voire grossier ? Non seulement doux comme un agneau et sage comme une image, le voici désormais paré de toutes les vertus cardinales et théologales, un vrai Jésus, un ange, une merveille, un crack ! »

 

L'avis de Clara.

 

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PRIX ELLE


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Mercredi 31 octobre 2012 3 31 /10 /Oct /2012 07:34

 

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Le journal intime d'Eleanor Coppola, femme de Francis, écrit durant la période de tournage du film Apocalypse now.

 

A la demande du studio, Eleanor Coppola réalise un documentaire, un making of avant l'heure, du film légendaire. Accumulation de malchances et de déboires, nous avons tous entendu parler de ce tournage maudit. Amateurs d'anecdotes croustillantes, passez votre chemin. La démarche est ici bien plus intelligente et pertinente.

 


 

Il s'agit du ressenti d' « une femme de » et « mère de » avant tout. D'une artiste qui a mis sa carrière au second plan et qui, malgré son profond souhait de se réaliser dans la création, ne parvient pas à dépasser son sentiment de culpabilité, bien connu de nombreuses mères à travers le monde.

 

Aucune réponse, aucun combat. Des pensées, des émotions, des constats. La première partie est une ode à l'amour ainsi qu'à la création. L'amour pour Francis Ford Coppola, mari et père absent, parfois trahi par sa foi et son perfectionniste. L'hommage à la sensation grisante de construire, de modeler, d'inventer ce qui n'existant pas avant.

 


 

La seconde partie est une descente en enfer. Les coups de poing de la vie, les trahisons, les défaites. Eleanor Coppola aborde également, avec une grande sincérité, le dépassement de soi, la relation à l'existence, à l'argent, l'hypocrisie incontournable à la célébrité, les artifices, les petits et les grands moments.

 

Les pages n'ont l'air de rien mais elles en disent beaucoup sur la vie d'une femme, d'une épouse et d'une mère.

 


 

4--toiles-copie-4.gif Sonatine, 258 pages, 2011, traduit de l'anglais par Philippe Aronson

 

Extraits

« 4 mars, Baler

C'était la première fois qu'on voyait des buffles, des rizières, des huttes en bambou. Nous avons traversé le pont à l'extrémité du petit village, avant de pénétrer dans l'épaisse végétation. Sofia a dit : «On se croirait au Jungle Cruise de Disneyland.» La petite route donnait sur une plage et notre jeep a continué à rouler sur le sable, entre l'océan d'un côté et la jungle de l'autre. Nous sommes arrivés au bord d'un lagon près de l'embouchure de la rivière et sommes montés dans une pirogue pour rallier le plateau du village n°2. L'équipe de Dean avait dégagé la végétation, transporté du bois le long de la rivière pour construire un pont, appris aux ouvriers à fabriquer des briques en terre, ramené du bambou d'une autre province, construit des maisons, pompé de l'eau et planté des légumes, recréant ainsi un village vietnamien parfaitement ressemblant : des cochons fouillaient le sol le long du chemin, des poulets allaient et venaient sous les maisons, des paniers pleins de riz séchaient sur la place, des rideaux voltigeaient aux fenêtres, des marmites méticuleusement entassées étaient prêtes à l'emploi. En dehors du vent qui sifflait dans les grands palmiers, le silence régnait. Le lieu était désert.

 

9 mars, Manille

Nous nous sommes installés là, dans cette grande maison aérée et spacieuse, plutôt imposante pour le pays, et qui est située dans Dasmariñas, le Beverly Hills de Manille. J'ai demandé à l'accessoiriste de nous trouver des meubles en osier. Comme ça, une fois le tournage terminé, je pourrai les ramener pour notre maison de campagne à Napa Valley. Il a trouvé des fauteuils en rotin et velours. Il y a des ventilateurs au plafond et des tas de plantes tropicales. Les gens qui arrivent pour la réunion de production s'installent autour de l'énorme table dans la salle à manger. Un domestique en smoking blanc demande à chacun s'il préfère du jus de calamondin ou une tranche de papaye. On se croirait au restaurant Luau.

J'entends des ouvriers qui creusent une piscine à la main. Un menuisier cogne sur le mur de la cabine de projection qu'on vient de faire construire.

