C'est classique !

Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /2009 09:00

« Le sentiment qui nous unit s'est formé de tant de choses qu'il ne peux se comparer à aucun autre. Le monde n'y comprendra jamais rien. » George Sand

 

George Sand a permis la publication post-mortem des lettres échangées avec Alfred de Musset. Peut-être souhaitait-elle finalement avoir le dernier mot sur l'Histoire tronquée que l'on nous a trop souvent présentée ou peut-être rêvait-elle en secret d'être publiquement blanchie et clouer ainsi le bec à la Morale au grand M.

 

Celle-là même qui accusait Sand d'être une mauvaise femme, une de celle qui trompait son compagnon avec son médecin le menant ainsi au bord de l'abîme. La réalité est toute autre et en lisant ces lettres, on n'éprouve au fil des pages de plus en plus de compassion pour Sand plutôt que pour Musset. Françoise Sagan l'écrit à la perfection :

 

« Qu'on ne s'y trompe pas : j'aime, c'est vrai, mille fois plus Musset que Sand : et dans leur œuvre, et dans leur personne, et dans leur personnage. J'aime mille fois mieux le versatile, l'inquiet, le fou, le désordre, l'alcoolique, l'excessif, le colérique, l'enfantin, le désespéré Musset que la sage, l'industrieuse, la bonne, la chaleureuse, la généreuse et l'appliquée Sand. Je donnerais toutes ses œuvres à elle pour une pièce de lui. Il y a quelque chose dans Musset, une grâce, un désespoir, une facilité, un élan et une gratuité qui me fascineront toujours mille fois plus que toute l'intelligence et la raison et la poésie paisible de Sand. Il n'empêche qu'à lire ses lettre, j'aurai préféré, je dois le dire, être l'amie de Sand que celle de Musset. Il est plus facile, quand on a des amis, de consoler que de blâmer, et quand serait venu le moment de consoler Musset, j'aurais peut-être eu du mal à savoir de quoi je le consolerais mais aucun à savoir de quoi l'accuser. Elle, en revanche, elle souffrait d'amour, elle souffrait d'amitié, elle souffrait d'estime, elle souffrait de tout ce que j'aime et admire, alors que lui souffrait de tout ce que je redoute et méprise, mais parfois ressens. »

Au commencement de leurs échanges, après leur rupture, l'amitié semble survivre à l'amour :

 

« Adieu George, je vous aime comme un enfant. »

« Comme nous nous aimerons bien ! N'est-ce pas, n'est-ce pas, mon petit frère, mon enfant

 « Tu as raison, notre embrassement était un inceste. Mais nous ne le savions pas. Nous nous jetions innocemment et sincèrement dans le sein l'un de l'autre. Eh bien ! Avons-nous un seul souvenir de ces étreintes, qui ne soit chaste et saint ? Tu m'as reproché dans un jour de fièvre et de délire de n'avoir jamais su te donner les plaisirs de l'amour. J'en ai pleuré alors et maintenant je suis bien aise qu'il y ait quelque chose de vrai dans ce reproche. Je suis bien aise que ces plaisirs aient été plus austères, plus chastes que ceux que tu retrouveras ailleurs. Au moins tu ne te souviendras pas de moi dans les bras des autres femmes. Mais quand tu seras seul, quand tu auras besoin de prier et de pleurer, tu penseras à ton Georges, à ton vrai camarade, à ton infirmière, à ton ami, à quelque chose de mieux que tout cela ; car le sentiment qui nous unit s'est formé de tant de choses qu'il ne peux de comparer à aucune autre. Le monde n'y comprendra jamais rien. »

« Nous nous sommes connus, nous nous sommes aimés et nous nous estimons. »

 

Au fil des pages, les amants terribles prennent de la distance face à leur relation :


 « Peut-être m'as tu aimée avec peine, pour aimer une autre avec abandon. »


« Adieu, mon joli petit ange, écris-moi, écris-moi toujours de ces bonnes lettres qui ferment toutes les plaies que nous nous sommes faites et qui changent en joies présentes nos douleurs passées.»

