Ce qui finit par "o" (psycho, socio, philo...)

Jeudi 17 novembre 2011 4 17 /11 /Nov /2011 07:32

 

baba-la-vie-sans-savoir-lire.jpg

 

« On a raison de représenter le Savoir par une lumière. C'est un feu qu'il faut sans cesse alimenter, vous diront les lettrés. D'autres savent que c'est aussi une flamme qui brûle quand on l'approche de trop près. Une flamme qui fait peur, parfois. »

 

Bertrand Guillot donne des cours d'alphabétisation dans le XIXè arrondissement de Paris. Il nous parle, avec beaucoup de justesse et de simplicité, de son expérience mais surtout du parcours de ces femmes et de ces hommes au handicap invisible.

 

Car il s'agit bien d'un handicap. La vie est tragiquement inaccessible. La volonté est palpable mais comment forcer son cerveau d'adulte à intégrer ce dont il a été, pour diverses raisons, privé ?

 

Un portrait sans complaisance de notre société de performance. Aucune condescendance, rien d'acerbe ou de facile, la vie sans savoir lire. Telle qu'elle se présente. Sournoise et d'apparence invincible.

 

C'est beau, incarné, ça fourmille d'espoir, ça fait réfléchir, ça fait du bien.

 

4--toiles-copie-2.gif Rue Fromentin, 221 pages, 2011

 

Extrait

« Cela semblait simple a priori : ils ont beau parler un français parfois hésitant, tous maîtrisent bien le masculin et le féminin.

Vérifions-le, tiens.

- Si je remplis mon verre, je dis qu'il est plein. Si je remplis mon assiette, je dirai qu'elle est...

- Pleine, dit Ibrahima.

- Parfait. Et si je dis "Ibrahima est grand", je dirai "Amah est..." ?

- Petite, répond la salle unanime.

Comme quoi, à quelques détails près, nous y sommes presque. »

 

Elles sont nombreuses à l'avoir lu...

Leiloona, Fashion, Clara, Cuné, Cathulu, Dominique, et Esmeraldae qui en a fait un livre voyageur.


 

pioché en bib

 

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Mercredi 19 octobre 2011 3 19 /10 /Oct /2011 06:52

 

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Un sari rose, un bâton, une femme hors du commun.


« Chant de guerre

 

Le monde entier est en train de changer, ma sœur, mais si toi tu ne changes pas, que se passera-t-il?

Maintenant, le gouvernement va t'aider à envoyer tes filles à l'école, mais, si tu ne prends pas le train de l'éducation en marche, qui va te respecter?

Je t'ai montré de nombreux chemins, ma sœur, mais si tu n'empruntes aucune de ces routes, que puis-je faire d'autre?

Le monde entier est en train de changer, ma sœur, mais si toi tu ne changes pas, que se passera-t-il?

Aujourd'hui, il y a des lois qui te protègent, il n'y a plus ni caste supérieure ni caste inférieure, les femmes ont les mêmes droits que les hommes, mais si on t'insulte, si on te harcèle ou si on te frappe et que tu ne dise rien, qui protestera à ta place ?

Le monde entier est en train de changer, ma sœur, mais si toi tu ne changes pas, que se passera-t-il?

Je t'ai expliqué les nouvelles règles, mais si tu ne les transmets pas autour de toi, qui préviendra tes filles?

Je suis là pour vous, mes sœurs, je vous donne le courage, mais si vous ne faites pas tout pour rester motivées, qu'est-ce que je peux faire de plus? »

 

 

3--toiles-copie-1.gif Oh ! Éditions, 289 pages courageuses et inspirantes, 2008


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Jeudi 23 décembre 2010 4 23 /12 /Déc /2010 05:58

 