Ces derniers jours, nous avons voyagé en avion, en hélicoptère, en jeep, en canoë et à pied, afin de repérer les lieux de tournage. Nous avons vu des maisons aux toits de chaume sur pilotis, des pêcheurs à bord de pirogues à balancier, des enfants se déplaçant à dos de buffle. Nous avons bu du lait de noix de coco frais. Nous avons vu des bananiers, des palmiers, des étendues de jungle épaisse, des kilomètres et des kilomètres de rizières, de champs de canne à sucre, et traversé des petits villages où les gens souriaient en nous faisant des signes de la main. À notre arrivée sur un des lieux de tournage, un membre de l'équipe venait juste de tuer un cobra. Je me demande ce que les enfants pensent de tout ça. Sofia a 4 ans, Roman 10, Gio 12. Tous les jours, j'ai la sensation d'être dans un film étranger. D'une certaine manière, j'attends qu'on change de bobine et que je me retrouve dans un lieu familier, San Francisco ou Napa. »

 


 

 

Crédits photos : gettyimages.com, nytimes.com, examiner.com, britannica.com, and nydailynews.com.

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Mardi 25 septembre 2012 2 25 /09 /Sep /2012 08:06

 

fukushima.jpg

 

« Mais le plus sûr moyen d'escamoter l'information n'est pas de la taire : c'est de la rendre publique en même temps qu'un millier d'autres. »

 

Quand le tremblement de terre devient littéraire. Michaël Ferrier habite et enseigne au Japon depuis des années. Fukushima est le journal d'un désastre, le récit intime et éclairé d'un auteur. Un document cultivé, référencé et très bien documenté.

 

La révolte de la terre abordée sous un angle inédit. Ferrier apporte de nombreux éléments qui n'ont jamais été relayés par les médias. Il élargit la vision du lecteur, place le contexte, transmet les détails culturels indispensables à la compréhension d'un pays. A travers l'enchaînement des catastrophes, on s'interroge aussi sur ce que signifie être japonais.

 

On apprend, on découvre, on s'émeut, on est choqué, parfois perdu. Sans jugement, il nous permet de prendre conscience que, ce qui n'est pour nous qu'un terrible évènement passé, reste la réalité quotidienne des japonais.

 

Unique bémol ; le style un peu trop linéaire à mon goût. Je suis restée passablement en-dehors malgré tout l'intérêt que j'ai porté à cette lecture.

 

3--toiles-copie-1.gif Gallimard, 262 pages, 2012

 

Extrait

« Le vendredi 11 mars : 78 séismes (dont le grand qui a tout déclenché).

Le samedi 12 : 148.

Le dimanche 13 : 117.

Le lundi 14 : 71.

Le mardi 15 : 47.

Le mercredi 16 : 45.

Etc., etc.

 

Pour avoir une journée sans une seule réplique après le 11 mars, il faudra attendre... le 8 juin. »

 

L'avis de Canel, Jostein...

 

Lu dans le cadre du
PRIX ELLE


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Mercredi 5 septembre 2012 3 05 /09 /Sep /2012 07:05

l-elimination-rithy-panh.jpg

 

« Ce que je cherche, c'est la compréhension de la nature de ce crime et non le culte de la mémoire. Pour conjurer la répétition. »

 

Le régime de Pol Pot a fait 1,7 millions de morts. Rithy Panh n'était alors qu'un enfant. Trente ans plus tard, le cinéaste rencontre Duch, le responsable du centre de torture et d'exécution S21.

 

L'élimination est une analyse profonde, lucide et d'une grande distance sur notre humanité. Même le titre est sobre. La force de Rithy Panh est de trouver et mettre du sens là où il n'y en a pas. Pour lui, comprendre les moindres rouages est aussi important que l'éducation et le savoir l'étaient pour son père. « Pour conjurer la répétition ».

 

Une réflexion m'a particulièrement bouleversée : 

« Bien sûr, on peut détourner le regard. Perdre son objet. Le laisser s'écarter, flotter, disparaître – un simple mouvement des yeux suffit. Bien sûr, on peut ne pas regarder un pays ; ne pas savoir où il se trouve ; soupirer à l'évocation répétitive d'un nom malheureux. On peut même décider que ce qui a eu lieu est incompréhensible et inhumain. Alors, on détourne le regard. C'est une liberté universelle. »

 

Détourner le regard, n'est-ce pas le réflexe que nous avons tous ? Le second étant de se satisfaire de notre incompréhension.