 

« La postérité répètera nos noms comme ceux de ces amants immortels qui n'en ont plus qu'un à eux deux, comme Roméo et Juliette, comme Héloyse et Abeylard ; on ne parlera jamais de l'un sans parler de l'autre. »


Puis, Musset réalise qu'il aime Sand et qu'il ne peut se résoudre à vivre sans elle. Il accuse sa jeunesse d'être la fautive de ses erreurs et la supplie de revenir à lui. Sand est au bord du gouffre, après avoir enduré le rejet, avoir fait le deuil de cette relation et tenté d'avancer malgré tout.


 

« Voilà pourquoi je crois en toi, et te défendrai contre le monde entier jusqu'à ce que je crève. Maintenant qui voudra peut me tromper, me maltraiter et me déchirer, je puis souffrir, je sais que tu existes. »

 

« Adieu, adieu, je ne veux pas te quitter, je ne veux pas te reprendre, je ne veux rien, rien, j'ai les genoux par terre, et les reins, brisés, qu'on ne me parle de rien. Je veux embrasser la terre et pleurer. Je ne t'aime plus mais je t'adore toujours. Je ne veux plus de toi, mais je ne peux pas m'en passer. Il n'y aurait qu'un coup de foudre d'en haut qui pourrait me guérir en m'anéantissant. Adieu, reste, pars, seulement ne dis pas que je ne souffre pas il n'y a que celui qui puisse me faire souffrir davantage, mon seul amour, ma vie, mes entrailles, mon frère, mon sang, allez-vous en, mais tuez-moi en partant. »


 

Sand conclut ces années de correspondances par une dernière lettre salvatrice :

 

« Calmons-nous, ... calmons-nous ! Calmons-nous ! A quoi jouons-nous ? Qu'avons nous donc fait tous ces mois avec ce papier blanc et bleu qui courait de Venise à Paris et de Paris à Venise, ce papier qui nous a fait nous rejoindre, qui a fait rejoindre ton corps et le mien, ta bouche et la mienne, tes cheveux et les miens, comme tu les réclamais tant, ces mots qui de nouveau les dénouent et les séparent ? Tout ce papier ! Tout ce papier ! Allons-nous vivre sur du papier toute notre vie ? Toi oui Alfred, tu es fait pour ça, moi pas, je suis une femme. »

 


Des lettres émouvantes, parfois agaçantes (il y a des baffes qui sont perdues à jamais!) ou assommantes (en raison de l'emphase chère à ce siècle) mais au final un tout qui représente une puissante leçon de vie romanesque. Un petit livre précieux enrobé par les mots subtils de Sagan. A déguster.

 

Hermann, 169 pages, 1996

 

A voir...

Le roman de Venise lu par Celsmoon

Françoise Sagan par Florinette






A noter...

que le dessin de George Sand de la couverture est signé Alfret de Musset

 

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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 09:00


« Les blagues sont le fruit d'une ingéniosité humaine qui,

au plus tendu et au plus épuré, confine à l'art. »

 

Ne vous fiez pas aux apparences, voici un livre sérieux dont l'origine est une véritable recherche. Jim Holt est un très bon vulgarisateur, la lecture est agréable et vous n'aurez pas besoin d'un dictionnaire pour la comprendre.

 

Deux axes s'affrontent et se complète, l'histoire et la philosophie. On découvre avec étonnement le nombre incroyable de variantes d'une blague et son origine parfois très lointaine. Ainsi, le recueil de 264 blagues Philogelos (« celui qui aime rire ») date du IVème ou Vème siècle avant J.-C. Les personnages centraux sont déjà la femme « frustrée », l'alcolo et le radin. Le Toto grec est Scholastikos (« crâne d’œuf »).

 

« Un crâne d’œuf traverse les mers lorsqu’une violente tempête se lève. Ses esclaves sombrent dans la terreur. ʺNe pleurez pas, les console-t-il, je vous ai tous affranchis dans mon testament».

 

Comme un néologisme, une blague n'est pas inventée un beau jour par quelqu'un mais provient d'une quantité d'éléments culturels et historiques qui forme l'anecdote sur un plan humoristique. Par exemple, si le coq fait cocorico en France, il fait kirikiki en Italie. De même, le cheval blanc de Napoléon ou d'Henri IV appartient au général Custer aux Etats-Unis.