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« (...) un fait divers qui m'avait ébranlée. Un employé des chemins de fer était entré dans un wagon frigorifique pour le nettoyer, et la porte s'était refermée derrière lui. Et le voilà enfermé dans ce wagon frigorifique. Comme c'était un vendredi soir, il est resté tout le week-end dans ce wagon frigorifique et évidement il est mort de froid. Seulement voilà, la réfrigération n'était pas branchée et il y avait 18° dans le wagon ! A l'autopsie, son corps a montré tous les symptômes d'une mort par refroidissement. Cet homme est donc mort de la représentation qu'il avait du froid. Il est mort de son imaginaire ! C'est quelque chose d'extraordinaire ! Nous vivons et nous mourons de nos images, pas de la réalité. La réalité ne peut rien contre nous. La réalité n'a pas de pouvoir contre nous. C'est la représentation que nous en avons qui nous tue ou qui nous fait vivre. Imaginez le contraire, imaginez un employé des chemins de fer enfermé dans un wagon frigorifique branché mais qui survivrait en visualisant le soleil tout un week-end. C'est aussi possible. Bien sûr que c'est possible et c'est ce que nous avons à faire dans cette société, où nous mourons de froid, où nos cœurs meurent de froid. Le pouvoir d'aspiration du négatif est quelque chose d'extraordinaire. Un puissant aspirateur. »
 

 

Il y a quelques semaines, un ami viennois de quatre-vingts ans, qui avait participé à la résistance en Autriche, me racontait que le jour où Hitler tenait au Heldenplatz son fameux discours, toute la ville déferlait vers cette place, et lui, seul, jeune homme, montait en sens inverse la Mariahieferstrasse, se rendant à une réunion de résistants. Et il me racontait que, seul à remonter le courant de toute une foule, il se disait : « Mais tu ne peux pas avoir raison contre tous. Ce n'est pas possible. Tu ne peux pas être seul à avoir raison. » Et, au fond de lui, une voix lui disait : « Mais oui, tu peux »

 


« Un vieil homme sage est interrogé sur la trajectoire de son existence jusqu'à ce jour. Et voilà comment il en résume les trois étapes : « A vingt ans, je n'avais qu'une prière : mon Dieu, aide-moi à changer ce monde si insoutenable, si impitoyable. ET vingt ans durant, je me suis battu comme un fauve pour constater en fin de compte que rien n'était changé. A quarante ans, je n'avais qu'une seule prière : mon Dieu, aide-moi à changer ma femme, mes parents et mes enfants ! Pendant vingt ans, j'ai lutté comme un fauve pour constater en fin de compte que rien n'avait changé. Maintenant je suis un vieil homme et je n'ai qu'une prière : mon Dieu, aide-moi à me changer - et voilà que le monde change autour de moi ! » Et pas de malentendu ! Ce n'est pas d'un renoncement à l'action qu'il s'agit mais bien au contraire d'une action neuve dans un esprit libre (...) »


 

« (...) Oui, les enfants chambardent nos existences. Le malheur veut que nous nous chargions de leur éducation au lieu de les laisser faire la nôtre. Et tout le malheur vient de là. »


 

« Ainsi les représentations que nous avons de l'amour nous séparent-elles de l'amour ».


 

« (...) L'horreur des trahisons, l'horreur de ceux qui nous quittent. Mais personne ne nous doit rien, surtout pas ceux que nous aimons ! Ils nous ont déjà tout donné ! Ils ont réveillé en nous l'amour ! Oser dire : « Tu me dois quelque chose. L'amour que j'ai pour toi a créé des droits. J'ai des droits sur toi puisque je t'aime » Ignoble. Ignoble. Interdiction dans mon royaume. Interdiction de prise d'otage, interdiction de chantage. Changeons... entrons dans cette autre dimension. Apprenons ce qu'est l'amour. Comment y aurait-il une autre raison à l'amour que d'aimer ?



« Il n'y a pas de petites portes, il n'y a que des petits frappeurs » Proverbe tibétain

 


« Le sens de la souffrance, c'est de traverser. Nous vivons dans une époque tellement poltronne qui nous protège, qui nous apprend surtout à ne pas souffrir, à rester en surface, à ne pas entrer dans les choses. (...) La passion nous offre une chance de traverser le mur des apparences. (...) On a tout à fait tort quand on dit que l'amour est aveugle. Je crois qu'il faudrait dire bien davantage que l'amour est visionnaire, c'est-à-dire qu'il voit dans l'être aimé la divinité qui l'habite. »



 

 

 

Du bon usage des crises, Christiane Singer

Albin Michel, 147 pages, 1996

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Mercredi 6 octobre 2010 3 06 /10 /Oct /2010 06:34

 

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« Étymologie

Celle du mot école, on le sait bien, c'est scholê, un mot grec qui signifiait : loisir. »

 

Alain Chopin est prof dans un lycée professionnel. Et là, tout de suite, vous imaginez la galère du pauvre gars qui reçoit des boulettes de papier à longueur de journée de la part d'élèves illettrés beaucoup trop nombreux et de toutes origines. Vous le visualisez usé blasé blackboulé.