 

L'immense qualité de ce document est de transcender le témoignage pour offrir un questionnement permanent et profond sur l'élimination d'1,7 millions de cambodgiens ainsi que sur ce qui fait notre humanité. N'est pas assassin ou bourreau qui veut selon Rithy Panh. Je partage entièrement son avis. Sur ce fondement, nous avons les clés en mains pour prévenir la répétition.

 

Bravo également à Christophe Bataille pour ne pas avoir triché, ajouter de l'artifice, des tournures qui auraient fait de L'élimination un objet plus littéraire mais factice. Les mots sont épurés, simples, au service du messager, du sens, et donc accessibles à tous. Remuants, souvent intenables, d'une grande exigence. J'ai tourné la dernière page la bile au fond de la gorge, ébranlée et changée. Je n'envisage la lecture que sous cet angle.

 

Un grand document.

 

4--toiles-copie-1.gif Grasset, 336 pages cornées à souhait, 2012

 

Prix Joseph Kessel

Prix Essai France Télévisions

Prix Aujourd'hui

Grand Prix SGDL

 

Extraits

« Je crois à la pédagogie plus qu'à la justice. Je crois au travail dans le temps, au travail du temps. Je veux comprendre, expliquer, me souvenir – dans cet ordre précisément. »

 

« Duch : Je suis jour et nuit avec la mort.

Je lui réponds : Moi aussi. Mais nous ne sommes pas du même côté. »

 

« La question aujourd'hui n'est pas de savoir s'il est humain ou non. Il est humain à chaque instant : c'est pourquoi il peut être jugé et condamné. On ne doit s'autoriser à humaniser ni à déshumaniser personne. Mais nul ne peut se tenir à la place de Duch dans la communauté humaine. nul ne peut endosser son parcours biographique, intellectuel et psychique. nul ne peut croire qu'il était un rouage parmi d'autres dans la machine de mort. je reviendrai sur le sentiment contemporain que nous sommes tous des bourreaux en puissance. Ce fatalisme empreint de complaisance travaille la littérature, le cinéma et certains intellectuels. Après tout quoi de plus excitant qu'un grand criminel ? Non, une feuille de papier ne sépare pas chacun de nous d'un crime majeur. pour ma part, je crois aux faits et je regarde le monde. Les victimes sont à leur place. les bourreaux aussi. »

 

D'autres avis chez... Aproposdelivres, Canel, Clara, Jostein...

 

Lu dans le cadre du...

PRIX-ELLE.png


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Lundi 27 août 2012 1 27 /08 /Août /2012 08:08

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« Je dis toujours que ma vie est cette famille, et c'est la vérité. »

Dorothy Deanne Keaton Hall

 

La fille parle de sa mère. La femme de son chemin de vie et des hommes qu'elle y a croisé. L'actrice de son métier et de ce qu'il lui a apporté.

 

J'aime les films de Diane Keaton car ils dévoilent tous une partie de sa personnalité. Exubérante, forte, fragile, indépendante, attachante, Diane Keaton est multiple. Ses mémoires révèlent tout le bien que je pensai d'elle et une infinie solitude.

 

L'adoption à cinquante ans, la relation à l'existence, sa mère au loin guidant le chemin. L'analyse est permanente. Le questionnement sans répit. Le besoin de se dépasser, de devenir meilleure. La sagesse de la maturité ayant pour conséquence l'absence d'enjeux. Mais aussi le sexisme hollywoodien, la difficulté d'être reconnue en tant que femme. « Sans grand homme pour écrire et réaliser pour moi, j’étais au mieux une médiocre vedette de cinéma. »

 

Des pages intimes qui se donnent sans calcul et avec générosité.

 

3--toiles-copie-2.gif Robert Laffont, 315 pages, 2011

 

Extrait

« Je sais bien que j'ai tort, mais penser que ma mère, une personne qui aimait les mots, qui avait toujours les meilleures notes, qui est retournée à l'université alors qu'elle avait une quarantaine d'années et qui est rentrée chez elle avec un diplôme, a été frappée par la maladie d'Alzheimer sans raison est une chose que je ne peux accepter. »

 

Lu aussi par Cathulu, Shopgirl...

 

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