 

C'est un petit livre à offrir à son père ou son beau-père. Personnellement, j'ai regretté que Jim Holt n'ait pas osé ou voulu nous faire partager sa recherche plus en profondeur. Beaucoup d'éléments ont attiré ma curiosité et j'aurais aimé qu'ils dépassent le stade de l'anecdote. Ce n'est tout simplement pas le but du livre.


10 X 18, 124 pages, 2009


A voir...

Le très bon billet de Mazel


Merci à...

 

 ainsi qu'aux Editions 10 X 18 pour l'envoi de ce livre !

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Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /2009 11:51


Dictionnaire Misogyne

Agnès Michaux

 

« Si la femme était bonne, Dieu en aurait une ! » Sacha Guitry

 

Voici 1'200 citations qui feront le bonheur de nombreux hommes et qui feront réfléchir certaines et, j'en suis sûre, certains.

 

Agnès Michaux a eu la bonne idée de résumer d'une manière intelligente et ludique 3'000 ans d'Histoire et d'ignorance.

 

De Platon, Freud, Voltaire à Coluche, Sollers, Deproges, en passant par la marquise de Sévigné, Mme de Staël ou Simone de Beauvoir, les mots sont parfois drôles, souvent bêtes et la plupart du temps méprisants.

 

Une lecture plaisante et nécessaire car les apparences sont souvent trompeuses. L'égalité qui nous semble acquise n'est pas aussi logique et naturelle pour tous. Un petit concentré d'éducation à prix modique (4 €) que j'ai mis en bonne place à titre d'enseignement dans le lieu le plus utilisé de la maison (les WC).

 

Je vous propose plusieurs extraits savoureux. Il y en a tant que le choix est d'autant plus difficile mais je ne résiste pas à la tentation de vous les faire partager. Pardonnez-moi, je ne suis qu'une femme...

 

La femme est ce que l'on a trouvé de mieux pour remplacer l'homme quand on a la déveine de ne pas être pédéraste.

Boris Vian

 

Les femmes notamment existent si peu pour moi que je parviens difficilement à les distinguer les unes des autres, comme les nègres, comme les moutons d'un troupeau.

Michel Tournier

 

J'ai souvent envie de demander aux femmes par quoi elles remplacent l'intelligence.

Alain

 

Des chattes, voilà ce que sont toujours les femmes. Des chattes et des oiseaux. Ou quand cela va bien, des vaches ! Elles sont une propriété, un bien qu'il faut mettre sous clé, des être faits pour la domesticité et qui n'atteignent leur perfection que dans la situation subalterne.

Friedrich Nietzsche

 

Les femmes ne sont que des organes génitaux articulés et doués de la faculté de dépenser tout l'argent que l'on possède.

William Faulkner

 

Les enfants qui ne sont pas allaités au sein par leur mère risquent mille fois plus que les autres de devenir homosexuels

Ayatollah Montazzeri

 

Une femme, qu'est-ce que vous voulez ? C'est un oiseau. C'est impénétrable, non pas parce que c'est profond mais parce que c'est creux.

Jules et Edmond de Goncourt

 

Les hommes sont faits pour avoir de l'argent ! Pas les femmes. Les femmes sont faites pour en demander.

Nadine de Rothschild

 

Par vos interruptions de grossesse, de plaisance ou de complaisance, vous avez assassiné Beethoven, Pasteur ou Charlie Chaplin.

Philippe de Villiers

 

Dieu, dans sa divine prévoyance, n'a pas donné de barbe aux femmes parce qu'elles n'auraient pu se taire pendant qu'on les eût rasées.

Alexandre Dumas

 

Dès qu'on dit à une femme qu'elle est jolie, elle se croit de l'esprit.

Jules Renard

 

Donc les vraies femmes de lettres sont des phénomènes – pardon, mesdames. Mais, par cela même qu'elles sont des phénomènes, elle doivent nous sembler plus précieuses, dans le bon sens du mot, plus intéressantes, plus curieuses à étudier, à connaître. Leur rareté fait leur prix. Et ce serait un livre curieux, celui qui nous dirait l'histoire de l'intelligence féminine.

Guy de Maupassant

 

Dans toutes les femmes honnêtes, il y a la nostalgie de la prostitution.

France Roche

 

C'est au pouvoirs publics d'inculquer aux jeunes filles que le sort le plus enviable est d'être mère au foyer. Supprimons l'instruction obligatoire pour le sexe aimable et il pensera un peu moins à prendre aux hommes les places qui leur reviennent.