 

Que nenni ! Alain Chopin est le prof que vous auriez voulu avoir, que vous voulez pour vos enfants. Prof est une profession de foi et l'auteur a non seulement foi en son métier mais il nous la redonne, nous la transmet avec enthousiasme et dignité. Ça nous change des témoignages bien glauques dont les médias sont friands.

 

Aller chercher ses élèves un par un, apporter des bouteilles d'eau pour la dernière période du vendredi après-midi qui a lieu après deux heures de sport et ouvrir la discussion car il ne faut pas trop en demander. Dénoncer de temps en temps :

 

« Fatigue

Des heures et des heures de préparation de cours. Dictées par la peur des élèves. Bien tout boucler, hermétiquement, pour qu'aucune question ne vienne déstabiliser ce bel ensemble. C'est usant, stérile. Et, du coup, beaucoup trop de travail et pas de vrai travail, ouvert, créatif, plaisant, jouissif. Que du laborieux, du chiant, du défensif. Fatigue des élèves, aussi : emploi du temps surchargé, transports en commun, travail à la maison dans des conditions pas toujours idéales. »

 

Un grand lecteur c'est connu, c'est contagieux. Il transperce les pages cet amour ! Celui de l'auteur pour la littérature. La vraie, celle qui n'a rien d'élitiste, qui n'enjolive pas les phrases pour afficher son vocabulaire mais qui va droit au cœur. Faire confiance aux élèves, les classiques, ils savent les incarner et avec classe ! J'aurais bien voulu moi les voir jouer Inconnu à cette adresse et écouter du rap à la fin de la pièce !

 

Un récit où chacun peut s'y retrouver, professionnels évidemment mais parents et tous les anciens élèves que nous sommes. Attention cependant, Alain Chopin arriverait presque à donner l'envie de devenir enseignant !

 

4--toiles-copie-1.gif Éditions Dialogues, 203 pages, 2010

 

J'aime cet extrait...

« Dure. On ne peut pas négocier avec elle. C'est oui, ou c'est non. C'est cash oui comme disent les élèves, ou c'est cash non. Elle tient tête, frontalement. Elle se fout totalement des éventuelles conséquences, des éventuelles punitions : colles devoirs supplémentaires renvois temporaires conseils de discipline, ce n'est pas son affaire, elle n'y pense même pas. Révoltée butée têtue tenace, elle ne lâche jamais l'affaire.

 

Elle est sensible, d'une intelligence rare, très vive, elle comprend tout, en un éclair. Elle est en lycée professionnel, non par choix pour un métier, mais uniquement pour des raisons sociales, comme beaucoup de nos élèves d'ailleurs, mais pour elle c'est particulièrement flagrant.

 

Elle lit comme personne. Quand Siham lit, aucun des élèves ne parle, ne bouge, même les plus indifférents aux textes littéraires, même les plus agités. Elle met tout : sa rage sa force sa densité, et parfois, c'est à pleurer, tout à coup, une grande douceur. »

 

Lu aussi par...

Cathulu,Choupynette, George, Hambrellie, Keisha, La Lettrine, La Pyrénéenne, MalicePraline...

 

Lu grâce à...

dialogues-croises.png

 

 

 

  Merci pour la découverte !

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Lundi 4 octobre 2010 1 04 /10 /Oct /2010 06:47

 

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La quatrième couverture est prometteuse : « Adieu temps de chien et blues du dimanche soir: Voici le tout premier guide du bonheur par les livres : quarante textes incontournables pour rire, s'attendrir, se réconforter s'évader - bref, pour se faire du bien. »

 

Je m'attendais donc à recevoir une boîte à trésors. J'ai été déçue de constater qu'il s'agit d'un outil promotionnel. Après tout, pourquoi en serait-il autrement dans notre société de consommation ? Le livre, même drôle, est conçu non pas pour « faire du bien », mais pour faire vendre...

 

Sorti dans le cadre des 40 ans des Éditions Points, ce livre n'expose, évidemment, que des titres édités chez Points. La présentation n'est pas scolaire mais au contraire ludique, l'auteure a fait son maximum. Malgré ce fait et son prix modique de 3 euros, je ne peux, hélas, pas démontrer son intérêt.

 

2--toiles.gif Points, 122 pages, 2010

 

Lu grâce à ou à cause de... ;-) 

 

dialogues-croises.png

 

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Jeudi 24 juin 2010 4 24 /06 /Juin /2010 05:25

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Dis-moi comment tu parles et je te dirais d'où tu viens 

Tous les groupes possèdent leurs codes culturels et langagiers. Les familles, elles aussi, voient apparaître leurs propres néologismes et les conservent de générations en générations. L'auteur a regroupé un florilège savoureux de ce lexique intime.

 

Il est inutile d'acquérir des connaissances théoriques linguistiques pour parler une langue. La communication ne devrait pas être un effort car elle représente à elle seule l'accès au monde qui nous entoure. La plupart des êtres humains pratiquent donc une ou plusieurs langues sans se douter des mécanismes complexes inhérents.

 

Par exemple, on ne maîtrise pas une langue. Personne ne peut supprimer un mot pour le remplacer par un autre et l'imposer par la suite. Les néologismes apparaissent en fonction de leur contexte (technologie, culture, humour...) et sont adoptés par le peuple au fil du temps.

 

Cookie Allez a récolté bon nombre d'anecdotes succulentes sur l'appropriation d'un langage propre au sein de la famille. On y apprend que cette langue clandestine – dont le sens est à prendre au sens littéral puisqu'elle est la langue du clan – regorge de petits trésors.

 

Ainsi « prendre la part Trimbac » provient d'un invité, M. Trimbac, qui au XIXe siècle, avait l'habitude de choisir le plus gros morceau dans le plat. Un « aéropain » est le morceau de pain que l'on transmet par la voie des airs.

 

Et vous ? Réfléchissez un instant sur les mots et les expressions que vous utilisez autour de la table familiale depuis votre tendre enfance. Personnellement, je vous en livre deux :

 

« les torréfacteurs de grains de café » > expression de mon grand-père pour se désigner lui et sa femme en tant que parents de trois filles. Les grains de cafés sont choisis avec grand soin.

« Les mouettes » > ma fille n'arrivant pas à dire « mouillettes » pour les petits bâtons de pain à tremper dans les œufs à la coque, l'expression a été adoptée par la famille et les amis.

 

A consommer sans modération pour les amoureux du langage. Un petit bémol sur les mots d'humour rajoutés par l'auteur, ils alourdissent la lecture et sont, en plus, inutiles. Les expressions parlent pour elles seules...

 

3--toiles.gif Buchet-Chastel, 233 pages, 2010

 

Doriane le fait voyager et Cathulu se réjouit de la suite ! 

 

 Lu dans le cadre de...

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Merci à Katya, Babelio ainsi qu'aux Éditions Buchet Chastel

 


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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /Nov /2009 09:00


« Les blagues sont le fruit d'une ingéniosité humaine qui,

au plus tendu et au plus épuré, confine à l'art. »

 

Ne vous fiez pas aux apparences, voici un livre sérieux dont l'origine est une véritable recherche. Jim Holt est un très bon vulgarisateur, la lecture est agréable et vous n'aurez pas besoin d'un dictionnaire pour la comprendre.

 

Deux axes s'affrontent et se complète, l'histoire et la philosophie. On découvre avec étonnement le nombre incroyable de variantes d'une blague et son origine parfois très lointaine. Ainsi, le recueil de 264 blagues Philogelos (« celui qui aime rire ») date du IVème ou Vème siècle avant J.-C. Les personnages centraux sont déjà la femme « frustrée », l'alcolo et le radin. Le Toto grec est Scholastikos (« crâne d’œuf »).

 

« Un crâne d’œuf traverse les mers lorsqu’une violente tempête se lève. Ses esclaves sombrent dans la terreur. ʺNe pleurez pas, les console-t-il, je vous ai tous affranchis dans mon testament».

 

Comme un néologisme, une blague n'est pas inventée un beau jour par quelqu'un mais provient d'une quantité d'éléments culturels et historiques qui forme l'anecdote sur un plan humoristique. Par exemple, si le coq fait cocorico en France, il fait kirikiki en Italie. De même, le cheval blanc de Napoléon ou d'Henri IV appartient au général Custer aux Etats-Unis.