Wolinski, Charlie-Hebdo

 

Il vaut mieux une violée vivante qu'une vierge morte.

San-Antonio

 

On parle à une femme, on lui dit des phrases, en sachant bien qu'elle ne comprend pas, comme on parle à un chien ou à un chat.

Jules et Edmond de Goncourt

 

Si c'est écrit...

Pendant l'instruction, la femme doit garder le silence, en toute soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner ni de faire la loi à l'homme. Qu'elle se tienne tranquille. C'est Adam en effet qui fut formé le premier, Ève ensuite. Et ce n'est pas Adam qui se laissa séduire, mais la femme qui séduite, se rendit coupable de transgression. Néanmoins, elle sera sauvée en devenant mère, à condition de persévérer avec modestie dans la foi, la charité et la sainteté.

Saint Paul, Première Épître à Thimothée, 2 (11-15)

 

Cas où le mari peut tuer sa femme, selon la rigueur de la justice paternelle : 1. adultère, 2. impudicité, 3. trahison, 4. ivrognerie et débauche, 5. dilapidation et vol, 6. insoumission obstinée, impérieuse et méprisante.

L'homme, époux a le droit de justice sur sa femme : la femme n'a pas le droit de justice sur le mari. Cette réciprocité est incompatible avec la subordination matrimoniale.

C'est une honte pour notre société, une marque de déchéance que la femme puisse demander le divorce pour incompatibilité d'humeur ou violences du mari. Tant qu'il n'y a pas de haine de celui-ci, immoralité, incapacité, de vices grands et sans motifs, la femme qui se plaint doit être présumée coupable et renvoyée à son ménage.

Le mari a la faculté de répudiation ad libitum. Si l'homme a reçu la supériorité d'intelligence sur la femme, c'est pour en user. Intelligence et caractère obligent. S'il a reçu la supériorité de force, c'est aussi pour en exercer les droits. Force a droit, force oblige.

Pierre-Joseph Proudhon

 

Même Freud jette l'éponge !

Après trente ans passé à étudier la psychologie féminine, je n'ai toujours pas trouvé de réponse à la grande question : que veulent-elles au juste ?

 

Livre de Poche, 255 pages, 1995

 

Je ne vous inciterais pas à brûler votre soutien-gorge ou celui de votre femme, mon cerveau inférieur et vide ne peut d'aillleurs aucunement produire une telle idée mais à rester éveillé-e. L'égalité ne s'arrête pas au droit de vote et commence par le respect.


Il n'y a rien de pire que l'ignorance agissante.

Goethe

 

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Vendredi 5 juin 2009 5 05 /06 /2009 22:17



Éloge de la faiblesse
Alexandre Jollien

 

Cerf, 101 pages, 1999

 

« Assumer sa condition. Tirer profit de l'injustice. Se nourrir de sa faiblesse ».

 

Alexandre Jollien est handicapé de naissance. Après avoir passé 17 ans en institution, il s'oriente vers des études de philosophie alors qu'il était destiné à rouler des cigares.


Avec Éloge de la faiblesse, il nous propose un regard différent ainsi qu'une réflexion critique aiguisée de notre rapport au monde par le biais d'une conversation avec Socrate himself ! Une idée audacieuse, une belle leçon de vie, un bouleversement de nos valeurs, une lecture profondément humaine et humaniste.


Il est inutile d'être agrégé de philosophie pour pouvoir accéder à cette lecture, c'est au contraire brillamment vulgarisé.


Si vous êtes tentés, ce sera donc mon premier livre voyageur en hommage à Alexandre, mon cycliste à quatre roues préféré que je croise régulièrement sur les quais de ma ville,Vevey.


A voir le site d'Alexandre Jollien




A écouter le livre audio : recueil de commentaires de Bernard Campan sur sa relation avec Alexandre.

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Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /2009 22:53

La machine infernale
Jean Cocteau

Livre de Poche, 126 pages, 1992


« Voilà de quoi fabriquer une magnifique catastrophe »


Cocteau nous propose une mise en scène du mythe de l'oedipe. Une ambiance triangulaire pesante qui rend impossible le mouvement. Celui de fermer le livre avant de connaitre la fin... pourtant connue. Un coup de poing fulgurant. Une réussite puisque qu'en plus, cette lecture traverse le temps sans heurts.