 

C'est un petit livre à offrir à son père ou son beau-père. Personnellement, j'ai regretté que Jim Holt n'ait pas osé ou voulu nous faire partager sa recherche plus en profondeur. Beaucoup d'éléments ont attiré ma curiosité et j'aurais aimé qu'ils dépassent le stade de l'anecdote. Ce n'est tout simplement pas le but du livre.


10 X 18, 124 pages, 2009


A voir...

Le très bon billet de Mazel


Merci à...

 

 ainsi qu'aux Editions 10 X 18 pour l'envoi de ce livre !

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Mercredi 14 octobre 2009 3 14 /10 /Oct /2009 09:00

L'enfant surdoué, l'aider à grandir, l'aider à réussir

Jeanne Siaud-Facchin

En poche : Odile Jacob pratique, 338 pages, 2008

 

Trop intelligent pour être heureux ?, l'adulte surdoué

Jeanne Siaud-Facchin

 Odile Jacob, 320 pages, 2008

 


« Dis Madame, je voudrais m'enlever être surdoué.

- Explique-moi mieux ce que tu veux dire.

- C'est que je veux plus de surdoué, ça m'embête.

- Et qu'est-ce qui t'embête ?

- Je veux être pareil que les autres, je veux pas être différent !»

Ludovic, 7 ans et demi

 

« Surdoué », un mot qui a une consonance différente parmi chacun d'entre nous. Nous avons tous, moi la première, notre représentation d'une personne surdouée. Une espèce de petit génie, un Mozart, un Einstein, un scientifique moche à lunette terré dans son labo, un mioche à la limite autiste qui vous récite tout Shakespeare à 4 ans. Un être à part que l'on envie parfois, que l'on déteste aussi car tout lui semble facile, à qui on ne souhaiterait pas ressembler quand on observe sa façon de s'habiller.

 

Et bien on a tout faux ! Comme beaucoup de sujets, la majorité d'entre nous ignorons tout des spécificités des enfants et adultes surdoués. Beaucoup d'idées reçues malheureuses circulent. Savez-vous par exemple que 70 % des enfants surdoués sont en échec scolaire ? Quel gâchis pour notre société ! Quelles en sont les causes ?

 

D'aucuns estiment que la surdouance est un mythe, qu'il existe un génie par siècle. D'autres, comme certains enseignants par exemple, fixent, à juste titre puisque nous parlons d'une problématique méconnue, leur priorité en fonction des enfants qui vont mal ou qui ont sont en retard sur le plan scolaire. Le fait est que si le cas du retard scolaire est avéré, l'inverse est tout aussi problématique. On reste différent, en dehors. Une dizaine d'autres spécificités inhérentes à la surdouance viennent s'y greffer comme : le fait de ne pas comprendre les consignes (les interpréter littéralement ou ne pas pouvoir penser que ce soit aussi facile), un besoin de précision absolue, une pensée en arborescence, une puissante captation des émotions d'autrui difficilement gérable, un perfectionnisme handicapant, etc). Sans oublier le fait que la plupart des surdoués n'ont pas été diagnostiqués (test de QI de plus de 130) ce qui peut avoir de tristes conséquences : l'éternel sentiment d'être différent, anormal et de tout mettre en œuvre (jusqu'à même se nier soi-même) pour être intégré.

 

« Être surdoué, c’est penser dans un système différent, c’est disposer d’une forme d’intelligence particulière. C’est aussi grandir avec une hypersensibilité, une affectivité envahissante, qui marquent la personnalité. Ce n’est pas un enfant avec un « plus », malgré la terminologie ambiguë, ni un génie qui aurait tout reçu. »

 

Ainsi, j'ai vu ma fille à quatre ans tomber en dépression, dire « je ne sais pas » lorsque sa maîtresse lui posait une question, pleurer et hurler à la maison de frustration. Pour être comme les autres, elle s'est longtemps sabotée elle-même en donnant exprès, et avec une grande maîtrise, des réponses fausses aux interrogations.

 

« Il en résulte une susceptibilité extrême, douloureuse pour lui, difficile à vivre pour ceux qui l’entourent. Tout le touche et souvent le blesse. Attention à l’impact que peut avoir la moindre remarque, aussi anodine soit elle ! Les réactions impulsives peuvent être violentes et spectaculaires. Les colères bruyantes et ingérables. Mais comment ne pas comprendre cette susceptibilité quand on a intégré à quel point cet enfant ressent tout avec une telle intensité ? »

 

Mes enfants sont à part comme tous les autres enfants. Ils ne sont pas plus intelligents, ils pensent juste différemment. Ils possèdent une pensée « en réseaux » qui leur permet de comprendre rapidement. Ils ont une riche personnalité, comme tous les enfants. Une pensée en effervescence (comme les boules du loto) qui ne s'arrête jamais, même pas la nuit et dont il résulte des troubles du sommeil. Leur hypersensibilité leur fait porter le monde sur leurs petites épaules. L'incompréhension du monde peut les faire basculer en un rien de temps. Leur regard scrutateur peut être insupportable. Ils comprennent, repèrent, interprètent les émotions des autres rapidement. Ils les portent aussi. Oui, la surdouance est une richesse. Oui, la surdouance est souvent un handicap, un écueil, une barrière qui sépare des autres. Oui, la surdouance a un prix. Celui de tout le temps penser jusqu'à en être épuisé, le sentiment de décalage, la tentation inconsciente de se saboter afin de se fondre dans le moule pour goûter à la délicieuse sensation d'être intégré.

 

« Pourquoi est-on surdoué ? Il s’agit d’une composante génétiquement programmée comme la plupart des caractéristiques qui nous distinguent les uns des autres. L’un a les yeux bleus, l’autre les cheveux frisés… mais attention ! Génétique ne veut pas dire programmable ! C’est une question de probabilité puis de loi du hasard, totalement aléatoire. On ne peut jamais prévoir comment les gènes se combineront. »

 

Je voulais vous parler de ces deux lectures. Spontanément, ce billet est devenu plus personnel. Nous ne sommes pas des parents qui poussent leurs enfants vers l'excellence. Nous refusons toute forme d'élitisme. Nous sommes nous aussi comme les autres, notre vœux le plus cher est de voir nos enfants heureux de vivre, bien dans leur bask' et en bonne santé. L'âge auquel ils ont su faire ceci ou cela n'a aucune importance. Pour atteindre notre objectif, il est important de prendre leurs particularités en compte. C'est ce qu'ils sont et nous en sommes fiers. Nous sommes parfois jugés, souvent soutenus, parfois fatigués des crises de frustration quotidiennes mais convaincus de faire ce qui est juste en suscitant le dialogue avec les partenaires de l'éducation de nos gamins. Au final, beaucoup d'énergie mais de nombreuses surprises et rencontres riches en apprentissages.



Je souhaite couper court à toute polémique. L'intelligence est un sujet tabou et le risque d'être prise pour une personne narcissique est grand. Vous trouverez parmi la plupart des spécificités des enfants dits surdoués ou à haut potentiel (peu importe la dénomination, elles sont toutes les deux inadaptées), les mêmes particularités que chez beaucoup d'enfants ou d'adultes. Il est important de comprendre que chez l'enfant surdoué celles-ci sont exacerbées à l'extrême. D'autre part, il ne s'agit en aucun cas de démontrer que ces enfants possèdent une supériorité quelconque, bien au contraire, ils commencent leur parcours avec un boulet à leur pied. Ils devront apprendre comment vivre avec et au mieux en faire une force.


Et pour finir, il ne s'agit pas non plus de stigmatiser ou de victimiser les enfants surdoués mais bel et bien de leur fournir les armes, comme tout autre enfant, pour affronter la vie en toute sérénité. L'ignorer consciemment ou le nier est considéré pour ma part comme une forme de maltraitance. Il ne nous viendrait pas à l'idée de laisser un enfant qui rencontre des difficultés scolaires livrés à lui-même ou de ne donner aucune éducation spécialisée à un enfant handicapé mental. La comparaison vous choque ? Si nous partons du principe qu'un QI insuffisant provoque un handicap, n'est-il pas sensé et même logique que l'opposé provoque également des conséquences néfastes ?