 

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Jeudi 26 février 2009 4 26 /02 /2009 21:55



Persuasion
Jane Austen


Éditions 10/18, 316 pages, 1818 (édition 1996)

L'histoire d'Anne Elliot, "vieille fille" de 27 ans qui retrouve son ancien fiancé après l'avoir éconduit à force de persuasion et de mauvaises influences.


Les mots de Jane Austen sont légers tout en faisant virevolter la gravité. Jane pique, s'amuse et pleure du monde qui l'entoure. De Bath à Lyme, un voyage dans le monde austenien où l'héroïne, que l'on trouvera moins attrayante qu'une Elizabeth Bennet, gagnera à se faire connaître. Car comme dans pratiquement tous les romans d'Austen, il s'agit bien d'affirmation de soi, de convictions et de choix. Malgré ses erreurs, Anne Elliot aura l'opportunité d'une seconde chance.


Extrait


« Nous ne vous oublions pas certainement aussi vite que vous nous oubliez. C'est peut-être notre destinée plutôt que notre mérite. Nous sommes ainsi faites (...) »

« Je ne peux pas admettre qu'il soit davantage dans la nature de l'homme que dans celle de la femme d'être inconstant et d'oublier les êtres qu'il aime ou qu'il a aimés. Je suis convaincu du contraire. Je crois qu'il existe une réelle analogie entre notre constitution physique et morale et que, de même que notre corps, nos sentiments sont les plus forts. Il peuvent résister aux traitements les plus durs et essuyer les plus rudes tempêtes.


(...) je ne crois pas avoir jamais ouvert de livre qui n'eût quelque chose à dire sur l'incostance des femmes. Les chansons et les proverbes ne parle que de l'humeur volage des femmes. Mais peut-être allez-vous me dire qu'ils ont tous été écrits par des hommes.


Peut-être en effet... Oui, oui, s'il vous plaît, pas de références à des exemples tirés de livres. Les hommes, en racontant leur histoire, ont eu sur nous tous les avantages. Il ont eu une éducation tellement supérieure à la nôtre; ce sont eux qui ont la plume en main. Je ne reconnais pas aux livres la propriété de prouver quoi que ce soit. »

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Jeudi 26 février 2009 4 26 /02 /2009 21:44


Les Hauts de Hurle-Vent
Emily Brontë

 

Le livre de poche, 413 pages, 1974


Un récit diabolique et stupéfiant. Comment une jeune fille du 19ème siècle a pu écrire un roman aussi troublant et dérangeant ? Un choc. Les Hauts de Hurle-Vent est considéré comme le plus grand roman de la littérature anglaise. Amour, trahison, peur, vengeance. Comment le poids du passé va troubler le bonheur de plusieurs générations. Inoubliable.


L'histoire

Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. La famille Earnshaw y vivait, heureuse jusqu'à ce que M. Earnshaw adopte un jeune bohémien de 6 ans, Heathcliff. Ce dernier va attirer le malheur sur cette famille. Dès le début, Hindley, le fils de Earnshaw éprouve une profonde haine pour cet intrus. A la mort de son vieux bienfaiteur, Heathcliff doit subir la rancœur de Hindley, devenu maître du domaine. Humilié par sa condition subalterne, Heathcliff, qui pourtant aime Catherine la sœur de Hindley jure de se venger .


Biographie d'Emily Brontë

Emily Brontë est née en 1818 à Thornton dans le Yordshire. Elle étati le cinquième enfant du révérend Patrick Brontë et de Maria Branwell - ses soeurs Maria, Elizabeth et Charlotte l'ayant précédée en 1813, 1815, 1816, puis son frère Branwell en 1817. une autre fille, Anne, devait venir au monde en 1820, à Haworth, où le pasteur Brontë exerçait désormais son ministère.


Mrs Brontë mourut en 1821 et en 1825 Maria et Elizabeth. Les quatre enfants survivants se retrouvèrent à Waworth où, sous la houlette de Charlotte, ils commencèrent à écrire : Charlotte et Branwell, les chroniques d'Angria : Emily et Anne, celles de Gondal.


De 1835 à 1845, les trois soeurs s'efforcèrent, sans y réussir vraiment de gagner leur vie comme professeurs ou comme gouvernantes. Leur rêve était d'ouvrir une école et, afin d'acquérir la compétence nécessaire, Emily et Charlotte se rendirent en 1842 à Bruxelles pour s'y perfectionner en français et en allemand. Elles devinrent les élèves de M. Héger dont Charlotte devait s'éprendre au point de passer, seule une seconde année dans son établissement.


Emily, rentrée à Haworth, eu alors sous les yeux, avec Anne, le spectacle consternant de la déchéance de Branwell qui, peu à peu s'enlisait dans le jeu, l'alcool et la drogue.


Une fois Charlotte de retour, les trois soeurs, se tournèrent résolument vers la littérature. Elle publièrent à frais d'auteur sous des pseudonymes masculins un recueil de poèmes dans lequel la contribution d'Ellis Bell tenait la plus large place. L'initiale des prénoms choisis par les trois soeurs correspondaient à la leur : Acton pour Anne, Currer pour Charlotte, Ellis pour Emily. On crut longtemps que les trois auteurs étaient trois frères. Le recueil ne se vendit qu'à deux exemplaires.


Loin de se décourager, les soeurs Le recueil de poèmes d'Emily, Anne et Charlotte, dans lequel la contribution d'Ellis Bell tenait la plus large place Brontë tentèrent leur chance dans le roman. Après diverses péripéties le Jane Eyre de Charlotte, qui s'était substitué à un précédent manuscrit : The Professor refusé sept fois, connut dans l'été de 1847 un très grand succès qui entraîna la publication de l'Agnes Grey d'Anne et du Wuthering Heights d'Emily.


Ellis Bell ne devait pas survivre longtemps à son livre. Le 19 décembre 1848, elle s'éteignait, emportée comme les autres membres de la famille par la tuberculose. Branwell l'avait devancée de quelques mois et Anne la suivit au printemps 1849. Quant à Charlotte, mariée en 1854, elle devait mourir enceinte, en 1855 après avoir récrit plusieurs romans et préfacé l'édition de 1850 des Hauts de Hurle-Vent.

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Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /2009 09:55


Lettres à Théo
Vincent Van Gogh


Gallimard, 251 pages, 2005

Vincent Van Gogh a écrit à son frère, Théo, quelques 900 lettres entre janvier 1874 et le 29 juillet 1890, jour de sa mort. 16 ans de correspondance choisie retracée dans un ouvrage comprenant en plus des dossiers thématiques.

Une correspondance puissante dont on ne ressort pas indemne. Vincent, l'érudit, l'incompris, le perfectionniste, le puriste, le talentueux, ...

Le lien qui l'unit à Théo, de quatre ans son cadet, est exceptionnel. Une relation bien plus que fraternelle, deux âmes soeurs.

Le 29 juillet 1890, dans le champ de blé qu'il a peint quelques jours avant, Vincent se tire un coup de revolver. Le chagrin brise Théo. Son unique souci est alors de préserver l'oeuvre et la mémoire de son frère. Tout en s'épuisant à la tâche, il quitte son travail et perd brusquement la raison. Il doit être interné et meurt le 25 janvier 1891, moins de six mois après son frère. Enterré en Hollande, ses restes seront transférés par sa veuve, Jo, 23 ans plus tard aux côtés de Vincent. Jo réussira au-delà de toute mesure à livrer l'œuvre au public.

La nuit étoilée. Une de mes préférées. Le tourbillon de la vie...




Terrasse du café le soir, Place du Forum à Arles. La passion des couleurs vives. La recherche du jaune absolu. Vincent aimera Arles pour les couleurs chaudes du sud.



L'église d'Auvers-sur-Oise.

19 décembre 1885

Je préfère peindre des yeux humains plutôt que des cathédrales, si majestueuse et si imposantes soient-elles - l'âme d'un être humain - même les yeux d'un pitoyable gueux ou d'une fille du trottoir sont plus intéressants selon moi.



Champ de blé aux corbeaux
Ce sont d'immenses étendues de blés sous des ciels troublés et je ne me suis pas gêné pour chercher à exprimer de la tristesse, de la solitude extrême... le chemin central va vers le lointain, mais ne mène nulle part...