Si ce billet suscite en vous quelques interrogations en tant que personne, parent, enseignant, psychologue, médecin...., je ne peux que vous conseiller ces deux lectures (commencez par le premier) très accessibles, brossant un tableau d'ensemble clair et répondant à de nombreuses questions. Jeanne Siaud-Facchin est une psychologue praticienne qui nous parle avec des mots simples des enfants qu'elle a joliment baptisé « les drôles de zèbres ». Elle nous a donné de nombreuses pistes utiles et indispensables. Ces lectures nous ont permis de comprendre, de faire sens, n'est-ce pas là l'intérêt de toute autre lecture ?


Adresses utiles

> France

Cogitoz, ANPEIP, AFEP, Portail info, Zeblog, Surdoué info

> Suisse

ASEP, ASPEDAH, Vinci-Vaud, AVPEH, Pas de centre comme Cogitoz mais des personnes ressources: Doris Perrodin, Nathalie Addor.

 

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Vendredi 5 juin 2009 5 05 /06 /Juin /2009 22:17



Éloge de la faiblesse
Alexandre Jollien

 

Cerf, 101 pages, 1999

 

« Assumer sa condition. Tirer profit de l'injustice. Se nourrir de sa faiblesse ».

 

Alexandre Jollien est handicapé de naissance. Après avoir passé 17 ans en institution, il s'oriente vers des études de philosophie alors qu'il était destiné à rouler des cigares.


Avec Éloge de la faiblesse, il nous propose un regard différent ainsi qu'une réflexion critique aiguisée de notre rapport au monde par le biais d'une conversation avec Socrate himself ! Une idée audacieuse, une belle leçon de vie, un bouleversement de nos valeurs, une lecture profondément humaine et humaniste.


Il est inutile d'être agrégé de philosophie pour pouvoir accéder à cette lecture, c'est au contraire brillamment vulgarisé.


Si vous êtes tentés, ce sera donc mon premier livre voyageur en hommage à Alexandre, mon cycliste à quatre roues préféré que je croise régulièrement sur les quais de ma ville,Vevey.


A voir le site d'Alexandre Jollien




A écouter le livre audio : recueil de commentaires de Bernard Campan sur sa relation avec Alexandre.

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Jeudi 26 février 2009 4 26 /02 /Fév /2009 22:17



Les mots de Françoise Dolto pour les enfants et leurs parents
Lionel Koechlin

Gallimard Jeunesse, 138 pages, 2008

A l’occasion du centenaire de la naissance de Françoise Dolto, les éditions Gallimard lui consacre un livre hybride, adressé à la fois aux parents et aux enfants. La naissance, le bébé, la famille, les jeux, la peur du noir, la célébration des fêtes, l’éducation, l’amitié, la découverte de la mort, l’école, et les aléas de la famille.

Les illustrations sont tendres. Les mots sont connus mais continuent d'interroger. Une façon intéressante de résumer la pensée de Dolto et son application dans notre vie parentale quotidienne.

Quelques extraits choisis

« A la question de l'enfant
- Quand est-ce qu'on meurt ?
- On meurt parce qu'on a fini de vivre.

C'est la réponse la plus soulageante, parce que c'est la vérité.

- Comment est-ce qu'on le sait ? demande l'enfant
- Il n'y a que celui qui meurt qui le sait. »


« C'est vraiment honorer ses parents que de se développer et de ne pas toujours faire ce qu'ils vous disent ».


« Le monde est monde, c'est comme ça, peut-être changeras-tu les choses, mais pour l'instant, c'est ainsi ! »


« Si un enfant se plaint qu'un tel est avantagé, ne cherchez pas à nier le fait. La justice n'est pas de ce monde. Quoi que vous fassiez, ils ne se sentirons jamais traités avec équité, car l'équité pour eux serait d'être traités selon leurs désirs et leurs appétits et non d'après les mêmes poids et mesures ».


« - Qu'est-ce qui t'a donné l'idée de faire ça ?
- C'est pas moi, c'est pas moi !
- Je sais bien que toi tu es un grand garçon, ce sont tes mains ou tes pieds qui ont fait ça... Il faut te faire obéir ! »


« J'ai connu un petit garçon qui aimait peindre des fruits et qui disait : « On trouve bien mieux leur couleur quand on les mange en même temps »


« Il faut toujours se séparer du soi-même de la veille pour chercher le soi-même de demain ».



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