Si le vol des corbeaux fond violemment sur celui qui regarde le tableau, c'est que le peintre en eut lui-même la vision horrifiante.



Quelques extraits :

15 octobre 1879
... Sentir que je suis devenu un boulet ou une charge pour toi et pour les autres, que je ne suis bon à rien, que je serai bientôt à tes yeux comme un intrus et un oisif, de sorte qu'il vaudrait mieux que je n'existe pas : savoir que je devrai m'effacer de plus en plus devant les autres, - s'il en était ainsi et pas autrement, je serais la proie de la tristesse et la victime du désespoir.
Il m'est très pénible de supporter cette pensée, plus pénible encore de croire que je suis la cause de tant de discordes et de chagrins dans notre milieu et dans notre famille. Si cela était, je préférerais ne pas trop m'attarder en ce monde. Tout cela me décourage parfois excessivement, trop profondément, car il arrive qu'à la longue une autre idée germe en même temps en mon esprit : ce n'est peut-être qu'un rêve horrible et angoissant; peut-être verrons-nous plus clair et comprendrons-nous mieux par la suite. Ou bien, ce rêve est-il une réalité : est-ce que cela ira mieux, est-ce que cela ne s'aggravera pas ? Nombreux ceux qui trouveront sans doute que c'est de la superstition de croire encore à une amélioration. Il fait parfois si froid en hiver qu'on se dit : il fait trop froid, peu m'importe l'été, le mal l'emporte toujours sur le bien. Mais tôt ou tard, le gel rigoureux prend fin, avec ou sans notre approbation, et un beau matin, le vent surgit d'une autre direction : c'est le dégel. Quand je compare les variations du temps aux variations de notre état d'âme et de nos conditions de vie, je garde un peu d'espoir : cela finira peut-être mieux que nous le pensons.


Sans date
... Je me sens vieux chaque fois que je songe que la plupart des gens qui me connaissent me considèrent comme un raté : il me semble qu'un jour il s pourraient avoir raison si certaines choses ne changent pas. Quand je me dis qu'il pourrait en être ainsi, j'en sens si intensément la réalité que je suis découragé et que toute envie me passe comme si c'était déjà arrivé. Lorsque je regagne mon humeur normale, plus calme, il m'arrive de me réjouir que trente années se soient écoulées et qu'elles ne se soient pas écoulées sans que j'aie apprit quelque chose dont je pourrai tirer parti plus tard. Je me sens alors la force et l'envie de vivre les trente années suivantes, s'il m'est donné de les vivre. ... Bien des choses ne font que commencer à trente ans, et il est certain que tout n'est pas fini à ce moment-là. Mais on n'espère plus que la vie vous donnera ceci ou cela, puisque l'expérience vous a appris qu'elle ne peut vous le donner. On commence à saisir alors que la vie n'est qu'une espèce de période de fumage, et que la récolte n'est pas de ce monde.


Sans date
... Tu ne sais pas à quel point il est décourageant de fixer une toile blanche qui dit au peintre : tu n'es capable de rien ; la toile a un regard fixe idiot et elle fascine à ce point certains peintres qu'ils en deviennent idiots eux-mêmes.
Nombreux sont les peintres qui ont peur d'une toile blanche, mais une toile blanche a peur du véritable peintre passionné qui ose - et qui a su vaincre la fascination de ce tu n'es capable de rien.
La vie en soi, elle aussi, présente toujours à l'homme un côté blanc infiniment banal qui vous décourage et vous fait désespérer ; une face absolument vierge, aussi vierge que la toile blanche du chevalet. Mais si banale et si vaine, si morte paraisse la vie, l'homme doué de foi, d'énergie, de chaleur, sachant ce qu'il sait, ne se laisse pas payer en monnaie de singe.
Il intervient, fait quelque chose, part de là, enfin, il brise - il « endommage » disent-ils. Laisse-les donc dire, ces théologiens glacés.


Sans date
... Tu es bon pour les peintres et sache-le bien, que plus j'y réfléchis, plus je sens qu'il n'y a rien de plus réellement artistique, que d'aimer les gens.


Sans date
C'est une perspective assez triste de devoir se dire, que jamais peut-être la peinture que je fais aura une valeur quelconque. Si cela valait ce que cela coûte, je pourrais me dire : je ne me suis jamais occupé de l'argent. Mais dans les circonstances présentes au contraire on en absorbe. Enfin, et tout de même il faut encore continuer et chercher à mieux faire. ...
... la plupart des gens intelligents assez pour comprendre et aimer les tableaux impressionnistes, sont et resteront trop pauvres pour acheter.


Sans date
... il vaut mieux aimer les peintres que les tableaux.


La dernière lettre, celle que Vincent portait sur lui le 29 juillet 1890

Sans date
Mon cher frère,

Merci de ta bonne lettre et du billet de 50 francs qu'elle contenait.
Puisque cela va bien, ce qui est le principal, pourquoi insisterais-je sur des choses de moindre importance, ma foi, avant qu'il y ait chance de causer affaires à têtes plus reposées, il y a probablement loin.
Les autres peintres, quoi qu'ils en pensent, instinctivement se tiennent à distance des discussions sur le commerce actuel. Eh bien ! vraiment, nous ne pouvons faire parler que nos tableaux.

Mais pourtant mon cher frère, il y a ceci que toujours je t'ai dit et je te le redis encore une fois avec toute la gravité que puisse donner les efforts de pensée assidument fixée pour chercher à faire aussi bien qu'on peut - je te le redis encore que je considérerai toujours que tu es autre chose qu'un simple marchand de Corot, que par mon intermédiaire tu as ta part à la production même de certaines toiles, qui même dans la débâcle gardent leur calme.
Car là nous en sommes et c'est là tout au moins le principal que je puisse avoir à te dire dans un moment de crise relative.
Dans un moment où les choses sont fort tendues entre marchands de tableaux - d'artistes morts - et d'artistes vivants.
Eh bien ! mon travail à moi, j'y risque ma vie et ma raison y a fondrée à moitié - bon - mais tu n'es pas dans les marchands d'hommes pour autant que je sache, et puisse prendre parti, je le trouve, agissant réellement avec humanité. Mais que veux-tu?

Par Theoma - Publié dans : C'est classique ! - Communauté : Les lectures de Florinette
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Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /2009 09:01


Le portrait de Dorian Gray
Oscar Wilde

Folio, 430 pages, 1992


Magnifique ! L'unique roman d'Oscar Wilde est un chef d'oeuvre. La recherche de la beauté, de la jeunesse à un prix diabolique. Wilde est un visionnaire. Le livre n'est pas comme son héros, il vieillit bien. Il est toujours d'actualité. J'aime Wilde, ses pièces, ses pensées. En voici quelques-unes à savourer :

"Il n'ya qu'une chose au monde qui soit pire que d'être l'objet de toutes les conversations, c'est de n'être l'objet d'aucune". (p. 53 inbid)

"... et quant à croire, je peux croire n'importe quoi, pourvu que ce soit absolument incroyable". (p. 54)

"La seule façon de se débarrasser d'une tentation, c'est d'y céder." (p. 55)

"... les seules choses que l'on ne regrette jamais, sont les erreurs que l'on a commises". (p. 110)

mais encore :

"Les jeunes gens voudraient être fidèles et ne le sont pas. Les vieux voudraient être infidèles et ne le peuvent plus."

"Rien n'est plus dangereux que d'être trop moderne ; on risque de devenir soudain ultra démodé."

"Il me semble parfois que Dieu, en créant l'homme, ait quelque peu surestimé ses capacités"

"L'éducation est une chose admirable, mais il est bon de se souvenir de temps en temps que rien de ce qui est digne d'être connu ne peut s'enseigner"

"Le public est extraordinairement tolérant. Il pardonne tout, sauf le génie."

"L'incertitude est l'essence même de l'aventure amoureuse"


Il faudrait un blog entier consacré rien qu'aux pensées d'Oscar Wilde...

 
Encore + de citations


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Dimanche 22 février 2009 7 22 /02 /2009 23:33


Lettres à un jeune poète
Rainer-Maria Rilke


Grasset, 147 pages, 1984

Un livre à lire tous les 10 ans. Quel est le prix de la création ?

Rainer Maria Rilke va correspondre durant 5 ans avec un jeune homme qui lui était étranger. Une générosité rare.

Un guide spirituel !
Par Theoma - Publié dans : C'est classique ! - Communauté : Les lectures de Florinette
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